La nouvelle que tout le monde appréhendait et ne souhaitait pas entendre de nouveau a éclaté brusquement jeudi, avec l’annonce d’un nouveau cas positif local de COVID-19. Voilà le spectre de cette épidémie impitoyable qui plane à nouveau sur le pays, avec les craintes d’une deuxième vague, d’un reconfinement, de pénuries et de longues queues devant les supermarchés qui remontent à la surface.

C’est vrai que beaucoup d’entre nous ont laissé tomber le masque ou ont opté pour se couvrir le menton plutôt que le nez, que nous avons participé allègrement à de grands rassemblements sociaux, religieux et politiques, souvent sans se soucier de respecter les gestes barrières. Le fait d’avoir été “COVID-Safe” pendant ces sept derniers mois avait enivré la population, qui se croyait entièrement protégée grâce aux mesures prises, avec raison, par le gouvernement, et qui ont porté leurs fruits jusqu’ici. L’enregistrement de ce premier cas local jeudi est donc un “wake-up call” sonore, rappelant tout un chacun à ses responsabilités. Les autorités sanitaires auront désormais à comprendre comment un patient a pu quitter le centre de traitement après neuf jours au lieu de 14 pour découvrir une semaine plus tard qu’il était positif et avait contaminé en passant son propre fils de 29 ans. Dieu sait combien d’autres ont pu être infectés.

Le ministre de la Santé a introduit un nouveau concept jeudi pour expliquer ce qui s’est passé en avançant qu’il y a une différence entre la période de quarantaine et la période de traitement. On ne sait pas encore si la personne en question avait été en quarantaine avant de suivre son traitement à l’hôpital ENT. Le public a désormais le droit de connaître le résultat du “contact tracing” effectué autour de ce patient qualifié de “superspreader”, de même que les mesures correctives qui ont été prises dans les centres de quarantaine et à l’hôpital ENT afin de s’assurer que de tels incidents ne se reproduisent plus à l’avenir. Nous ne voulons pas nous retrouver dans la même situation qu’en Europe ou à La Réunion actuellement.

En plus de la dimension sanitaire de la COVID-19, qui mobilise l’attention de la population, c’est le spectre de la crise économique qui prend forme et qui fait encore trembler les Mauriciens. La dégradation de la situation en Europe et en Amérique a fait perdre tout espoir d’une reprise de l’industrie touristique durant la période de fin d’année. Des opérateurs ne disposent pas d’une bonne visibilité sur ce qui se passera l’année prochaine. Beaucoup craignent que le pire soit à venir dès janvier prochain. L’ancien ministre des Finances, Rama Sithanen, souligne dans une interview accordée à Mauritius Times vendredi que le pays connaîtra « the sharpest decline of the economy since 40 years ».
Au niveau du secteur privé, le directeur de Business Mauritius considère, pour sa part, que le ministre des Finances Renganaden Padayachy a tort de se targuer d’une croissance de 9% pour l’année prochaine. Ces prévisions partent d’une base très basse avec une contraction économique de 14,2% en 2020. Ce qui fait qu’il serait mieux de dire que la contraction économique sera encore de l’ordre de -4,3% l’année prochaine et que pour un retour à la normale, il faudra attendre encore.

Tout cela se déroule alors que la classe politique est profondément divisée. Les motions électorales qui sont encore à l’étude, l’affaire Angus Road dont l’issue dépend des explications du Premier ministre, la situation tendue au Parlement avec un Speaker loin d’être consensuel entretiennent une situation de malaise dans le pays. Le gouvernement est non seulement confronté à l’opposition mais également au secteur privé qu’il a jusqu’ici tenté en vain de diviser. Ce dernier conteste en Cour suprême la contribution sociale généralisée.

La situation en cette fin d’année est sombre. Espérons que Divali puisse permettre au pays de voir la lumière au bout du tunnel. Bonne fête de Divali à tous les Mauriciens, et en particulier à nos compatriotes de foi hindoue !