JOCELINE MINERVE

Successions de scandales inadmissibles. Cascades de révélations. Depuis peu, torrent de dénonciations. Ce qui a contribué à faire réagir une partie de l’opinion publique avec vigueur et constance. Une bonne partie de notre population s’est mobilisée, est descendue dans les rues de la capitale et du sud-est depuis juillet 2020. Cela, avec détermination et ferveur enthousiaste. Signe évident d’une réaction collective face à une situation qui s’est détériorée sérieusement dans le pays. Un ras le bol, de s’être fait flouer, tromper, emberlificoter entièrement, élection après élection ! Position difficilement tenable à long terme.

Volonté de manifester sa désapprobation pour ne plus servir de dindon pour la farce juteuse ou de chair à saucisse, docilement. Prendre acte que sa souveraineté individuelle et collective est systématiquement confisquée avec des décisions, non-annoncées dans les supposés programmes électoraux, et constatant une démocratie parlementaire sous contrôle arrogant. Opinion publique offusquée par le cynisme de gouvernants choisissant de tirer parti d’un contexte d’épidémie – quand la population trinque dans des queues interminables sous le soleil ardent pour obtenir quelques denrées rationnées – pour organiser une discrète ‘mainmise’ visant l’argent public, argent durement accumulé, à la sueur du front de tous les contribuables via impôts directs et autres taxes indirectes, dont la TVA.

Éléments objectifs qui poussent à se démarquer des pratiques mortifères dans une démocratie devenue moribonde : saine réaction. Contexte si délétère qui suscite, au fur et à mesure, un nombre croissant d’initiatives d’alternatives au plan politique. Et encore d’autres en gestation… Saines réactions, depuis un certain temps déjà, avec la création de nouveaux fronts d’oppositions extra-parlementaires. Cela aussi, au vu de l’étiolement du pouvoir réel de certaines de nos institutions-clé : Assemblée nationale, Public Accounts Committee, ICAC… Multiples groupes politiques affirmés ou organisations à but civique telle la VPN (Voice of People Network) à l’initiative de Mme Sheila Bunwaree et autres universitaires. Pourquoi cette floraison ? Constat d’une Démocratie prise en otage !

Autre signe, un ministre qui, ayant marre de courber l’échine, démissionne et commence une série de dénonciations sur les déviations continues, dérapages et dévoiements systématiques des structures de l’État. Son diagnostic, tardif certes, nous éclaire sur l’exclusion des décideurs patentés pour la gestion des défis importants de notre société. Suppléé par les initiatives prises par des non-élus, s’arrogeant le droit de jouer au calife à la place du calife. Un autre, acculé à sa démission tant attendue pour faire la lumière sur ses zones d’ombre.

Et puis, patatras ! Des propos triomphalistes d’un élu de l’Opposition sur les ondes. Ce second couteau jubilant après le succès de la dernière marche de protestation du 13 février et l’attribuant à son parti, supposé locomotive. Ce qui donne du grain à moudre aux deux autres partenaires cosiégeant au Parlement. S’ensuivent des prises de parole exprimant indignation et colère réelle. Non-condamnation de cet écart de langage par sa hiérarchie jouant le chaud et le froid, flou artistique, voire timidité, dans son camp… induisant un accord implicite ? À savoir !

Opportunité pour les partis de l’Opposition officielle dûment élus d’y voir là, une Occasion d’un petit changement de cas de figure au sein de l’hémicycle ? Tractations ? Ce qui aurait entraîné la démission du Chef de l’Opposition !

What next ? L’urgence de se ressaisir tous ! Pourquoi ? Comment ?

L’Histoire des siècles récents nous a montré le sort de beaucoup de mobilisations populaires qui ont évolué comme elles l’ont été… Certains de ces multiples exemples ont tourné court faute de beaucoup de facteurs objectifs et subjectifs : du fait d’un mauvais encadrement de la dynamique des rues, de ‘dirigeants’ empressés, certains se pensant assez forts, seul ou avec leur groupe, pour inverser la courbe des événements, non-prise-en-compte de la complexité des choses et du fait humain …

Quels enseignements, toutes proportions gardées, avons-nous tirés du bilan de leadership des grandes figures historiques connues des 5 continents ? USA – de Abraham Lincoln à Martin Luther King ; Amérique du Sud – de Simon Bolivar, de Zapata au Che ; Asie – le Mahatma et Indira Gandhi ainsi que Mao ; Afrique – de Nyerere, Nasser, Tsiranana à Nelson Mandela ; Europe – les grands protagonistes de la Révolution française, l’ancien socialiste suédois Olof Palme, jusqu’à François Mitterrand, ainsi que la Révolution russe ; Danemark, Greta Thunberg, adolescente porte-drapeau de la cause écologique.

Et nous? 1982 fut un moment prometteur de rupture vraie ! Hélas, les stratégies à court, moyen et long terme ont divisé les sensibilités diverses ! Et le mariage de la carpe et du lapin a fait le reste : la portée historique a dérapé quand le leader principal du parti principal, d’alors, choisit de saborder son parti, cela, paraît-il, sous l’instigation de certaines chancelleries étrangères… Certains se réjouissant de ce geste politique qui leur ouvrait une nouvelle opportunité clientéliste et d’autres s’en morfondent jusqu’à aujourd’hui de ce qu’ils ont vécu et perçu comme une trahison.

Aujourd’hui, allons-nous, encore, passer à côté du défi de l’Histoire ? Pour quelles raisons réelles ? Incapacité à encadrer la masse mobilisée dans une dynamique unitaire ?  Empressement pragmatique ? Peur intime de se laisser récupérer par les anciens ou déborder par les nouveaux arrivants sur la scène politique ? L’ego des uns et des autres…?

Au moment où, d’une part, les appareils idéologiques de l’État, soutenus par son arsenal de répression, pointent leur nez ; et, d’autre part, les aspirations profondes d’une bonne partie de notre peuple nous interpellent pour une vraie rupture systémique, allons-nous, à nouveau déclarer forfait ? Cette majorité de jeunes mobilisée sera-t-elle déçue au point de nous tourner le dos, se replier à nouveau sur le rejet de la politique en clamant : ‘Tous pareils’?

Ressaisissons-nous, bon sang. Décidons-nous pour vraiment ré-enchanter la politique. Le champ politique est un terrain noble de combat et d’engagement. Ne laissons pas nos desiderata secondaires obnubiler les contradictions premières qui nous interpellent ! Tirons les leçons du passé de notre propre Histoire. Ne faisons pas injure à nos grandes figures du passé. Mesurons notre responsabilité personnelle et collective. Cette fois-ci, l’Histoire nous pardonnera-t-elle notre défection ? Décidés pour Réussir ? Oui, résolument ? Alors, QUE FAIRE et Comment ? Faisons confiance, avec réalisme, à notre capacité créatrice en nous mettant humblement à la tâche ensemble, tablant sur notre génie propre. L’Heure est si grave ici et dans le Monde !