Alors que tous les voyants sont au rouge, que le climat bascule et que la Terre se rebelle, nous envoyant semaine après semaine des signes de détresse, les nations, elles, restent désespérément inertes. Voilà en tout cas ce que devrait nous apprendre la prochaine COP, en novembre, à Glasgow. Toutefois, il nous faudra rester vigilants quant à l’analyse de son rapport final, car il va sans dire que les pays signataires de l’accord de Paris, sans exception, nous noieront tous dans un flux d’initiatives, déjà prises ou à venir, allant dans le sens de la décarbonisation de nos sociétés. Sauf que, dans les faits, nous savons, aujourd’hui encore plus qu’hier, grâce notamment au dernier rapport du Giec, qu’il en est en réalité tout autrement. Que nous ne cessons non seulement d’émettre une quantité astronomique de gaz à effets de serre, mais que nous en augmentons même les émissions.

La réalité, c’est que l’humanité, de même que toutes les espèces vivantes de la planète, se trouvent aujourd’hui à la croisée des chemins, et qu’assurément nous n’empruntons pas du tout la bonne direction. La faute à qui, à quoi ? Nous ne cessons de le répéter : à notre système économique, basé sur la croissance et le profit. Autrement dit à des conventions humaines dont nous ne voulons absolument pas nous détacher, car intrinsèquement liées à notre niveau de développement, et donc à notre confort, que nous assimilons encore à tort à des libertés dont l’on ne peut logiquement nous soustraire.

Ainsi, bien que conscients de l’urgence climatique, rien ne doit venir enrayer notre puissante machine industrielle, génératrice de profits. En atteste d’ailleurs le peu d’efforts consentis sur la question, y compris purement intellectuels, aux niveaux politiques et économiques. Les nations ont beau tenter de faire bonne figure, bien souvent en bombant le torse, en annonçant des mesures environnementales, il est un fait scientifiquement prouvé que celles-ci sont (et resteront plus que probablement) largement insuffisantes que pour réduire l’impact climatique.

Sally Harrison, la haute-commissaire adjointe au haut-commissariat britannique à Maurice, soulignait ainsi récemment que son pays s’était engagé à l’organisation d’une COP-26 « inclusive et ambitieuse », citant, parmi les avantages de la lutte contre le changement climatique, « une croissance économique durable » et une « sécurité énergétique » accrue. Si ce dernier terme mériterait d’être explicité, tant les signaux en termes de consommation mondiale d’énergies fossiles indiquent l’exact contraire, en sus d’être antinomique – l’énergie fossile n’ayant en effet rien de « sécurisant » en la conjoncture –, le fait d’associer « croissance économique » et « durabilité », comprenez par là environnementalement défendable, sous-tend, pour sa part, soit une méconnaissance totale de la problématique, soit une marque de plus du déni dans lequel nous nous sommes enfermés.

Précisons ici qu’il n’est pas de notre intention de stigmatiser Sally Harrison qui, par sa position, ne peut de toute façon tenir d’autres propos. Ses interlocuteurs du jour, y compris notre propre ministre de l’Environnement, s’inscrivaient d’ailleurs dans la même logique, avec des propos quasiment de la même veine. Ainsi Kavi Ramano disait-il au même moment que « le développement réalisé à la sueur de nos fronts est menacé ». Certes, sur ce point, il a raison, mais lorsqu’il annonce, plus tard, que « Maurice fait sa juste part » notamment par le biais de « l’élimination progressive du charbon d’ici 2030 », la question de nos intentions est clairement posée. Pourquoi en effet attendre 2030 ? Et inutile de préciser que ce raisonnement est quasi le même partout dans le monde. Changer, oui, mais pour bien faire le plus « progressivement » possible !

L’heure est pourtant venue de nous remettre en question d’une manière plus radicale. « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs », pourrions-nous dire en paraphrasant un ancien président français. Notre système nous conduit vers l’abîme et nous nous faisons pourtant un devoir de le faire perdurer coûte que coûte. Quand d’ailleurs cesserons-nous d’utiliser le mot « croissance » alors que nous savons pertinemment bien qu’il n’a réellement de sens dans un monde ne pouvant par définition dépasser ses propres limites ? Ou encore quand abandonnerons-nous notre échelle des valeurs pour en adopter une prenant en compte un « tout » écosystémique ? Probablement trop tard, cela ne fait désormais plus aucun doute.