GÉRALDINE HENNEQUIN-JOULIA,
Leader, Idéal Démocrate

On le mesure encore plus aujourd’hui : il n’y a pas plus précieux que sa santé. Elle constitue même un indicateur primordial dans les critères de mesure du bonheur des populations sinon leur première préoccupation. Le dire est une évidence à laquelle nous force la situation actuelle de l’hôpital public à Maurice. Le dire maintenant est nécessaire car tout le pays se prépare à la réouverture des frontières dans une dizaine de jours. Cette reconnexion sans brides avec le monde est devenue un impératif. Il est d’ordre économique. Notre économie, qui souffrait déjà silencieusement de carences structurelles importantes, a été violemment secouée par la crise sanitaire. Nous aussi avons été prestement secoués. Beaucoup de Mauriciens, si ce n’est chaque citoyen, constatent avec peur et parfois colère que, depuis mars 2020, alors que le monde entier a été appelé à changer, à innover, à se réinventer, à créer des conditions plus humaines, plus viables notamment dans le secteur de la santé, nous nous sommes fait champion de l’immobilité en la matière à Maurice.

Ceux décédés de la Covid-19 chez nous étaient aux yeux de l’État des chiffres à cacher ou parfois des réajustements de statistiques. Pas d’accès à l’hôpital pour les proches, quasi aucune information donnée aux familles, un adieu impossible à ceux partis, un personnel hospitalier tendu et parfois désagréable, des dialysés trainés à droite et à gauche, du matériel inadapté ou insuffisant arrivé par le truchement d’un appel d’offres effectué de manière douteuse. Voilà notre gestion de cette crise dans le service public ! Un vrai drame pour les familles. Une défaillance des autorités qui oublient que derrière les chiffres, il y a des hommes et des femmes. Sans transparence il n’y a que peu d’humanité.

Il fait bon de se targuer devant les tribunes internationales d’avoir un ‘Welfare State’ ! Mais que vaut-il en termes qualitatifs aujourd’hui ? Comment l’avons-nous adapté aux exigences actuelles ?

Dans son discours budgétaire 2021-2022, le ministre des Finances se lançait dans une envolée de chiffres pour annoncer qu’à situation exceptionnelle, il faut des mesures exceptionnelles. Trois points clés étaient posés sur la table. Le premier était de « donner une impulsion exceptionnelle à l’investissement sur les trois prochaines années ». Dans ce discours Renganaden Padayachy annonce même pompeusement que « Le Gouvernement investira quelque 65 milliards de roupies dans des projets prioritaires au cours des trois prochaines années ». Ces projets prioritaires sont détaillés dans la foulée sans un mot sur le secteur de la Santé. Parce que la Santé est vue par nos gouvernants comme une dépense et non un investissement. Au sortir d’une crise sanitaire historique et mondiale, on aurait espéré trouver en tête de gondole du budget des annonces pour le secteur de la Santé !  Eh bien non ! Il faut aller à la page 58 de ce budget speech pour lire que l’État augmente le budget de la Santé de 14,5 milliards. Lire la suite c’est vivre une déconfiture ! Ce n’est ni plus ni moins que de l’argent arrosé en moins de dix points laconiques dans des mesures plutôt bateau. Le message est donc clair ! La santé n’est pas une priorité pour nos décideurs. Son délabrement n’est pas jugé inquiétant. Serait-ce parce que nos parlementaires, tous bords confondus, pour se faire soigner, ne souffrent pas de prendre un bus crasseux pour se rendre dans un de nos hôpitaux où traînent chiens, chats, pigeons et rats ?

Pourtant, en mars 2021, alors que notre pays était sous la coupole d’un nouveau confinement, une commission paneuropéenne sous l’égide de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), présentait les changements nécessaires dans le monde de demain, celui de l’après-Covid. L’urgence à revoir les systèmes de Santé à travers le monde figurait évidemment en première ligne. La santé est le bien commun le plus précieux de l’humanité, soulignait alors Mario Monti.  L’appel à l’action était un plaidoyer de l’OMS et cette commission disait sans ambages : « Nous reconnaissons l’importance d’un investissement dans la santé et les systèmes de santé en tant que fondement de la cohésion et du bien-être sociétaux qui, à leur tour, soutiendront la croissance économique. Les investissements éclairés dans les systèmes de santé, en particulier les soins primaires, la santé publique et la santé mentale, ont démontré à de multiples reprises leur rentabilité et devraient être à la base du renforcement des systèmes de santé à l’avenir. »

À Maurice, disons-le sans détour, nous constatons le dévouement d’un grand nombre de personnel de santé. Mais leur compétence et leur bonne volonté ne suffisent pas à nous garantir un système de santé viable, digne d’un pays comme le nôtre – c’est-à-dire un pays guidé depuis toujours par une insondable nécessité de faire la course en tête dans le domaine économique sur le continent africain. La sphère politique a-t-elle réellement conscience de la fragilité du système de santé publique de notre pays ?

À Idéal Démocrate, nous nous engageons dans cette nécessité impérieuse de soutenir ce secteur stratégique pour le pays, d’en assurer la pérennité, de le moderniser, de l’adapter aux circonstances de toute crise mais aussi de le préparer aux défis de l’avenir. Il est grand temps que notre pays regarde de près son système de santé et mette les moyens nécessaires ainsi qu’une réelle volonté pour que l’hôpital public soit un rempart pour notre population. Nous croyons dans la nécessaire revalorisation des métiers de soignants, dans la modernisation des infrastructures et du matériel, dans l’organisation et la formation d’un management compétent, dans l’amélioration de la prise en charge du patient et surtout dans la nécessité d’opérer un virage numérique dans nos établissements de soins. Inscrire la santé au cœur de tout plan de relance est un MUST !

La politique, ce n’est pas uniquement la recherche du pouvoir ou cogiter sur le mariage des convictions de circonstance pour être élu. La politique, c’est améliorer la vie des citoyens, s’occuper de l’Autre !