SANJAY BHUGALOO

Depuis mon dernier article le 13 février dernier ayant pour titre « Un peuple de moutons engendre un gouvernement de loups » dans cette même rubrique, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Il serait fastidieux pour moi d’énumérer tous les événements et les trop nombreux scandales ayant secoué ce gouvernement depuis … vous les connaissez tous.

L’événement le plus marquant depuis a été la marche citoyenne du 29 août, une grande première sur le plan local. Un signal fort aux personnes qui nous gouvernent mais aussi à toute la classe politique en général. Il est trop facile et indécent pour certains d’essayer de tirer un capital politique de cet événement. Il faut ici saluer le courage et la persévérance de tous ces concitoyens anonymes qui sont descendus dans la rue pour demander des comptes à nos dirigeants à la suite de l’affaire Wakashio.

Quand le peuple annonçait son intention de manifester, les trois partis de l’opposition étaient, eux, dans les locaux feutrés d’un hôtel huppé, se contentant de leurs bien monotones conférences de presse hebdomadaires et jouant leur rôle dépassé de chef de parti, avec leurs suiveurs. Quelle ironie de leur part de dénoncer la dérive autoritaire du parti au pouvoir et ne pas vouloir céder leur place aux plus jeunes et de toujours tout diriger après maintes défaites pour certains !

Par ailleurs, à un autre chapitre, il est aussi désolant et regrettable de noter une tendance à vouloir déstabiliser cette revendication citoyenne et populaire en l’entraînant sur un plan purement communal. Ce n’est pas étonnant, les politiciens ne se font pas prier pour diviser, morceler, compartimenter notre pays en castes, couleurs, races, religions, pour mieux régner. Notre jeune nation a été malheureusement le témoin de ce genre d’agissements au courant de notre histoire.

« Sak zako protez so montagn »

Les élections de 1967 menant à l’accession de notre pays à l’indépendance furent le témoin de propos hystériques de certains voulant faire accroire à une section de la population que si le pays devait accéder à l’indépendance, elle n’aurait plus sa place à Maurice. Et ce, en brandissant une possible hégémonie hindoue. L’île fut le témoin de l’exode de personnes de l’intelligentsia créole et franco-mauricienne au détriment du développement sur tous les fronts de notre jeune nation.

L’autre événement fut les élections de 1983 survenant après la cassure du premier gouvernement, issu des élections de 1982.  Le grand meeting de remerciement après la victoire de 1982 reste pour moi LA manifestation où l’on sentait que le peuple était vraiment uni autour d’une équipe, autour du slogan « enn sel lepep enn sel nasion ». C’était hélas trop beau pour durer !

Les élections de 1983 qui s’ensuivirent furent l’objet d’une des campagnes les plus communales qu’on ait connues. Les attaques les plus viles et basses, uniquement sur la base de son appartenance ethnique, dirigées contre le leader du MMM, Paul Bérenger, faisant croire qu’il représentait un danger pour la communauté hindoue et que seuls SAJ, SSB, SGD et last but not least, l’arracheur de mauvaise herbe de service, avaient le monopole de défendre celle-ci. Un des slogans de l’alliance ‘Bleu-Blanc-Rouge’, devenu célèbre depuis, était : « Sak zako protez so montagn ». Une histoire de singe encore !

Je me souviens du meeting que mon père organisa seul durant cette campagne tout juste avant les élections d’août 1983, Place Margéot, Rose-Hill, devant plus de 10 000 personnes pour dénoncer la campagne calomnieuse de l’alliance Ptr/PMSD/PSM. J’avais 17 ans à l’époque et je me remémore encore l’affiche annonçant le meeting, avec le drapeau de notre pays au bas de la photo. Cela aurait été plus facile pour lui de se ranger dans l’autre camp d’autant qu’il fut un candidat du Parti travailliste, qui composait le PAN (Parti de l’Alliance nationale) en 1982. Mais comme il n’a jamais été un ‘roder bout’ et fort des principes qu’il a inculqués à ses enfants, le choix était clair quant à où il devait être en 1983.

Ces événements et la façon d’agir de tous nos dirigeants incluant Paul Bérenger, n’ont pas aidé au processus de notre ‘nation building’ et sont grandement responsables si en 2020 on a toujours les mêmes réflexes communaux. N’oublions pas la précipitation du leader du MMM de rencontrer les représentants de la VOH une fois installé en tant que Premier ministre.

Le peuple n’a certainement aucune leçon à recevoir de nos politiciens en matière de vivre ensemble. Il faut éviter de tomber dans le piège communal tendu par nos politiciens et leurs apprentis sorciers à chaque fois qu’ils se sentent menacés. Nous sommes tous condamnés à vivre ensemble ici et n’avons pas comme certains la double nationalité et des comptes bancaires bien garnis à l’étranger comme échappatoire si demain notre pays se retrouve à feu et à sang par la faute de ces personnes, qui n’ont d’intérêt que de sauver leur acquis et ceux de leurs clans et proches.

Jamais trop tard pour bien faire…

J’ai pris connaissance de la déclaration récente d’un ancien Premier ministre en substance : ‘Mon plus grand regret est de ne pas l’avoir nommé Président’, faisant référence à un ancien politicien qui aurait eu 100 ans cette année. Des propos lourds de sens… En quoi cette nomination aurait-elle amélioré notre sort comme nation si ce n’est toujours faire plaisir au même clan et groupe ? Je me serais attendu de ce leader qu’il nous dise plutôt qu’il regrettait de ne pas avoir été plus digne comme chef de gouvernement et qu’il aurait pu mieux aider son pays et améliorer le sort de ses concitoyens. Je suggère donc à ce monsieur qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire. Ce qu’il n’a pu réaliser pour le père, ne peut-il pas l’accomplir pour le fils en le nommant à la tête de son parti ?

On attribue la citation suivante à Albert Einstein : « Insanity is doing the same thing again and again and expecting different results ». Nous n’avons fait que cela pendant plus de 40 ans en votant à chaque élection, croyant que les élus, rejetés lors des scrutins précédents, allaient nous changer la vie en réglant nos problèmes quotidiens et les grands fléaux qui rongent notre pays, dont la drogue, la corruption et le népotisme.

Plus qu’un simple changement d’hommes et de femmes, notre pays a besoin d’un nouveau système politique et d’une nouvelle Constitution afin d’assurer l’équité et une transparence accrue dans la gestion des affaires sur le plan national.

Je garde espoir, comme une majorité de Mauriciens, que les choses changeront très vite, les récents événements n’étant que le début d’une nouvelle ère…