Patrick BELCOURT

Il y a une forme de parole qu’il nous faut pouvoir entendre : celle des femmes. Par exemple, la parole de Dominique Veerasamy a surgi et séduit, autant par son audace, son courage et son bon sens. C’est une forme de parole tellement puissante qu’on a voulu la faire taire. Mais cette parole ressemble tellement à celle que nous aurions aimé pouvoir tenir, que les autorités ont réalisé que nous étions prêts à la défendre.

J’ai noté que, tout comme pour ceux qui s’engagent individuellement et en toute liberté, le monde politique et le monde médiatique ne savent pas vraiment prendre en compte la place des femmes dans la vie de notre société. Le débat public, ça ne doit pas se résumer aux femmes élues à l’Assemblée qui se crêpent le chignon, ou des associations féminines qui, sous couvert de religion, viennent faire l’éloge de quelques ministres. C’est une caricature de la place des femmes en politique et je la trouve irrespectueuse de la vraie valeur des femmes de ce pays.

Pourtant, dans toutes les régions du pays, ce sont des femmes de milieu populaire qui sont les maillons fortes de nos chaînes de solidarité. Mais elles sont absentes de nos journaux. Les politiciens parviennent à identifier ces femmes et certains les engagent même comme activistes sur le terrain. Et ainsi, après avoir servi pour une élection ou deux, elles sont complètement dévalorisées et vont sombrer dans l’indifférence générale. Je n’ai rien contre les avocates, je n’ai rien contre les femmes d’affaires, mais pourquoi il y en a que pour elles dans la presse ? Pourquoi il n’y en a que pour elles dans notre Assemblée ? Pourquoi ces femmes plus modestes ne parviennent pas à avoir la formation nécessaire pour prendre part aux affaires publiques ? Pourquoi ce sont d’autres personnes qui doivent prendre la parole à leur place ?

Quand tout ceci est dit, revoyons à nouveau la prise de parole de Mme. Veerasamy. Sa prise de parole a fait basculer un acte de provocation d’un groupe de partisans politiques ; et sur les réseaux sociaux, on a pu constater à quel point les gens étaient remontés face à l’intimidation policière dont elle a fait l’objet.

Ce que je vais dire paraîtra comme une boutade mais je le dis avec un fond de sérieux : la foule massée devant la cour de Mahébourg, c’était comme le Parlement. Dominique Veerasamy a vaincu la partisanerie avec une autorité qui manque à notre Assemblée. Elle a pris l’argument du bien commun pour imposer la raison. Et pour moi, ce jour-là, Dominique Veerasamy s’est imposée comme ‘Madam Speaker ‘!