M. le Premier Ministre, chers tous,

Ma missive de ce jour se révèle nécessaire devant la tournure des événements. L’ambiance dans le pays se détériore à la suite d’une succession de faits publics qui, loin de calmer les esprits, suscitent une série de malentendus ou d’actes délibérés, à but non-avouable. Ce qui favorise une escalade de propos tendus et, dans certains cas, de nature incendiaire.

Le contexte se prête à deux orientations : un dialogue de sourds du côté du pouvoir en place, renforcé par des diatribes de ses partisans courroucés et, par ailleurs, un élan populaire, né de la pandémie qui a resserré les liens de proximité parmi nos compatriotes, à la base. Climat de solidarité qui a connu un summum avec le naufrage du vraquier MV Wakashio et celui du remorqueur Sir Gaëtan. Ont été organisées des Marches citoyennes, à Port-Louis, le 11 juillet et 29 août, suivies de celle de Mahébourg le 12 septembre. Marches, déroulées dans l’ordre, le calme et la discipline – où les revendications fortes d’appel à un changement radical de comportements politiques ont été réclamées à cor et à cri ; poussant jusqu’à réclamer la démission de l’actuel chef du gouvernement.

 

Il est évident que ces requêtes intempestives n’ont pas dû être reçues de gaieté de cœur…

Est-ce une raison pour ruer dans les brancards et réagir avec ses tripes ? Ô que non ! Alors, pourquoi laisser les choses s’envenimer jusqu’au pourrissement total de la situation ? Qui, si les choses perdurent dans cette direction, a intérêt à voir la pente glisser vers un chaos inéluctable?

M. Le Premier ministre, j’ai pris sur moi pour vous attendre, le jour de l’inauguration du Boulevard de Mon Choisy, fin août dernier. Je me suis fait violence pour vous aborder, à mon corps défendant, en vue de vous inviter à écouter ‘Les cris de notre peuple’.

Pourquoi persister dans cette attitude de non-recevoir ? N’est-il pas temps de se ressaisir, en assouplissant son échine, pour ouvrir une brèche vers un dialogue vrai, sans fard, ni complaisance ? Le dernier exemple en date : vos propos inattendus prononcés samedi dernier devant les instances de votre parti, rapportés dans l’édition de l’hebdomadaire Week-End de dimanche dernier.

L’évêque de Port-Louis, M. le cardinal Monseigneur Piat, en sa qualité de pasteur de son troupeau mauricien, à son tour, a axé son homélie du 8 septembre sur cette souffrance criante. Comme vous  l’a si bien expliqué M.Alex Macca, il y a une sacrée différence entre un discours et une homélie, qui répond à des exigences pastorales et théologiques qui lui sont dictées par le cadre même de cet exercice liturgique. À noter deux choses concernant Maurice Piat : i) il était à Rome durant les travaux du Concile Vatican II dont le Décret conciliaire y résultant Gaudium et Spes (Joies et espoirs) dit clairement : « Les joies, les tristesses, les angoisses et les espoirs du monde de ce temps, sont les joies… de l’Église et ii) après les travaux du Synode ecclésial de l’an 2000, il choisit comme axe pastoral l’Option préférentielle pour les pauvres ». De surcroît, la Lecture biblique du jour, où Dieu dit à son prophète, tiré du Livre de l’Exode, – « Oui, J’ai vu la misère de Mon Peuple, Je le libérerai de ses chaînes, s’il le veut » –  Chacun des fidèles présents devait se sentir personnellement interpellé par le texte de la liturgie de la Parole ! Apparemment, vous en avez pris la mouche,… vous sentiez-vous visé ?

Pour votre information, le mercredi 23 septembre, sur la Place St-Pierre à Rome, dans son Audience générale, le pape François, comme en écho à la plaidoirie de l’évêque Monseigneur Piat, a abondé dans le même sens, en allant plus loin et en exhortant les fidèles catholiques à s’engager dans la société afin de « relever les rejetés et les marginalisés…» Le pape François rappelle en substance la Doctrine Sociale de l’Église qui y fait référence.

Fort dommage que la situation soit bloquée à ce point dans le pays! C’est malsain et pernicieux. Des pyromanes embusqués n’attendent que l’occasion propice pour faire que tout s’embrase. Est-ce ce que vous souhaitez par votre silence et inaction ? Si cet état de choses persiste, je n’aurai d’autre initiative, afin d’éviter le pire, qu’à inviter les forces vives de la société, dite civile, à se réunir pacifiquement, sur la place nationale, devant le bâtiment de l’Hôtel du gouvernement pour un sit-in, dans la paix et l’unité. Faut-il en arriver là ? La balle est dans votre camp ! Autrement, je me tournerai vers M. le Commissaire de police pour en solliciter l’autorisation.

JOCELINE MINERVE