Que l’on soit riche ou pauvre, que l’on vive en ville ou à la campagne, que l’on soit jeune, vieux, noir, blanc, homme, femme, athée ou croyant, la COVID-19 nous touche tous, indistinctement, bien que dans des proportions diverses, certes, dépendant bien entendu de notre zone géographique, de notre degré « d’implication » dans l’économie mondiale et des politiques sanitaires mises en place. C’est une vérité : lorsqu’il est en position de contaminer, le coronavirus contamine. Sans se soucier de savoir qui il touche. En d’autres termes, « viris pa get figir ! ».
Pour autant, il en est malheureusement autrement de ses conséquences autres que sanitaires. Car avec la pandémie, les inégalités sociales ont explosé, devenant même de plus en plus intolérables. En ce sens, nous récoltons les fruits (pourris en l’occurrence) de notre système. Bien sûr, le phénomène n’est pas nouveau en soi, car s’il est une vérité admise depuis des lustres, c’est que les riches deviennent de plus en plus riches, et les pauvres, de plus en plus pauvres. Sans compter que le « club » des plus nantis devient de plus en plus hermétique, n’ayant en effet pas hésité, lorsqu’il aura cédé aux sirènes du néolibéralisme, dans les années 80’, à fermer ses frontières avec le quotidien du reste du monde, en l’occurrence l’immense majorité de la planète dont sa fortune dépend pourtant.
Avant la Covid en effet, 1% des plus riches détenait déjà autant que les revenus cumulés de la moitié la plus pauvre de la planète. Ce qui s’explique par une politique outrancière de l’exploitation de nos ressources, qu’elles soient naturelles ou humaines, mais aussi par la libéralisation des économies, la baisse de la fiscalité sur les hauts revenus et sur le capital, ou encore le démantèlement des protections sociales et des services publics. Mais alors que l’on aurait pensé que l’arrivée du virus allait « remettre de l’ordre dans tout ce désordre », c’est à l’exact contraire que l’on assiste aujourd’hui. Cette « nouvelle norme » aura en effet paradoxalement permis aux plus riches de voir leurs revenus s’envoler davantage, tout en plongeant inexorablement les plus pauvres dans une précarité encore plus… précaire.
Tel est notamment le constat d’Oxfam qui, dans un récent rapport, met en exergue la hausse des inégalités sociales, avec une conclusion pour le moins effrayante, à savoir que tandis qu’une grande partie de la planète plonge dans la pauvreté, une petite élite aura su tirer profit de la crise « au-delà de l’imaginable ». Car contrairement aux conséquences physiques du virus, l’économie, elle, préfère « choisir ses partenaires ». Ainsi le fossé des inégalités de revenus, qui s’articulait déjà avant la Covid sur des inégalités sociales dues au genre et à la couleur de peau, se creuse-t-il davantage aujourd’hui.
Il serait évidemment tentant de se dire que « le monde d’avant » n’était pas vraiment différent. Ce qui est en partie vrai. Sauf que le virus aura eu un effet accélérateur en multipliant plus que de raison ces mêmes inégalités. Pour preuve, Oxfam explique que les milliardaires les plus fortunés ont retrouvé leur niveau de richesse d’avant crise en moins de… neuf mois. Et l’on ne parle évidemment pas de ceux ayant directement bénéficié de la crise. Comme Jeff Bezos, le patron d’Amazon, qui « pourrait verser une prime de USD 105 000 à chacun de ses 876 000 employés tout en restant aussi riche qu’avant la crise ». Inutile aussi d’évoquer le cas d’acteurs de l’industrie pharmaceutique, à l’instar de Pfizer, qui, grâce à son vaccin, a vu la valeur de son cours grimper de 10% sur les seuls trois derniers mois.
À cela, nous devons ajouter la financiarisation de l’économie. Le patrimoine des grandes fortunes étant surtout constitué d’actifs financiers, ces dernières ont en effet pu mettre leur argent à l’abri en profitant des avantages liés aux stratégies gouvernementales visant à inonder l’économie d’argent public et aux politiques pour le moins « accommodantes » des banques centrales. Pour autant, tout cela ne durera pas éternellement. Sauf qu’entre-temps, les inégalités, elles, se seront davantage creusées. Autant dire qu’il est plus que jamais temps de remettre en question « l’ordre du monde » face aux défis à venir, à commencer par l’urgence climatique, qui nous promet des jours encore bien plus sombres !