Le ministre du Tourisme, Richard Duval, a déclaré qu’il soutient cette motion, car elle « nous invite à mener une réflexion importante sur notre manière de représenter la population mauricienne. Cette motion n’a pas pour but d’imposer une langue ni de diviser les Mauriciens. Elle ne remet pas en question la valeur des autres langues qui font la richesse de notre république. Elle propose simplement que nous ouvrions ensemble une réflexion calme et responsable sur l’introduction du créole mauricien dans les travaux de notre Parlement. »
Le Select Committee s’inspirera des meilleures pratiques et formulera des recommandations, dit-il. « Le Parlement est toujours décrit comme la maison du peuple. C’est ici que se décident les politiques publiques qui orientent notre avenir. Or, entre cette enceinte et les foyers où les Mauriciens suivent les débats parlementaires, il existe souvent un fossé. Nos citoyens ressentent une forme d’exclusion en raison de la barrière de la langue. La grande majorité des Mauriciens s’exprime naturellement en créole. Introduire le créole mauricien dans les débats parlementaires, c’est aussi rapprocher les institutions du peuple », trouve-t-il .
Si le Parlement est véritablement la maison du peuple, a-t-il poursuivi, il est légitime d’y entendre la voix du peuple. « Le temps est venu de faire un grand bond en avant. Aujourd’hui, le kreol morisien possède une graphie normalisée, une grammaire et un dictionnaire. Il est enseigné dans nos écoles et étudié à l’université. Il est reconnu comme une langue à part entière », a-t-il souligné.
Richard Duval a toutefois reconnu que plusieurs questions devront être examinées. « Les aspects constitutionnels, les Standing Orders, l’interprétation simultanée, les ressources humaines nécessaires, les coûts ainsi que le calendrier de mise en œuvre sont autant de questions légitimes. Je comprends que certaines soient difficiles. C’est précisément pour cette raison que l’institution d’un Select Committee est nécessaire », a-t-il expliqué.
Répondant aux critiques, le ministre a affirmé : « à ceux qui redoutent une baisse de la qualité des débats, je dirai que la qualité d’une intervention ne dépend pas de la langue employée, mais de la solidité des arguments, du contenu et de la clarté de la pensée. À ceux qui estiment que le pays a d’autres priorités, je répondrai que rapprocher les institutions des citoyens et leur permettre de mieux comprendre ce que font leurs représentants n’est pas une tâche secondaire. »
Il a également cité d’autres pays ayant déjà franchi ce pas. « Aux Seychelles, le créole est déjà utilisé au sein de l’Assemblée nationale. Un pays comme l’île Maurice, avec sa propre histoire et ses propres réalités, doit pouvoir accueillir plusieurs langues au sein de son Parlement, tout en préservant l’efficacité des débats », a-t-il déclaré.
Richard Duval a aussi exprimé le souhait que les travaux du comité se déroulent « dans un esprit d’ouverture, loin des divisions partisanes habituelles, car certaines questions dépassent le clivage politique. ».


