LORAINE DESCHÉZEAUX

Du jour au lendemain, les bruits étourdissants et les humeurs pestilentielles de la ville, qui nous gardaient reclus dans nos tanières, ont cessé. Nous n’avons pas compris. Les premiers temps, nous nous sommes aventurés timidement sur un territoire habituellement hostile. Mais cette fois, tout était silencieux. Tout était désert. Puis, après quelques jours, la nature a repris ses droits. Nous nous sommes déployés, épanouis et multipliés. Bien sûr, cela nous faisait de la peine de voir vos mines inquiètes derrière les barreaux de vos fenêtres. Mais l’euphorie de la liberté retrouvée a pris le dessus.
Cela fait des jours que nous prospérons dans ce nouvel éden. Mais voilà, depuis peu, le vrombissement des moteurs et le glissement des pneus sur l’asphalte se font de nouveau entendre. Je ne sais pas si tous mes amis animaux s’en aperçoivent mais, moi, du bout de mes antennes, je sens que notre parenthèse de quiétude tire à sa fin.
C’est pourquoi je me risque à t’écrire, à toi l’Homme, pour te rappeler notre existence. Lorsque tu sortiras de ta maison, prends le temps de regarder autour de toi, la nature qui s’est embellie en ton absence. Pourrais-tu s’il-te-plaît ajuster ton train de vie de sorte à nous garder une petite place ? Pourrais-tu respecter notre espace vital, comme nous l’avons fait pour toi ? Je te demande simplement de tenir compte de nous, ce que tu as négligé de faire pendant toutes ces années…
Ne te méprends pas. Nous sommes sincèrement heureux de te revoir parmi nous, car toi, l’Homme, tu nous es précieux. Nous partageons le même habitat, et c’est toi qui en es le gardien. De toi dépend notre survie à tous, végétaux et animaux, ainsi que notre bien-être. Nous comptons sur toi. [Papillon]