La plus large partie du MV Wakashio, soit une superficie de 225 mètres sur 300, repose désormais à 3 000 mètres de profondeur à quelque 14 milles nautiques au large des côtes mauriciennes. La très forte émotion qu’avait suscitée le naufrage de ce navire, classé parmi les plus gros à circuler sur la mer, commence tant soit peu à se dissiper. La solidarité internationale qui s’est déployée pour venir en aide à Maurice afin d’aider les autorités à remettre en état toute une partie du lagon et des zones côtières au sud-est de l’île, sérieusement affectées par la marée noire, est réconfortante et rassurante. Il est heureux que le parc marin de Blue-Bay ait été épargné jusqu’ici et que les experts semblent indiquer que la riche faune et flore des environs pourra retrouver son état initial plus vite que l’on aurait cru. Mais le sabordement n’est pas une fin en soi. Maintenant que les clameurs commencent à s’estomper, il est plus que jamais nécessaire de revenir lucidement sur ce qui s’est produit et de comprendre comment nous nous sommes retrouvés dans une telle situation afin de mettre en œuvre tous les moyens nécessaires pour que ce genre de naufrage ne se reproduise plus.

Cet accident a provoqué l’émoi de tous ceux qui militent dans le monde pour la protection de l’environnement, de la flore et de la faune. Nous leur devons des explications convaincantes en identifiant les erreurs qui auraient été commises, en situant les responsabilités et en débusquant ceux qui n’ont pas été à la hauteur de la tâche qui leur a été confiée. Le MV Wakashio n’est pas tombé du ciel à Pointe-D’Esny. Il nous faut à tout prix savoir comment il a atterri sur nos récifs. Le ministre français Sébastien Lecornu a mis le doigt sur un point sensible en disant que le navire a atterri sur nos côtes de manière inexplicable et invraisemblable. Élucider ce problème permettrait de résoudre une énigme qui concerne non seulement la sécurité de Maurice, mais également des pays et régions voisins, à commencer par La Réunion. Beaucoup de questions restent posées malgré toutes les explications données par les autorités mauriciennes, dont le Premier ministre.

La question de connaître les raisons pour lesquelles les autorités ne sont pas intervenues sur le navire dès le lendemain pour interpeller le capitaine revient avec persistance, surtout que le navire se trouvait sur le territoire mauricien. Pourquoi les radars situés dans les endroits stratégiques ne fonctionnaient-ils pas le jour de l’incident ? On comprend que les autorités françaises considèrent que « le système de contrôle mauricien des navires n’a pas fonctionné comme il aurait dû ». À La Réunion, le ministre des Outre-Mer n’est d’ailleurs pas passé par quatre chemins pour dire qu’à La Réunion, un tel accident ne se serait pas produit. « Nous avons nos procédures », a-t-il fait remarquer.

Maurice était-elle obligée de suivre à la lettre les instructions de la Salvage Team et des assurances alors que le navire se trouvait dans la juridiction mauricienne ? Est-ce que nous pouvions avoir notre mot à dire dans le choix de cette opération de sauvetage choisie par les armateurs japonais afin de nous assurer que nos intérêts soient protégés ? Quels sont les protocoles qui doivent s’appliquer lorsqu’un navire se trouve dans notre territoire ? À ce propos, l’impuissance des hommes de loi du gouvernement à donner des conseils appropriés est effarante. Si le pays doit amender des lois afin que les autorités puissent disposer des moyens légaux nécessaires pour protéger le pays, il faut le faire.

L’enquête en cours, menée par le ministère de l’Économie bleue et des Pêcheries, est capitale. Son résultat devrait être rendu public afin que chacun sache ce qui est vraiment arrivé. Et s’il faut instituer une commission d’enquête afin de voir plus clairement quelles sont les mesures correctives qui doivent être apportées, alors il faut le faire. Si la pandémie de COVID-19 est venue mettre en exergue l’importance d’avoir un service de santé efficient, le naufrage du MV Wakashio, lui, a mis en avant l’importance d’un système de sécurité digne de répondre à toutes les menaces venant de l’extérieur, seuls ou en collaboration avec les pays voisins.