Le flou budgétaire et le nœud gordien des pensions

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En cette fin de semaine, d’aucuns attendent avec beaucoup d’impatience la publication du texte du Finance Bill, qui devrait être débattu par le Parlement incessamment. On sait que la réforme de la pension ne devrait pas figurer dans ce texte de loi destiné à créer le cadre légal nécessaire à la mise en œuvre des mesures annoncées dans le Budget. Le Premier ministre avait fait mention récemment de quelque 500 mesures budgétaires. Mais comme on le sait sur le terrain, les préoccupations majeures qui éclipsent tout le reste sont les pensions et le coût de la vie.

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En faisant le choix d’extraire la réforme des retraites du corps principal du Finance Bill, le gouvernement a cherché à désamorcer la tension en repoussant l’échéance, dans l’attente de la publication d’un rapport d’experts. Lequel rapport devrait être débattu au Parlement.
Les manifestants et un grand nombre de citoyens qui ont participé au mouvement initié par les syndicats se sont prononcés jusqu’ici contre toute réforme de la pension. Place Taxi, dimanche dernier, Roshi Bhadain a soutenu que, contrairement à ce que voulait faire croire le gouvernement, le système traditionnel de pension est bel et bien soutenable.

Toutefois, ce rassemblement qui a réuni une bonne foule a laissé un goût amer dans la bouche d’une bonne partie de l’assistance. On s’attendait à voir une opposition offensive canaliser la gronde populaire et offrir un cap clair face aux incertitudes budgétaires. La présence sur la tribune d’Alan Ganoo a plombé l’espoir de beaucoup de personnes présentes, qui n’ont pas manqué de le huer lors de son apparition au micro alors qu’il demandait une mobilisation en vue de la présentation du Finance Bill. De plus, les arguments déployés par le leader du Reform Party pour justifier ou réhabiliter les mesures électoralistes et populistes de l’ancien régime ont agi comme une douche froide pour tous ceux qui considèrent que ces mesures ont contribué à la dilapidation des fonds publics. Comment prétendre incarner le renouveau de la gouvernance quand on s’évertue à réhabiliter les pratiques budgétaires du passé ?
Tous ces calculs et ces contorsions politiques ne semblent pas prendre la mesure du séisme géopolitique majeur qui se déroule à nos portes. Au treizième jour d’une nouvelle campagne militaire d’envergure contre l’Iran, l’escalade a franchi un seuil d’une gravité qui dépasse l’imagination. L’Iran, qui s’est engagé dans des mesures de rétorsion et des contre-attaques, a laissé entendre qu’il serait prêt à frapper des bases militaires britanniques, au Royaume-Uni et ailleurs – ce qui, comme on le sait, inclut Diego Garcia.
Pour une économie insulaire comme la nôtre, les répercussions ne sont pas théoriques, elles sont immédiates. La flambée du baril de pétrole ne va pas nous épargner : l’instabilité au Moyen-Orient pousse les cours de l’énergie à la hausse.

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La hausse combinée du carburant et du fret maritime menace d’éroder le pouvoir d’achat des ménages mauriciens. Même en France, des personnalités comme Christine Lagarde ont tiré ces derniers jours la sonnette d’alarme au sujet de la hausse de l’inflation causée par la flambée des prix du pétrole. On attend que les autorités nous éclairent à ce sujet à Maurice.
Face à la tempête qui s’annonce sur le plan économique et géopolitique, les citoyens mauriciens n’attendent plus des promesses ni des exercices de contorsionniste. Ils exigent de la clarté sur leurs pensions, du vrai leadership et une vérité nue face aux réalités du monde. En vue de la présentation prochaine du Finance Bill, on s’attend à ce que le Premier ministre et ministre des Finances éclaire la population – que ce soit à travers une conférence de presse ou une intervention solennelle à la télévision – pour rassurer les personnes âgées sur leurs pensions et dire une vérité nue face aux réalités économiques à Maurice et dans le monde.
Le bilan de l’exercice de préparation de la Vision 2050, qui a fait l’objet d’une rencontre à l’hôtel du Gouvernement cette semaine et qui vise à porter le Produit intérieur brut à 50 milliards de dollars d’ici à 2050 (contre 15 milliards de dollars aujourd’hui), nous donne un signe d’espoir. Toutefois, pour réaliser une croissance annuelle comprise entre 5% et 6%, il faudra changer de paradigme et passer de la théorie à la mise en œuvre des projets annoncés.

Jean Marc POCHÉ

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