Maurice s’apprête à franchir un nouveau cap vers l’élimination du plastique. Enfin !, pourrait-on dire, tant nos prétentions à ce propos sont en complet déphasage avec nos actions. Quoi qu’il en soit, c’est désormais chose faite : dès le 15 janvier prochain, en accord avec les Environment Protection (Control of Single Use Plastic Products) Regulations 2020, dix produits en matière plastique seront purement et simplement interdits. Exit donc bientôt les couverts en plastique, assiettes jetables, pailles, touillettes, conteneurs et couvercles à usage unique et autres “take-away”. Pour autant, une question mérite d’être posée : tout cela nous sera-t-il réellement bénéfique ? Et l’on ne parle évidemment pas des craintes émises par les fabricants de ces items.

En vérité, ce qui devrait aujourd’hui nous préoccuper est d’abord de savoir si ces initiatives, aussi louables soient-elles, quand bien même sont-elles tardives, seront réellement respectées. Rappelons à ce propos l’interdiction, il y a quelques années, des sacs plastiques à usage unique, mesure qui, si elle avait été globalement suivie dans les premières semaines de sa mise en application, n’aura pas fait long feu. Un petit tour dans nos principaux marchés suffit encore aujourd’hui pour se rendre compte que le sac plastique est encore bien présent, tout autant d’ailleurs que ces mini-sacs, toujours dans la même matière, que les vendeurs à la sauvette viennent écouler par lots en pleine rue ou dans les bus, rappelant, s’il le fallait encore, à quel point nos lois sont trop souvent gentiment ignorées, commerçants et consommateurs n’étant en effet que peu inquiétés par quelconque autorité visant à les faire respecter.

Ensuite vient une autre question, bien plus cruciale encore : celle des alternatives. Il faut dire que toute considération environnementale mise à part, le plastique ne présente que des avantages, et non des moindres. Robuste et malléable à souhait, il ne coûte quasiment rien à la fabrication. Qui plus est, ce matériau issu de l’industrie pétrochimique est présent partout, du secteur de la construction à l’industrie automobile, en passant par le secteur de l’alimentation (où l’emballage à lui seul constitue près de la moitié des matières plastiques consommées), voire la fabrication de nos baskets, smartphones et autres objets du quotidien. À un point tel que nos principales industries ont tellement intégré le plastique dans leurs chaînes de production que changer de logistique impliquerait pour elles des coûts exorbitants en matière logistique.

Alors, bien sûr, des alternatives existent, la plus connue étant celle des plastiques biodégradables, ou encore bioplastiques. Le problème, c’est que ces derniers ne sont pas forcément aussi écologiques qu’il y paraît, et ne constituent donc pas la « solution miracle » dans notre société « plastivore ». Il faut en effet savoir que les agroplastiques, par exemple, sont produits à partir d’agropolymères (amidon, protéines, cellulose…), issus de céréales, de pommes de terre et, même, de canne à sucre. Or, tous ne sont pas totalement biodégradables. En outre, les fabriquer demande de grandes quantités d’eau, ce qui est loin d’être écolo. Sans compter que les agroplastiques sont conçus avec de l’acide polyactique, qui ressemble au polyéthylène téréphtalate (soit l’équivalent du plastique). Problème : leur transformation est incompatible en l’état avec les chaînes traditionnelles de recyclage. Qui plus est, étant produits à partir de sucre ou d’amidon, ils entrent en compétition avec l’alimentation humaine, des surfaces agricoles entières devant en effet leur être exclusivement dédiées.

Enfin, les plastiques biodégradables ne sont pas toujours fabriqués à partir de matières végétales et peuvent être issus, eux aussi, de la pétrochimie, l’idée étant d’y ajouter des additifs favorisant l’oxydation. D’ailleurs, ces matériaux ne sont pas vraiment biodégradables, car ils ne disparaissent pas immédiatement après leur « rejet » dans la nature. Restent enfin les sacs « compostables ». Mais dans ce cas encore, il y a un hic ! Pour être intéressants, ils doivent justement être compostés, et non pas finir dans un centre d’enfouissement. Autant dire que si l’élimination du plastique est une impérieuse nécessité, nous ne semblons pas encore prêts à changer ici aussi de paradigme consumériste.