Covid, course contre le réchauffement, protection de l’environnement, plan contre les pénuries énergétique et alimentaire… Autant de défis auxquels nous faisons face sans, semble-t-il, prendre la pleine mesure de leur importance dans le monde à venir. Avec, en filigrane, une question tout aussi fondamentale : quand tirerons-nous les leçons du passé (et du présent) ? À ce titre, le cas de la Covid paraît le plus parlant dans le contexte actuel, puisque nous sommes toujours plongés dans la crise près d’un an et demi après son apparition. À Maurice, un peu plus d’un an depuis les premiers cas, plus d’une quinzaine de morts, deux confinements et quelques vaccins plus tard, où en sommes-nous réellement ? La réponse est simple : quasiment au point de départ. Certes, nous avons appris à mieux gérer la pandémie et avons mis en place des campagnes d’information, de prévention et de vaccination, mais quid des items les plus importants, car liés à ce travail d’introspection salvateur que nous hésitons encore à entreprendre ?

C’est un fait : la crise de la Covid est riche en enseignement, à la fois sur les raisons de son apparition et sur la manière dont l’on se doit de réfléchir le monde de demain pour éviter toute nouvelle crise, sanitaire ou autre. Que nous a en effet appris cette pandémie, et que l’on pense à tort avoir surgi de nulle part ? Eh bien, à commencer que notre système économique globalisé est extrêmement perméable. Il faut ainsi d’abord savoir que le virus qui nous intéresse, et qui est bien moins virulent que de nombreux autres d’ailleurs, est semblable à n’importe quel autre virus apparu au cours de ces 3,5 milliards dernières années. Du moins pour l’essentiel, puisque cet organisme microcellulaire a conservé le même mode d’action, à savoir de trouver un hôte et de l’infecter par réplication. Pourtant, les dégâts qu’ils auront occasionnés auront tous été différents, et ce, outre la question de sa virulence, principalement du fait de son mode de contamination.

Il n’est en effet plus un secret pour personne que si la Covid a gagné la planète entière, c’est parce qu’il aura profité des failles de notre système. Parce qu’en déboisant et en réduisant l’espace des écosystèmes sauvages, nous avons favorisé le rapprochement de certaines espèces avec l’homme. Ensuite, comme cela ne suffisait pas, une fois contaminés, nous l’aurons emporté avec nous dans nos bagages aux quatre coins de la planète. Nous l’avons compris, le virus n’est pas là par hasard, mais bien parce que nous l’avons bien voulu, inconsciemment bien entendu. Ce petit exemple – « petit » puisque le virus ne sera au final qu’une parenthèse (certes douloureuse) de notre histoire – démontre sans ambiguïté aucune qu’une fois installés dans un certain confort, nous ne pouvons (voulons) voir les « bugs » de ce logiciel que l’on appelle « économie ». Sans songer un instant donc que l’on aurait dû, au cours de ces dernières décennies, y apporter d’importantes « mises à jour ».

Nul doute qu’avec le réchauffement climatique, qui nous promet des crises bien plus insupportables (et combien plus létales) que celle de la Covid, et sans espoir cette fois de vaccin, nous ne prenons absolument pas la bonne direction. Certes, le monde, malgré ses engagements, n’est visiblement pas prêt à remédier à la situation dans un laps de temps aussi court que le préconisent pourtant autant les experts que simplement notre bon sens. Pour autant, rien n’empêche les États de déjà prendre leurs responsabilités à titre individuel, et donc sans attendre que suive le reste du « troupeau ».

Maurice a beau être minuscule, rien ne l’oblige en effet à ne pas nourrir de grandes ambitions. D’autant que notre pays dispose d’atouts que nous envient de nombreuses nations, à commencer par notre positionnement géographique. C’est une réalité : si nous le voulons, nous pourrions en effet fortement réduire notre dépendance au reste du monde. Que ce soit d’un point de vue énergétique – en utilisant au mieux le soleil, le vent et les marées, dont nous bénéficions quasiment toute l’année – ou sur le plan de l’autonomie alimentaire, pour peu cette fois que l’on arrête de « bétoniser » les espaces potentiellement cultivables. Autant de facilités offertes gracieusement par la nature dont, hélas, nos politiques ne semblent toujours pas réellement conscients. Au risque que ce petit point que représente le pays sur le planisphère se transforme dans un proche avenir en une grosse tache noire.