L’introduction du kreol morisien au Parlement constitue un moment charnière dans l’histoire politique du pays. C’est l’avis du ministre du Logement, Shakeel Mohamed. Il a mis l’accent sur l’indépendance dont devra bénéficier ce comité parlementaire. Selon lui, il ne serait « ni approprié ni conforme aux procédures » que le Premier ministre impose un délai précis pour la remise de ses conclusions. « I do not believe it would be proper for the Prime Minister to even give instructions to any Select Committee as to what the delay should be », a-t-il déclaré, tout en reconnaissant que le chef du gouvernement pouvait souhaiter que les travaux avancent rapidement. « The Select Committee of the House works independently », se félicite-t-il.
Pour Shakeel Mohamed, la dimension historique de cette réforme est essentielle. « And indeed, it is a historical thing », a-t-il affirmé, rappelant que Maurice célèbre cette année le 58e anniversaire de son indépendance. Le ministre a longuement évoqué un discours prononcé le 31 mai 1960 par Abdul Razak Mohamed au sein du Conseil législatif. Il a cité les propos de ce dernier, qui regrettait de ne pas pouvoir s’exprimer dans sa langue maternelle, contrairement aux élus francophones.
« My French-speaking friends can, in case one does not understand them in English, always express themselves in their mother tongue. If I had the right of exercising that same privilege, I would be able to express myself better », déclarait alors Abdul R. Mohamed. Selon Shakeel Mohamed, ces paroles témoignaient des difficultés rencontrées à l’époque par certains élus, dont l’accent ou les origines faisaient l’objet de moqueries. En 1960, la législation imposait même aux membres du Conseil législatif de maîtriser l’anglais pour pouvoir siéger.
« It is the first time ever that a Prime Minister has had the courage to come with a motion like this in Parliament », a-t-il souligné, saluant l’initiative du gouvernement. Il a également estimé qu’après l’indépendance, Maurice avait choisi d’inscrire dans sa Constitution des dispositions linguistiques qui prolongeaient certaines pratiques héritées de l’époque coloniale. « What was a privilege in 1960, we brought it into our supreme law », a-t-il observé. Shakeel Mohamed a enfin appelé à dépasser les clivages communautaires associés aux langues. « Languages have been connected to community compartments », a-t-il regretté, rappelant que l’hindi, le français, l’anglais ou l’arabe sont avant tout les expressions de grandes cultures.
« Yes, Creole is our national language », a conclu le ministre, invitant les nouvelles générations à réfléchir à l’évolution linguistique du pays et à la place que le kreol morisien pourrait désormais occuper au sein de l’Assemblée nationale.


