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Vincent Desvaux (Attitude Hotels) : « Il faut soutenir l’économie locale »

En 2020, le groupe hôtelier Attitude s’est engagé à s’approvisionner auprès de marques Made in Moris pour leurs achats alimentaires et de boissons à hauteur de 50%. Le pari a été relevé avec brio pour ce groupe qui, dès sa création, s’est positionné sur un tourisme authentiquement mauricien, engagé et responsable.

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Au 30 juin dernier, Attitude, qui gère neuf établissements hôteliers, a franchi la barre de 50% d’achats de ses besoins en produits alimentaires et boissons effectués auprès d’opérateurs et fabricants locaux. Cela lui coûte un peu plus cher d’acheter des produits locaux, mais le groupe a fait le choix de soutenir l’économie locale. Il est clair cependant que cette posture sera bénéfique sur le long terme, sur l’économie locale dans son ensemble, sur les petits et moyens fabricants, les planteurs mauriciens et sur la performance du groupe dans son ensemble, car un tel choix ne manque pas de séduire la clientèle internationale de touristes, qui a à cœur le développement durable.

Vincent Desvaux, Chief Operating Officer du groupe Attitude, raconte comment ce projet est né : quand le groupe a été créé, ses responsables étaient déjà passionnés par le pays et sa culture, mais lancer une chaîne hôtelière en 2010, alors que des Heavies de l’hôtellerie étaient là depuis des années, constituait un challenge. « Nous nous disions qu’il nous fallait être différents, d’où notre approche authentiquement mauricienne. Un premier Milestone franchi a été l’ouverture de Zilwa, il y a dix ans, et déjà donner un nom créole a un hôtel était un sacré pari ! » dit-il.

Il se réjouit du fait que, depuis, Zilwa a été « un des grands succès de l’hôtellerie mauricienne ». Un succès qui a donné des ailes à la direction du groupe qui a, ensuite, revendiqué plus que jamais son choix de s’ancrer à 100% dans la culture locale. Au départ, c’était une conviction, mais aujourd’hui, c’est devenu la stratégie de différenciation du groupe. Vincent Desvaux revendique également son adhésion à Made in Moris, car il soutient qu’il y a plein d’opportunités pour les entreprises à Maurice.

Changement de paradigme

Le COO d’Attitude cite l’exemple de modèle traditionnel en cours dans l’hôtellerie, consistant à louer des boutiques à des entrepreneurs, soulignant qu’Attitude a cessé de les louer, mais les met désormais à la disposition d’entrepreneurs locaux de manière structurée. Cette activité représentait pourtant un chiffre d’affaires de quelque Rs 8 millions pour le groupe, et « croyez-moi, à l’ère post-Covid, Rs 8 millions, c’est beaucoup d’argent pour nous ».

Mais le groupe a préféré opérer un grand changement de paradigme à ce niveau également. « Créer de la valeur, cela ne veut pas dire uniquement pour nos actionnaires. En tant qu’entreprise à mission, nous voulons créer de la valeur pour l’actionnaire, mais aussi pour nos employés, pour nos clients, et pour la communauté locale et pour tout l’écosystème économique local. » Vincent Desvaux affirme que tout l’écosystème doit marcher main dans la main, tout en étant rémunérateur pour l’actionnaire et pour tout le monde.

Bien positionné dans le paysage hôtelier local, avec ses propres spécificités, Attitude, qui fêtera ses 15 ans l’année prochaine, avait décidé en 2020, juste avant le Covid, de lancer Lagoon Attitude, le tout premier hôtel sans plastique à usage unique. « Nous jetions quasiment quatre millions de pièces en termes de bouteilles en plastique, petites bouteilles de shampoing, et le fait de décider de respecter l’environnement, on utilise plus ces quatre millions de produits en plastique. Nous nous sommes réinventés, et cela nous a pris six mois. Nous avons tenu des ateliers de travail et cela a permis, avec les artisans mauriciens, de créer de nouveaux produits. Et nous achetons uniquement des produits mauriciens. Cela veut dire encourager et travailler main dans la main avec les artisans, et eux aussi éliminent le plastique au fur et à mesure dans leur production. Aujourd’hui, nous opérons neuf hôtels sans plastique à usage unique pour le client », poursuit Vincent Desvaux.

Dépenser plus pour soutenir l’économie locale

Il est conscient qu’il existe encore de nombreux défis concernant l’approvisionnement local, mais dit que le groupe continue de travailler dans cette optique. Il ajoute qu’il y a des opportunités fantastiques pour les entreprises en termes de protection de l’environnement, soutien à l’économie locale et à la communauté. L’objectif d’Attitude de faire 50% de ses achats alimentaires et boissons sur le marché local répond pleinement au fait que la culture mauricienne est au cœur de sa stratégie de développement durable.

Cette stratégie apportera beaucoup de bénéfices sur le long terme, aux entrepreneurs locaux et à l’économie dans son ensemble. « Nous avons été surpris de voir le taux de croissance que nous avons eu sur certains marchés touristiques, comme l’Allemagne et la Scandinavie. Ce n’est pas explicable. Ce qui l’est, c’est que nous sommes entrés dans une logique 100% responsable et écoresponsable. Ce positionnement plaît et nous permettra d’avoir davantage de clients dans nos hôtels et sur la destination. Plus on creuse, plus on réalise qu’il a du potentiel à Maurice et que nous pouvons créer plus de valeur en matière de développement responsable. Il y a un véritable dynamisme local qui se met en place grâce à Made in Moris, et nous nous engageons auprès de cet organisme pour essayer de créer un maximum de filières locales, car nous devons protéger l’économie mauricienne », affirme-t-il.

Laurent Bourgault, Chief Business Development Officer, explique que le groupe effectuait déjà 35% de ses achats alimentaires localement, mais qu’il fallait pousser ce chiffre à 50%. « Nous avons réorganisé toutes nos bases de données pour aller chercher ces 15% de producteurs dans des compagnies, déjà labellisées Made in Moris ou pas. Nous avons réuni toutes les équipes pour expliquer notre démarche » , ajoute-t-il.

Le Covid et l’inflation ont un impact sur le coût des assiettes servies aux clients, mais aussi sur la disponibilité des produits locaux, dit-il. « Il faut acheter à l’avance et faire du stockage à notre niveau. Nous avons tout mis en place. Nous avons dû faire des compromis tout en répondant à la problématique budgétaire et en restant fidèle à nos engagements. Certes, nous dépensons plus en nous approvisionnant localement, mais cet effort est nécessaire pour soutenir notre économie », laisse-t-il.

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