Le Kolektif Konversasyon Solider mérite toutes nos félicitations pour la réussite de la manifestation pacifique organisée dans les rues de la capitale samedi dernier. Pour un coup d’essai, ce fut un coup de maître. Le mérite est d’autant plus grand dans ce contexte de pandémie de COVID-19.
Il s’agit d’une des rares fois que les mouvements citoyens et syndicaux sont parvenus à créer une symbiose afin de permettre aux citoyens mauriciens d’exprimer publiquement un sentiment de mal-être. L’absence des principaux partis politiques aura même permis l’ouverture d’un espace citoyen nécessaire sans que l’on puisse donner une coloration partisane à ce mouvement populaire, qui n’était en rien comparable aux traditionnels meetings du 1er mai que la COVID-19 nous a épargnés cette année. Aucun de ceux présents n’avait fait le déplacement, semble-t-il, sous la pression d’une force politique avec tout ce que cela implique comme « bater bis », biryani ou boissons alcoolisées gratuites. Les manifestants s’étaient rendus à Port-Louis en solitaires ou en groupe pour scander « la misère ». Nombreux étaient-ils à cette manifestation en raison de cruelles pertes d’emplois, d’entreprises fermées, de l’angoisse d’une éventuelle situation de chômage, de l’écrasement sous le poids de la COVID-19 Act et de la Quarantine Act, qui ne font qu’empiéter sur leurs fondamentales libertés. Plusieurs personnes de la classe moyenne – qui du jour au lendemain ont vu leur qualité de vie se détériorer et se retrouvant devant des dettes impayées sans savoir comment joindre les deux bouts – s’étaient également déplacées. D’autres, au chômage du jour au lendemain, se sont vues dans l’obligation de mettre un terme à la scolarité de leurs enfants et font part de leurs craintes quant à l’éducation, voire l’avenir même de leurs enfants.
Par ailleurs, une des contestations de ce samedi 11 juillet était la conséquente hausse du coût de la vie compte tenu d’une augmentation supérieure à 20% des prix des produits de consommation courante. Un grand nombre de fonctionnaires prenait également part au mouvement à l’invitation de leurs responsables syndicaux, qui ont exprimé des craintes quant au PRB sans compter toute l’inquiétude s’agissant de la pension de vieillesse, avec l’abolition du National Pensions Fund, qui intégrera la Contribution sociale généralisée et où subsistent tant de zones d’ombre dans la tête des travailleurs et employeurs. Un des flagrants constats de cette manifestation donc : une population qui vit dans l’angoisse au regard de leur avenir.
Le Premier ministre affirme, pour sa part, que la manifestation du 11 juillet démontre que la liberté d’expression a cours dans ce pays. Il doit aussi savoir que cette liberté n’est pas un privilège mais un droit acquis de la population qui doit être protégé; et il importe que le gouvernement soit à l’écoute de la population, en particulier les plus démunis.
Qui plus est, les révélations autour de l’achat de médicaments et d’équipements médicaux en temps de confinement continuent à alimenter les débats dans le pays. Elles démontrent clairement les risques et abus qui peuvent se produire lorsqu’un gouvernement détient le pouvoir absolu comme cela était le cas durant l’État d’urgence sanitaire – présenté comme un état de guerre contre la pandémie par le gouvernement. Si lors de cette période difficile le gouvernement avait accepté de mettre en place une structure de contrôle des dépenses gouvernementales – comme l’avaient réclamé à cor à cri des partis de l’Opposition – la situation aurait pu être différente. Un comité parlementaire au sein duquel auraient siégé les dirigeants de l’Opposition parlementaire aurait peut-être mis un frein aux dérapages et excès de certains. On est en droit désormais de se demander pourquoi le gouvernement avait tant refusé ce contrôle alors même que le parlement ne pouvait siéger pour des raisons de sécurité… Que la lumière soit faite sur tous ces scandales et que ceux trouvés coupables d’abus soient sanctionnés !