David SAUVAGE
Rezistans ek Alternativ

Du 6 au 12 novembre 2020, la Commission thonière de l’océan Indien (CTOI) se rencontre concernant la régulation du pillage de l’océan. Nous sommes à un moment où de multiples pressions économiques s’exercent de part et d’autre pour satisfaire les intérêts des puissances néocoloniales (États-Unis, Grande-Bretagne, Union européenne) dans l’océan Indien. Leurs multinationales, qui ont orchestré la destruction de notre biodiversité, devront y répondre, rendre justice, et passer à la caisse notamment pour permettre la transition des travailleurs de ces secteurs d’activités qui ont permis leur enrichissement.

La crise écologique est la conséquence de la rupture du métabolisme social induit par le système capitaliste. Ce moment sans précédent dans l’histoire humaine est défini par la science et constitue une nouvelle ère géologique, l’Anthropocène – datée vers 1950. Les marqueurs géologiques de cette nouvelle ère seraient entre autres :

– les relevés de radioactivité relatifs aux tests nucléaires des années 1945 jusqu’au milieu des années 1960 ;

– les dépôts de micro plastique et de cendre issue des énergies fossiles sur les sols océaniques ;

– l’augmentation de CO2 présent dans les relevés fossiles ;

– L’augmentation des os de poulet dans les relevés fossiles ;

Les analyses systémiques convergent vers la même cause racine – l’appropriation et l’exploitation des corps et de la nature. Dans le silence coupable des classes possédantes, les conditions de production qui intègrent le patrimoine naturel ont toujours été dévalorisées et ignorées afin de permettre l’accumulation, jusqu’à ce que les points d’équilibre de fonctionnement de la planète en soient rompus !

La science nous permet d’appréhender cela avec le concept de limite d’équilibre des écosystèmes planétaires, qui sont entre autres :

– Crise climatique

– Pollution chimique

– Perte de biodiversité

– Déforestation et autres perturbations des sols

– Utilisation de l’eau potable

– Acidification des océans

– Cycle d’azote

– Cycle de phosphore

Concernant la crise climatique, un réchauffement de plus de 1.5 degré Celsius impliquerait la disparition de 70% à 90% des récifs coralliens. Or, 25% des espèces de poissons dépendent à un moment ou à un autre des récifs coralliens, qui composent moins de 1% de la flore océanique. L’acidification des océans, conséquence du réchauffement climatique, provoque l’incapacité des tous premiers blocs de la chaîne de vie marine à se perpétuer et accentue les pressions sur la biodiversité.

Concernant la perte de la biodiversité, nous entrons aujourd’hui dans une 6ème extinction de masse selon le dernier rapport de l’Intergovernmental Platform on Biodiversity and Ecosystem Services (IPBES). 83% de la disparition des espèces de mammifères sauvages est causée par cette rupture métabolique évoquée plus haut. Cependant, la République de Maurice ne peut se poser uniquement en victime de la crise écologique. En effet, concernant la perte de la biodiversité, la situation est autre car la République de Maurice contient la vingtième Zone économique exclusive (ZEE) la plus grande, et permet à des écocides de se perpétuer de manière légale – le dernier accord de pêche avec l’Union européenne signé en 2017 pour une durée de 4 ans devra être renégocié en 2021.

Ainsi, la United Nations Convention on the Law of the Sea (UNCLOS) datant de 1982, ratifié par Maurice en 2005, et la notion même du droit de la mer, sont en fait uniquement l’organisation du droit d’exploiter les océans.

– Depuis 2005, nous avons un Premier ministre qui a la capacité de décider à lui seul de l’exploitation de la ZEE ;

– la Commission thonière de l’océan Indien définit les règles sur des critères douteux ;

– quid des quotas sur le thon jaune (albacore), blanc (germon), obèse (big eyes) et de bonite Kalou (bonite à ventre rayée) ;

– quid de la non-interdiction des méthodes de pêche criminelles qui détruisent toute la faune marine sans distinction ?

La contribution de l’« écologie décoloniale » est majeure dans ce contexte, car elle démontre qu’il n’est pas uniquement question de régulation, de réparation, de décontamination, mais aussi d’articuler en profondeur le sens de l’interaction avec le patrimoine naturel.

– Est-ce que le régime en place et l’establishment économique qu’il défend ont-ils la capacité de mener notre République à bon port ?

Ce moment sans précédent implique des transitions radicales et ambitieuses, où l’économie s’évertue à établir des rapports fructueux entre les citoyens et la nature ;

– Arrêts des accords de pêche sur l’ensemble de la ZEE de la République de Maurice ;

– Paiement d’une réparation à la République de Maurice pour financer la transition socio-écologique nécessaire ;

– Programme de transition pour les travailleurs des industries impactées qui doivent se réorienter ;

– Interdiction de l’aquaculture en mer ;

– Interdiction de la production de plastique à usage unique par l’industrie des boissons gazeuses et eau plate, complètement absente des regulations émis récemment par le ministre de l’Environnement ;

— Décréter l’ensemble de notre ZEE patrimoine mondial de biodiversité, et action diplomatique pour que l’ensemble des pays de l’océan Indien rejoigne cette initiative ;

– Cogéré par les habitants de la région, les gens de la mer et les travailleurs ;

– Création de ports écologiques ;

– Réhabilitation de l’île au Phare, et des autres îlots ;

– Développement des chantiers navals pour pouvoir s’engager dans la construction d’une flotte nationale de pêche et de transport écologique.

– Fabrication de bateaux de pêche semi-industrielle, dont la responsabilité sera à la fois d’agir en tant que gardien de l’océan, et de prélever de manière soutenable les poissons pour la politique de souveraineté alimentaire de la République.

– Fabrication de bateaux de transport de marchandises. Par exemple, le projet « Grain de Sail » conçoit des bateaux à voile marchands, le premier sur 24 mètres avec une capacité de 50 tonnes pour des trajets transatlantiques :

– Adoption de l’ESA Act après des consultations publiques nationales.

Références

The Global Risks Report 2020
https://www.weforum.org/reports/the-global-risks-report-2020
Welcome to the Anthropocene
http://anthropocene.info
Marx’s Theory of Metabolic Rift: Classical Foundations for Environmental Sociology, John Bellamy Foster
https://johnbellamyfoster.org/wp-content/uploads/2014/07/Marxs-Theory-of-Metabolic-Rift.pdf
Une écologie décoloniale, Malcom Ferdinand
https://www.seuil.com/ouvrage/une-ecologie-decoloniale-malcom-ferdinand/9782021388497

PÊCHE THONIÈRE – CONTRE LES PRATIQUES DESTRUCTRICES : Greenpeace en campagne dans l’océan Indien


Un accord porté par l’Union européenne l’année dernière, et validé par la Commission des Thons de l’océan Indien (CTOI), suggère de « limiter » le nombre de DCP à 550 par navire. « Ce qui est incohérent, car la CTOI dit que les captures sont en baisse. Maurice en avait proposé 200, ce qui était plus raisonnable, mais cette proposition a été rejetée par l’Union européenne. »
https://esabillnow.org