DIPLAL MAROAM

Contrairement à d’autres démocraties, à Maurice il n’existe aucune loi spécifique prévoyant le rappel du pays aux urnes à travers une pétition publique et citoyenne. Tout comme il n’y a aucune disposition légale permettant la destitution par ses électeurs d’un député, pas du tout à la hauteur de ses responsabilités. Autrement dit, la durée de vie constitutionnelle d’un gouvernement est de cinq ans sauf si, en cours de route, il perd un vote de confiance ou sa majorité, dans lesquels cas, le président peut éventuellement « in his own deliberate judgment », comme le prévoit la section 57 (a)(i) et (ii) de la Constitution, dissoudre le parlement et appeler le pays aux urnes. Un tel scénario peut également être envisagé dans l’éventualité où le poste de PM devient vacant et que personne, parmi les députés, ne parvient à rassembler une majorité, selon la section 57(b). D’autre part, l’idée d’un référendum pour sonder l’opinion quant à l’urgence d’organiser de nouvelles élections a également été émise dans le sillage des manifestations citoyennes de Port-Louis et Mahébourg. Or, la section 47(3) n’en prévoit que deux circonstances, ce manifestement pour faire obstacle à toute tentative de modifier la section (1) faisant de Maurice un État souverain et démocratique et la section 57(2) qui constitue un garant contre toute velléité de renvoi des législatives.

Mais quoi qu’il en soit, les questions que l’on se pose : moins d’une année après les élections générales alors que le programme proposé n’a même pas encore été lancé, à proprement parler, le pays peut-il se permettre d’organiser un nouveau scrutin en cette période économique si sombre et morose ? Si ce n’est que pour remplacer des dirigeants par d’autres qui ont déjà été aux affaires et qui ont aidé à perpétuer le système socio-économique et politique actuel, le jeu en vaudra-t-il vraiment la chandelle ? Que ce système pyramidal – contrairement à celui, rectangulaire, qui fait monter tout le monde à bord – dont la survie dépend de la croissance à tout prix, suscite inexorablement inégalité, pauvreté et exclusion, est indéniable. Et le cardinal Piat n’a certainement pas tort car n’ayant pas fait dans la dentelle pour mettre en exergue ces fléaux sociaux lors de son homélie du 8 septembre mais force est de constater que c’est à la racine du mal à laquelle il convient plutôt de s’attaquer.

S’il est vrai que nos dirigeants n’ont pas réellement une grande marge de manœuvre vu que la politique de la mondialisation à laquelle notre pays a adhéré, a complètement verrouillé le système économique au niveau international, ce depuis les années 90 juste après la fin des idéologies antagonistes, ce que, en revanche, peuvent et doivent essentiellement entreprendre nos décideurs locaux, c’est d’atténuer au maximum les effets néfastes du système sur la vie quotidienne des citoyens. Ainsi, l’intervention de l’État est plus que nécessaire pour réduire la marge grandissante entre les deux extrémités de l’échelle sociale. Car l’aggravation des inégalités suscite inévitablement l’émergence d’une politique de l’identité fondée sur des pratiques obscures et inavouables. Corruption, passe-droits, népotisme deviennent alors monnaie courante et ceux ne possédant pas les connexions appropriées sont tout bonnement laissés sur la touche. Et en ce qui concerne le problème de squatting, il est temps de réformer tout le système d’octroi de maisons ; aujourd’hui, le nombre d’appartements inoccupés ou utilisés pour des activités autres que résidentielles dans les différents complexes de la NHDC serait suffisant pour abriter tous les squatters à travers le pays.

Par ailleurs, la crise sanitaire et la tragédie du MV Wakashio auront certainement de sérieuses répercussions à long terme sur l’emploi ; or, chômage et criminalité sont des domaines intimement liés. Et en l’absence d’une institution digne et crédible pour sauvegarder la sécurité publique, comme c’est le cas d’ailleurs actuellement, la situation deviendrait hautement préoccupante. Le bon exemple doit toujours provenir d’en haut, de l’État d’abord qui doit impérativement réduire son train de vie, revoir les privilèges faramineux associés aux fonctions de ses dirigeants et éliminer l’oasis de l’opulence dans un désert d’austérité. Bien que la masse silencieuse d’ordinaire ne s’exprime pas, face aux manifestations pacifiques du 29 août et 12 septembre qui ont connu un franc succès en termes d’affluence et d’animation, la politique de l’autruche ou le statu quo ne peut constituer une option intelligente et raisonnable.