Les heures les plus sombres…

L’hippisme mauricien se trouve au cœur des plus sombres heures de son histoire. Au point où si des décisions radicales ne sont pas prises à brève échéance, les courses hippiques ne se relèveront jamais du mal qu’on leur a fait ces derniers temps et qu’on continue à leur asséner de semaine en semaine.

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Avec un feuilleton qui n’en finit pas depuis le début de la présente saison, il n’est plus utile d’épiloguer sur le massacre perpétré aux pistes depuis plusieurs mois par des ignares devenus experts en tout. Le résultat est qu’à la moindre averse aujourd’hui, la veille ou le jour des courses, la piste peut devenir un véritable bourbier transformé en un piège mortel pour chevaux et jockeys. Malheureusement, il se trouve encore des personnages bornés qui insistent à vouloir poursuivre les journées hippiques au lieu de sagement les annuler sur l’autel indiscutable qu’il ne faille prendre aucun risque quand il s’agit de préserver des vies humaines et celle des chevaux.

Cette image de la piste, transformée en chenal le long de la corde à quelques mètres seulement du poteau d’arrivée pour faire évacuer l’eau qui ne ruisselle plus mais stagne à certains endroits stratégiques de la piste, nous a interpellés, choqués et découragés. Elle est symptomatique de la descente aux enfers des courses de chevaux à Maurice, mais aussi de l’incompétence patente de ceux qui ont la charge d’entretenir cette piste. Voyant tous ces gens s’affairer au petit bonheur la chance, en pleine journée hippique, sous la pluie et discutailler de ce qu’il fallait faire faisait pitié.

Chacun s’attendait à une solution magique malgré une situation désespérée, une preuve s’il en fallait que les actuels dirigeants de nos courses n’ont pas le sens des vraies responsabilités, aveuglés qu’ils sont par l’unique l’appât du gain dans une situation où leurs finances, il est vrai, ont pris un sale coup et continuent à se détériorer, à l’image même de l’état calamiteux de la piste.

Heureusement que dans ce concert d’aveugles ou d’aveuglés il y en a qui ont une clairvoyance qu’il faut saluer bien bas : celle de refuser ce forcing de courir à tout prix et d’avoir osé demander à l’autorité hippique, la Horse Racing Division, la permission de retirer son cheval de la compétition parce que la piste était trop dangereuse et qu’il voulait préserver la santé de son cheval à tout prix. En effet, Bless My Path, qui devait participer à la troisième épreuve, a été retiré à la demande de son entraîneur Preetam Daby qui, lucidement, a estimé que « the track had deteriorated too severely for Bless My Path to compete […] » et a fait une demande en ce sens pour que son cheval soit scratched, demande qui a été étrangement agréée par les commissaires de la HRD, alors qu’elle permettait à la journée de se poursuivre…

Bravo au courage et à la lucidité de Preetam Daby, qui a d’abord pensé à son cheval et à ses propriétaires plutôt qu’aux gains dont il aurait pu bénéficier en le faisant courir. Il a donné une leçon de sagacité et d’intelligence hippique à ses collègues Narang, Maingard et autres qui ont couru dans des conditions déplorables et dangereuses la Stayers Cup de People’s Turf sur l’autel de la préparation à l’épreuve classique phare et la plus richement dotée du pays, sur 2400 mètres, prévue pour le mois de septembre. Qu’on ait contraint Twist Of Fate et Alshibaa à courir dans de telles conditions de dangerosité, bien que les commissaires de la HRD aient exigé aux jockeys de courir sur la piste extérieure, est choquante et démontre aujourd’hui plus que jamais que l’appât du gain, que ce soient des lauriers mais surtout de l’argent, surpasse toute autre considération dans l’hippisme mauricien.

Où sont passés les grandes prophéties et les principes de ces professionnels de courses, donneurs de leçons, devenus aujourd’hui des caniches au service de machines à sous ? Un signe des temps qui démontre plus que jamais que l’amour des courses et des chevaux est un slogan creux, même pour ceux qui en ont fait leur gagne-pain et qui sont entrés de la spirale du compromis et de la compromission pour composer avec des parrains du monde des paris, pourtant aujourd’hui totalement dévalués, pour avoir été démasqués sur leurs réelles finalités d’avoir mis la main à tous les échelons de l’industrie hippique locale.

Certes, au premier chef, la décision de poursuivre la journée dans ces conditions atmosphériques adverses et extrêmes eu égard à l’état de la piste doit être adressée à la HRD, car il ne faut pas compter sur l’organisateur des courses People’s Turf pour décider elle-même de le faire, étant donné la spirale des vastes enjeux financiers dans lesquels il est aspiré et tournoie à ses dépens actuellement.

Il est certes difficile, dans une conjoncture où PTP bénéficie d’un soutien indéfectible de la GRA et du gouvernement, pour la HRD, en période de délicatesse, de prendre sereinement une décision dans un contexte où son principal responsable, Deanthan Moodley, est pris en grippe par les médias de l’ultimate beneficiary de l’organisateur des courses, PTP, et de multiples officines de paris hippiques à travers l’île, le magnat des paris Jean Michel Lee Shim.

Le Chief Stipe Moodley marche en ce moment sur les œufs, car sa tête a déjà été mise à prix. Pourtant, pas plus tard qu’en ce début de saison, il était adulé et applaudi surtout lorsqu’il avait accédé à la demande des entraîneurs soumis à l’autorité de JMLS de débuter la saison en mars 2023, alors que des raisons objectives de ne pas le faire, pour cause de saison pluvieuse, lui ont été expliquées en long et en large. Tout le monde a vu quel gâchis a été ce début de saison avec les renvois en série de journées hippiques.

Ainsi, après une période de soumission après le départ pas regretté du tout de Wayne Wood — que Turf Magazine avait annoncé en exclusivité malgré les démentis de la HRD —, Deanthan Moodley a pris de la distance de ses influences toxiques qu’il a marquée de décisions fortes qui démontraient un regain partiel d’indépendance quoique coincé parfois avec les velléités de la GRA de venir au secours de son champion lorsqu’il le fallait.

Il a positivement surpris en sanctionnant lourdement PTP et certains de ses proches collaborateurs. D’abord PTP lui-même pour le problème d’éthylomètre, ensuite Praveen Nagadoo, un blue-eyed-boy de Petit Gamin, pour usage de produits de soins (?) en dehors des délais, puis d’avoir épinglé par de lourdes suspensions les deux club jockeys, les jouisseurs Fayd’herbe et Donohoe, alors intouchables, et d’autres jockeys, entraîneurs et propriétaires du système PTP, dont le bouillant Bahim Taher, condamné à une amende pour avoir menacé le Chief de Stipe de dénonciation à ses supérieurs. Entre-temps, il y a eu le crime de lèse-majesté de ne pas reconnaître le centre hippique de Petit Gamin comme un hippodrome alternatif au Champ de Mars et, pire, de ne plus accéder aux directives, sous forme de diktats du CEO, Khulwant Kumar Ubherram. Mais la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, c’est la décision du Chief Stipe sud-africain de placer deux policiers à la porte de la jockey’s room, ce qui a quasiment mis fin aux conciliabules entre jockeys et entraîneurs avant les épreuves

Tout cela vaut à Deanthan Moodley la guérilla qui est menée par PTP et ses dirigeants. Ceux-là le dénoncent ouvertement comme étant un Big Gambler et d’avoir un business de bookmaker avec un partenaire — des accusations sur lesquelles le public exige de son employeur, la HRD, et la GRA, d’infirmer ou de confirmer du fait qu’il a le pouvoir d’influencer le monde des paris de par ses décisions. Ils ont aussi sauté sur une décision récente du board d’appel, le plus lent de tout le pays, et dont la compétence en matière hippique de certains membres est discutable, pour le clouer au pilori parce qu’il aurait violé the fundamental rules and principles of equity, natural justice and fairness. Nous laisserons le soin à Moodley de se défendre, car il a une opinion très marquée sur cette instance, mais il doit s’attendre à des salves plus violentes encore du fait qu’il a demandé que, désormais, les instructions aux jockeys soient données en sa présence !

Quoi qu’il en soit, le Chief Stipe Moodley doit aujourd’hui se morfondre et se mordre les doigts de n’avoir pas écouté ceux qui lui disaient qu’il faisait fausse route pour avoir soutenu les yeux fermés les princes du jour en cédant à tous leurs caprices. Et de s’en prendre, lui aussi, à la presse, celle qui n’a jamais courbé devant ces incompétents et arsouilles du jour. Il était prévenu qu’il subirait le même sort que Wayne Wood, pourtant adulé à son arrivée malgré un passif peu reluisant…

Faut-il sauver le soldat Moodley dans son combat visible contre la corruption ou faut-il le clouer au pilori pour un double visage que lui confèrent ses adversaires ? Plus que jamais, les courses mauriciennes passent par leurs heures les plus sombres…

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