GAËL ETIENNE

Monsieur le Premier ministre, Pravind Jugnauth,

Comment ne pas laisser des larmes couler en voyant ces images désolantes qui défilent sur le fil d’actualités ? Installé sur la plage de Ploubazlanec, en Bretagne, je lis et observe avec admiration l’investissement de tout un chacun. L’incroyable mobilisation citoyenne dont mon pays fait preuve me fait chaud au cœur et me rend fier ! Dans ces moments-là Maurice sait et a toujours su se mettre sur ses deux pieds, les deux mains en avant pour agir pour le bien-être de tous.

Je lis aussi les nombreux cris du peuple qui demandant votre démission, Monsieur le Premier ministre. Tout comme vous, jamais je n’aurai imaginé qu’une telle chose puisse se produire sur les côtes de notre pays. Je ne vous cacherai pas que cette situation, bien que différente, me rappelle beaucoup celle des pluies diluviennes de mars 2013. Votre prédécesseur, l’ancien premier ministre, Navin Ramgoolam, avait fait l’objet de vives critiques dans l’hécatombe qu’avait connue notre capitale. Pour rappel onze personnes avaient perdu la vie. Ici vous me direz, pas de mort ! Et pourtant c’est notre nature qui est torturée à coups d’incompétence et d’immobilisme étatique.

Je me permets donc de vous repartager les quelques paragraphes écrits à l’ancien Premier ministre en 2013. Autant vous dire que 7 ans plus tard, rien n’a changé ! On a beau changer de gouvernement, le problème est toujours présent à la tête de notre État. En espérant que ces quelques mots qui ne sont que de simples rappels puissent arriver à bon port… #PravindJugnauth

« Monsieur le Premier Ministre, j’imagine votre tristesse, j’imagine ce que vous ressentez, j’imagine votre peur pour notre peuple. J’imagine vos cauchemars, j’imagine vos pensées et j’imagine votre haine. Mais, Monsieur le Premier ministre, s’il y a une chose que j’ai du mal à imaginer, c’est votre responsabilité dans ce cataclysme. Malheureusement, quelqu’un doit être accusé et doit assumer ces conséquences. Je n’accuse pas votre personne, mais j’accuse votre titre. Ce titre qui aujourd’hui régit tout un peuple et toute une nation. Chef du gouvernement, et décideur politique, votre rôle premier, avant de penser à l’économie, est de penser à la qualité de vie et à la sécurité des citoyens. Et si je ne me trompe pas, l’économie intervient bel et bien pour améliorer le bien-être des citoyens. L’Etat institutionnaliste que nous sommes fournit des infrastructures – censées être fiables  – aux citoyens. Infrastructures publiques telles que les hôpitaux, les transports publics, les lumières, ou encore la sécurité. Seul vous êtes capable de juger la fiabilité de celles-ci.

[…]

J’ai grandi dans une petite île, dans un petit pays, mais un pays avec un grand cœur. Un pays capable de se mobiliser, et de se tenir les uns aux autres quand les choses ne vont pas bien. Une grande nation, dirais-je ! Aujourd’hui, plus que jamais, notre histoire est mise de côté, aujourd’hui plus que jamais, le mauricianisme prend le dessus, et aujourd’hui plus que jamais, la tristesse nous aura tous amenés à être Mauricien et à soutenir notre peuple en péril. On dit que la vue d’en haut est majestueuse et que ce qu’on y voit est indescriptible. Osez donc prendre l’ascenseur. Descendez au niveau 0 ou au niveau -1. Observez vos frères et vos sœurs, observez ce qui nous touche, observez où nous en sommes arrivés et surtout REGARDEZ ! Regardez la solidarité et regardez ce que nous en bas on fait pour consoler notre nation. Un petit pays oui ! Mais aussi une GRANDE Nation Monsieur !

[…]

Imaginez-vous l’ampleur de la catastrophe ? Bravo, maintenant l’île Maurice fait parler d’elle ! TF1, BBC News, Le Monde et encore ! Un exemple disait Robert Stiglitz, prix Nobel de l’économie en 2001 ! Un exemple ! Un miracle mauricien ?! De quel exemple parlait-il ? Le système d’évacuation des eaux, avec vos Rs 500 millions d’investissements, contiennent-ils une somme dédiée à l’entretien de ceux-ci ? Le nettoyage de ceux-ci ? Les déchets, on en voit partout ! Or n’engagez-vous pas des agents du gouvernement pour nettoyer les rues de notre capitale ? N’installez-vous pas des poubelles à la disponibilité de tous ? Ces déchets causés bien souvent par nous-mêmes, que nous soyons passants, marchands, acheteurs, ou tout simplement Mauriciens. Où est donc passée la campagne de sensibilisation des déchets ? Que faites-vous du principe pollueur-payeur ? Vous avez le pouvoir entre vos mains, le pouvoir donné par le peuple pour que demain soit un jour meilleur ! Demandez-vous, questionnez-vous si ce pouvoir est utilisé convenablement et à bon escient ! J’ai un tel dégoût pour tout ce qui n’a pas été fait. En tant que représentant du peuple, en tant que personnage politique à la tête de notre pays, réveillez-vous, et faites quelque chose !

Au lieu de penser à une croissance rapide et à risque, ne devriez-vous pas plutôt penser à une croissance modérée et réfléchie tout en prenant en compte les différents risques de vos décisions ? Pensez à la population avant tout, replacez l’Homme, replacez le Mauricien au centre de tout intérêt ! »

Monsieur Jugnauth, je ne demande pas votre démission dans la présente conjoncture, comme je n’ai pas demandé celle de Ramgoolam à l’époque. Assumez vos responsabilités ! Vous dirigez un pays qui a soif de changement, qui a soif de réformes et qui veut que l’environnement occupe une place aussi importante que l’économie dans notre pays. Sachez mettre les coupables face à leurs responsabilités, comme vous aurez su prendre les vôtres !