MICHEL JOURDAN

L’heure est grave, très grave. Le monde, aujourd’hui, se retrouve dans une véritable impasse économique. Du fait du Covid-19, bien sûr, mais aussi et surtout du confinement forcé que la majeure partie des États auront dû décréter. Depuis février-mars, les planches à billets ne cessent de tourner aux quatre coins de la planète, plongeant chaque minute qui passe un peu plus un grand nombre de nations dans un endettement lui aussi sans précédent. Aujourd’hui, nous en sommes sûrs : plus rien ne sera plus jamais comme avant.

L’effondrement, celui dont nous ne cessons de parler dans ces mêmes colonnes depuis quelques années maintenant, semble être imminent. Tout cela pour avoir ignoré les dangers qui nous guettent, et pourtant lancés depuis plusieurs décennies déjà par nombre d’experts, toutes disciplines confondues (scientifiques, politiques, économistes, philosophes, climatologistes). Bien sûr, l’on ne parlait pas encore des possibles conséquences d’un virus arrivé de nulle part, mais plutôt de risques systémiques tels que le réchauffement climatique, la perte de la biodiversité, l’épuisement de nos ressources ou encore la chute probable du système capitaliste, pour ne citer qu’eux. Il n’en demeure pas moins que tous – et donc virus compris – ont la même origine : notre propension à exploiter au-delà des limites du raisonnable toute ressource pouvant se transformer en billets verts, voire en simples plaisirs personnels.

Non, le monde ne sera jamais plus comme avant. Non, la vie ne reviendra pas « à la normale ». D’ailleurs, qu’est-ce que la normalité ? Ces quelques semaines de confinement devraient nous permettre d’en avoir ne serait-ce qu’une vague idée. À Maurice comme ailleurs, nous aurons tous, plus ou moins, dû consentir à des « sacrifices », coincés entre les quatre murs de nos maisons, ne pouvant vaquer aux occupations qui faisaient jusque-là partie de notre quotidien : notre travail, nos sorties, notre shopping, nos voyages, nos rencontres, nos loisirs… Ce qui ne nous aura pas empêchés de « survivre » à la crise sanitaire.

Mais rappelons-nous dans le même temps que cette « survie » n’aura été rendue possible que parce que le « système » est encore fonctionnel. Aujourd’hui, en effet, les usines roulent toujours, tout comme l’économie, même si ce n’est qu’au ralenti. Les démocraties n’ont pas sombré dans la dictature, les pays n’ont pas explosé. La fourniture électrique est toujours assurée, la distribution d’eau aussi. Les voitures roulent encore, les magasins sont toujours correctement alimentés. Hôpitaux, police, administrations, services sociaux… Tout a continué de fonctionner. Mais qu’aurions-nous fait sans eux ? Aurions-nous pu survivre ? Ce n’est pas certain. Et même, pour être honnête, hautement improbable. Que ferions-nous si tout cela devait disparaître ? Car c’est bien ce qui risque de se produire si nous restons les bras croisés.

L’heure est grave, on vous le répète. Dans ce monde globalisé, où chaque pays se targuait encore il y a peu d’entretenir « d’excellentes » relations avec ses voisins, les nations s’isolent, se renferment égoïstement sur elles-mêmes. L’heure est au chacun pour soi. L’urgence est de sauver les meubles, à commencer par ceux de sa propre maison. L’entraide, la solidarité, l’altruisme… Tout cela, à l’échelle des nations du moins, tend rapidement à disparaître. Bref, pris par la panique, nous faisons l’exact contraire de ce que la raison devrait nous dicter.

Et nous n’en sommes encore qu’au début. Certes, on finira bien par vaincre le Covid, du moins lorsqu’un vaccin sera disponible. Mais après ? Que ferons-nous pour ces centaines de millions de nouveaux chômeurs, ces usines qui ferment, ces populations plongées dans la famine, la chute du pouvoir d’achat et nos États pris dans la spirale de l’endettement ? Sans parler du climat, qui n’attendra pas que nous soyons de nouveau debout – pour autant qu’on y arrive – avant de poursuivre son réchauffement.

Dans les sables mouvants, c’est connu, se débattre peut être fatal. Aussi est-il grand temps de réfléchir à une réforme totale de notre mode de vie. Tous ensemble, pour un nouveau départ. Quitte à devoir se défaire du confort que l’on pense encore à tort indispensable. Bref, changer de système. L’humanité se retrouve assurément face à ce qui semble être le plus grand défi de son histoire. Si nous ne le relevons pas, il est fort probable que la planète devra un jour s’habituer à tourner sans nous !