Tous les regards seront braqués cet après-midi sur la manifestation organisée par l’entente de l’opposition et la Plateforme citoyenne, qui débutera devant la municipalité pour prendre fin devant l’hôtel du gouvernement, après un détour par La Chaussée et la rue John Kennedy, comme cela avait déjà été le cas pour la manifestation du 29 août de l’année dernière. Même si l’idée initiale de l’organisation d’une manifestation émane des partis politiques de l’opposition, ces derniers ont opté pour un élargissement du mouvement en effectuant une ouverture vers les mouvements citoyens.

Les syndicats et certains autres mouvements approchés par les organisateurs semblent cependant avoir battu en retraite, préférant laisser le choix à la liberté de conscience de leurs membres, qui seront ainsi libres de participer à la marche, qui aura pour seules couleurs celles du drapeau national. Les organisateurs ont placé la barre très haut, demandant en priorité le départ du gouvernement Jugnauth. Toutefois, comme le soulignait Xavier-Luc Duval, chaque personne présente aura la possibilité de mettre en avant ses propres revendications, ses propres aspirations et ses propres espoirs pour le pays.
Comme le souligne l’accord conjoint conclu entre la Plateforme citoyenne et l’entente de l’opposition, il s’agira d’élargir la démocratie, de combattre et de détruire la corruption, de protéger l’environnement et de s’assurer de la mise en œuvre d’un développement inclusif. La manifestation de ce jour sera la quatrième du genre organisée depuis l’année dernière. La masse silencieuse acceptera-t-elle de quitter le confort de son salon pour faire entendre sa voix ?

En vérité, ce genre de manifestation permet de rappeler à ceux qui sont à la tête du pays aujourd’hui et à ceux qui le seront demain que la victoire aux élections générales ne représente pas un chèque en blanc pour diriger le pays comme bon leur semble et agir comme si le pays était la propriété privée d’un parti politique, voire d’une famille politique ou un cercle de dirigeants hermétiquement fermé. Dans toutes les démocraties qui se respectent, que ce soit en Europe, en Inde ou ailleurs, les manifestations publiques et pacifiques font parties intégrantes de l’exercice de la vie démocratique et contribuent à mettre ceux qui sont à la barre des affaires de l’État « on their toes », en leur rappelant que leur responsabilité première est de travailler dans l’intérêt du pays et de la population, et non pas pour un petit groupe de privilégiés.

On se demande ainsi si Yogida Sawminaden aurait accepté de démissionner s’il n’y avait pas une pression populaire. Alors qu’il était sur la sellette depuis des semaines, en cour de justice et dans l’opinion publique, l’ex-ministre Sawminaden était resté de marbre. Inébranlable. Il est vrai qu’il avait bénéficié d’un soutien sans faille du Premier ministre, en dépit de toutes les critiques. Mais à l’évidence, il était impossible pour lui de dépasser une certaine limite.

Aujourd’hui, le ministre démissionnaire Nando Bodha soutient qu’il y a bien d’autres affaires liées à Yogida Sawminaden. Ce dernier a pour sa part annoncé qu’il a « pris un congé politique » pour revenir plus fort. Souhaitons que les enquêtes en cours soient effectuées en toute clarté et dans la transparence, et ne soient pas « enn lanket anler anler ». Ivan Collendavelloo a affirmé devant le régional de son parti jeudi qu’il suivait la situation de près, tout en réaffirmant son allégeance au Premier ministre et au gouvernement de l’Alliance Morisien, et ce, dans l’intérêt du pays. Toujours est-il que le MSM, qui vient de perdre deux ministres coup sur coup, se retrouve au milieu d’une crise politique. Le départ de Nando Bodha aura permis de secouer le cocotier. Le Premier ministre a multiplié cette semaine les consultations, aussi bien individuelles qu’en groupe, avec des parlementaires de la majorité, dont plusieurs ont affirmé publiquement leur allégeance au gouvernement en place.

Pour sa part, Nando Bodha n’a pas encore dit son dernier mot. Il a annoncé l’élaboration prochaine d’une série de propositions qui seront soumises aux leaders des partis de l’opposition. Il est attendu sur le « coaltar » ce samedi. Pourra-t-il réaliser ce qu’Emmanuel Macron avait réussi à faire avec son élection lors de la dernière présidentielle en France ? L’avenir le dira.