Le Dr Jnyanandra Nath Varma, membre du comité scientifique de la Private Medical Practitioners Association (PMPA), a souhaité « expliquer afin de mieux informer les Mauriciens sur l’importance de faire le vaccin anti-COVID, surtout que nous passons par cette phase difficile et cruciale d’un deuxième confinement ». Pour ce qui est du débat qui fait rage, ces jours-ci, avec plusieurs pays européens ayant suspendu temporairement leur campagne de vaccination du vaccin AstraZeneca, avec, pour explication, des morts causées par des thromboses, le Dr Nath Varma est catégorique : « Aucun lien direct, aucune évidence n’a lié ces morts avec le vaccin… »

Comment voyez-vous la campagne de vaccination actuelle ?
Dès le début, le taux de vaccination était assez lent. Peut-être n’avons-nous pas ressenti les effets délétères de la COVID-19 ici. Mais, avec la résurgence de l’infection au virus, la vaccination est soudain très demandée. Quelles qu’en soient les raisons, il est encourageant de constater qu’un nombre croissant de personnes font la queue pour se faire vacciner. Même certains Frontliners, qui avaient hésité auparavant, se présentent maintenant.

Combien de temps après la vaccination une personne est-elle à l’abri de l’infection ?
Selon les études, l’immunité intervient en moyenne environ deux à trois semaines après la vaccination. Mais il semble que le présent vaccin confère une immunité efficace plus tôt que les études l’ont démontré. Je donne un exemple qui a définitivement retenu notre attention, dans la sphère médicale, ces derniers jours. Selon nos informations, une personne, en l’occurrence Naushad Deeljore, dont la femme et les trois enfants ont été testés positifs à la COVID-19, est, elle, négative. Or, cet homme a été vacciné le 1er mars. Sa famille a fait l’objet du ‘contact tracing’ le 7 mars, et comme on le sait, ils ont tous été trouvés positifs. Par contre, lui, est négatif ! C’est très encourageant. Il semble donc qu’il ait obtenu l’immunité dans la semaine suivant sa vaccination ! Voilà qui devrait encourager davantage de personnes à se faire vacciner.

Depuis quelques jours, des vidéos circulent sur certains pays européens, dont, en dernier, la France, ayant temporairement suspendu la vaccination avec le vaccin AstraZeneca. Cela crée une certaine peur au sein du public. Quelles sont vos observations ?

Plus de 11 millions de doses du vaccin Oxford/AstraZeneca Covid-19 ont été administrées au Royaume-Uni à ce jour sans aucun effet secondaire grave. Chaque fois que nous recevons une vidéo, il est fortement conseillé d’essayer de dissiper nos doutes avant de transmettre aveuglément quoi que ce soit. Il y a tellement de vidéos sponsorisées d’antivax, qui tentent de décourager la prise de tout vaccin. Certains médias étrangers, notamment des chaînes de télévision réputées, ont également tendance à être voués au sensationnalisme. Il y a quelques jours, un journaliste français affirmait qu’il y avait six variantes africaines et deux variantes britanniques à Maurice ! Avant même que les résultats des tests ne soient connus !
Quant au vaccin Astra Zeneca, il a été autorisé par l’OMS pour être sûr. Pour ceux qui le souhaitent, le lien suivant peut grandement les aider en ce sens (https://www.newscientist.com/article/2237475-covid-19-news-astrazeneca-vaccine-not-linked-to-blood-clots-says-who/). Et je dois faire remarquer que les 30 cas de caillots sanguins recensés chez les 5 millions de personnes vaccinées ont provoqué une appréhension. Mais ces cas ne sont pas liés au vaccin. Et par ailleurs, ce nombre de décès n’est pas supérieur au nombre qui se serait produit naturellement dans cette population.

Des « informations non vérifiées » circulent sur les réseaux sociaux, à l’effet que le vaccin aurait causé un mort dans le pays. Votre commentaire ?

D’une part, il faut absolument faire attention, comme je l’ai souligné plus haut, aux nouvelles approximatives et fausses qui circulent sur les réseaux sociaux, actuellement, amplifiant de ce fait, la psychose déjà existante autour du vaccin, de par la décision de certains pays européens de suspendre, temporairement, leur campagne. J’espère que, en ce qu’il s’agit de ceux qui véhiculent ces « fake news », les autorités concernées vont prendre les mesures qui s’imposent. Car ce n’est pas du tout indiqué, dans une période difficile et déjà traumatisante comme maintenant, d’ajouter à la panique et la psychose ! Ces personnes, qui sont mal intentionnées, doivent être rappelées à l’ordre et ainsi décourager d’autres de circuler de fausses informations.

Un autre élément qui préoccupe nombre de Mauriciens, la problématique de la coagulation sanguine et l’administration du vaccin. Qu’en est-il ?
Pour ce qui est de la coagulation du sang, aucune étude menée sur le vaccin AstraZeneca par les instances étrangères, dont l’OMS, n’établit de lien de cause à effet avec l’administration du vaccin et la coagulation du sang. Faire un vaccin n’entraîne pas la coagulation sanguine : tout médecin vous dirait ça ! Là où on administre le vaccin, cela cause un hématome, pas une coagulation du sang. Maintenant, il y a des pathologies spécifiques et, dans les cas des morts, à l’étranger, je dis bien, ces personnes avaient, peut-être, en elles des complications qui allaient survenir, qu’elles aient fait le vaccin ou pas. C’est davantage une circonstance malheureuse ! Mais de là à dire que c’est le vaccin qui a provoqué la mort des patients, c’est un peu trop facile !

Comment fonctionnent les vaccins?

Un vaccin entraîne notre système immunitaire à reconnaître et à combattre les agents pathogènes, qu’il s’agisse de virus ou de bactéries. Un vaccin contient des molécules du pathogène. Lorsqu’ils sont introduits dans le corps, ils déclenchent une réaction appelée « réponse immunitaire ». Ces molécules étrangères, appelées antigènes, sont présentes sur tous les virus et bactéries. En injectant ces antigènes dans le corps, notre système immunitaire peut apprendre en toute sécurité à les reconnaître comme des envahisseurs hostiles, à produire des anticorps et à s’en souvenir pour l’avenir. Si la bactérie ou le virus réapparaît, le système immunitaire reconnaîtra immédiatement les antigènes et attaquera agressivement bien avant qu’ils ne puissent se propager et provoquer des maladies.

Pourquoi y a-t-il des réactions après la vaccination?

Le système immunitaire ne tolère aucun corps étranger. Toute bactérie, virus ou vaccin est attaqué. Cela provoque la libération de sous-produits qui suscite des réactions comme des maux de tête, un peu de fièvre, des courbatures, entre autres.

Est-ce normal d’avoir ces réactions ?

Certainement ! Il est normal que notre corps réagisse à la substance « étrangère » introduite à l’intérieur. Cela montre que notre corps a entamé le processus de défense. Ces réactions montrent que le vaccin a commencé à fonctionner.

Devons-nous avoir peur de ces réactions?

Les rumeurs sur les réseaux sociaux empêchent le profane de prendre une décision appropriée. Ajoutez à cela le phénomène des ‘fake news’ ! Mais ne vaut-il pas mieux d’avoir un peu d’inconfort maintenant, une fièvre tolérable ou des courbatures que de se retrouver à l’hôpital ou pire, bien pire ?

Pourquoi une majorité doit-elle être vaccinée ?

Les vaccins sont censés fonctionner à deux niveaux : individuel et collectif – pour protéger des populations entières. Une fois qu’un certain pourcentage de la population est vacciné, les risques d’épidémie de maladie sont moindres. Ensuite, même les personnes qui ne sont pas immunisées en bénéficient. Le virus ne trouve tout simplement personne pour s’implanter et finit par s’éteindre complètement. Ce phénomène est appelé « immunité collective ». Il a permis d’éliminer complètement des maladies autrefois dévastatrices, sans avoir à vacciner chaque individu. Ceci est vital, car il y a toujours un certain pourcentage d’individus qui ne peuvent pas être vaccinés : nourrissons, jeunes enfants, personnes âgées, personnes souffrant d’allergies sévères, femmes enceintes, personnes présentant des pathologies spécifiques, pour ne citer que ceux-là.

Et si le nombre de personnes se faisant vacciner n’est pas suffisant, que se passe-t-il ?

S’il n’y a pas assez de personnes qui se font vacciner, l’immunité collective peut se détériorer, ce qui expose la population au risque d’une flambée de l’épidémie. C’est pourquoi tous ceux qui n’ont pas de contre-indications spécifiques doivent absolument se faire vacciner. En 1997, la célèbre revue médicale The Lancet avait publié des recherches prétendant avoir trouvé un lien entre le vaccin contre la rougeole et l’autisme. En conséquence, les années suivantes, plus d’un million d’enfants britanniques n’ont pas été vaccinés par leurs parents ! Cette recherche a depuis été complètement démystifiée, mais la rougeole est passée de quelques cas par an en 1997 à plus de 2 000 cas en 2011. Des flambées similaires se sont produites aux États-Unis, impliquant à la fois la rougeole et la coqueluche, en raison des faibles taux de vaccination. Voilà des scénarios catastrophiques que nous devons plutôt éviter qu’encourager, n’est-ce pas ?

La vaccination empêche-t-elle l’apparition de variantes ?

Oui, définitivement ! Des variantes se produisent lorsque le virus se multiplie à l’intérieur d’une personne. Lorsque le virus ne peut pas trouver un hôte approprié, il ne peut pas se multiplier, cela réduit le risque de mutations. D’où la nécessité de vacciner davantage de personnes !

La campagne de vaccination locale a redémarré, ce lundi 15, avec priorité pour les Frontliners; ce qui coule de source. Mais ne devrait-on pas vacciner également leurs conjoints.es dans la foulée ?

Oui, à la PMPA, nous sommes justement d’avis que les autorités devraient profiter de cette situation en ce sens. Cela permet, d’une part, de protéger une famille. Et dans la foulée, d’accélérer la campagne.