À ceux qui l’ignoreraient, ou du moins qui n’en auraient jusqu’ici pris conscience, la pandémie de Covid-19 est intrinsèquement liée à notre marché économique, au même titre d’ailleurs que le réchauffement climatique. Notre système financier tire en effet son efficacité de la libre circulation de nos biens et services. La même voie donc que celle empruntée par le virus, qui s’est vu ainsi offrir un passeport international, opportunité qu’aucun de ses sinistres semblables n’aura jamais eue jusqu’ici, atteignant ainsi des contrées qu’il n’aurait jamais pu atteindre sinon. Malgré cela, malgré la connaissance de son mode d’expansion planétaire, nous n’avons pourtant qu’une idée en tête : relancer la machine économique au plus vite ! Qu’importent les conséquences, y compris sur le climat, on l’aura compris. Mais laissons un instant le climat de côté, puisqu’il semble moins nous préoccuper aujourd’hui, pour nous concentrer le temps des lignes qui suivent sur le seul virus.
Face à la Covid, jamais, de mémoire d’hommes, nous n’aurons en effet assisté à une telle mobilisation de la recherche dans la mise au point de vaccins. Lesquels auront débarqué en un temps record, franchissant les barrières instaurées jusqu’ici sur le plan sanitaire (que l’on appelle « phases ») à une vitesse là aussi jamais vue, afin de pouvoir distribuer le plus rapidement possible aux populations du globe des « remèdes » à l’efficacité de masse on ne peut plus hasardeuse. Ce qui n’aura pas empêché le virus, comme on le sait, de muter encore plus rapidement, et ce, en plusieurs variants, faisant de fait craindre que le produit de nos extraordinaires efforts soit réduit à néant.
Et ce n’est hélas pas tout ! Car nous ne sommes évidemment pas à l’abri de voir apparaître d’autres virus potentiellement aussi dangereux que la Covid, et même bien plus. En effet, les scientifiques estiment que des millions de ces micro-organismes, encore inconnus, pourraient prochainement ressurgir, et dont certains attendent sagement depuis des millénaires sous le permafrost que celui-ci fonde. Ce qu’il commence d’ailleurs déjà à faire, du fait du réchauffement global. Et si l’on peut espérer que la majeure partie d’entre eux ne présenteront que peu de risques (à l’homme), voire même pas du tout, certaines souches, elles, risquent de s’avérer extrêmement virulentes. Imaginons un instant un virus ayant les mêmes effets qu’Ebola mais doté du même pouvoir de contagion que la variante de la Covid sud-africaine. Inutile de dire qu’à côté de lui, la Covid et ses deux millions de morts nous paraîtraient anodins.
Puisque nous parlons de l’Ebola et de la Covid, rappelons que ces virus, tout comme les grippes aviaires et le sida, pour ne citer que ces seuls exemples, sont le fruit de « zoonoses », autrement dit de maladies qui se transmettent de l’animal à l’humain. Certes, le phénomène n’est pas nouveau – à l’instar de la tuberculose, de la rage ou de la malaria –, mais il prend une ampleur inédite aujourd’hui, représentant ainsi, selon le Programme des Nations unies pour l’Environnement, près de 60% des maladies infectieuses. La faute, une fois encore, à notre modèle économique. Pourquoi ? En fait, pour plusieurs raisons. D’abord du fait de la surexploitation des ressources naturelles et de la destruction des écosystèmes, qui favorisent le passage des zoonoses entre les animaux et les hommes en démultipliant les zones de contacts entre espèces. À cela nous pourrions ajouter la déforestation, l’agriculture industrielle, l’urbanisation et la fragmentation des milieux naturels. Mais également le dérèglement climatique, lui aussi issu de notre prédation, et qui modifie l’équilibre entre espèces en poussant certains animaux vecteurs de maladies à conquérir de nouveaux espaces.
Il se pourrait ainsi que la Covid ne soit que le premier d’une longue liste d’agents pathogènes à venir. Mais aussi – et peut-être est-ce plutôt ainsi que l’on devrait le percevoir – un messager. Un avertissement de la Nature visant à nous rappeler, en quelque sorte, que l’homme n’est en réalité que l’une de ses multiples créations, et qu’elle n’hésitera pas à se débarrasser de nous si nous devenons trop nuisibles. En d’autres termes, que de nier l’origine structurelle des virus, c’est ouvrir les bras à d’autres pandémies, et à notre propre extinction !