L’annonce de l’Outer Islands Development Corporation, selon laquelle les Mauriciens se rendant à Agalega devront désormais produire une garantie bancaire de Rs 403 000 « to cover period of stay at Agalega in connection with flight to medical emergency », a pris de court bon nombre de Mauriciens intéressés à se rendre à Agalega et les Agaléens qui doivent recevoir leurs proches dans leur archipel. On est en droit de se demander si ceux qui ont pris cette décision ont la tête bien sur les épaules et les pieds sur terre. Car, à première vue, une telle mesure paraît complètement irrationnelle.

Le comité de l’OIDC qui a pris la décision concernant cette garantie bancaire ignore qu’Agalega fait partie des dossiers sensibles suivis avec intérêt par la population en général et que cela provoquerait toutes sortes de spéculations ? Comment une décision aussi importante qui concerne le droit constitutionnel de tout Mauricien de circuler librement sur le territoire mauricien ait pu être prise sans passer par le conseil des ministres ou faire l’objet d’un projet de loi à l’Assemblée nationale ?

Le député Adil Ameer Meea, dont la circonscription couvre également Agalega, a soulevé la question à l’ajournement au Parlement pour demander le retrait immédiat de cette mesure. Pour le dirigeant du MMM Reza Uteem, cette mesure peut être contestée en Cour suprême. Il ne comprend pas pourquoi, alors que le gouvernement prévoit une dotation de plusieurs dizaines de millions de roupies pour aider les patients inopérables dans l’île, à se rendre en Inde ou dans d’autres pays, « on doit forcer les Mauriciens se rendant à Agalega à fournir une garantie aussi exagérée ». De plus, il coule de source que la responsabilité de l’Etat mauricien consiste à doter Agalega d’infrastructures adéquates en matière de santé comme cela est le cas dans toute la République.

Pendant des années, alors que l’île ne disposait que d’une piste d’atterrissage rudimentaire et d’un quai défaillant, les autorités ont pu gérer tant bien que mal les problèmes concernant le transfert des malades à Maurice, notamment avec l’aide du ministère de la Sécurité sociale. Comment se fait-il qu’aujourd’hui, alors que l’archipel s’apprête à disposer d’une piste d’atterrissage moderne capable d’accueillir des vols réguliers et d’un quai praticable, les autorités découvrent subitement que le transfert éventuel des malades est trop coûteux pour les Mauriciens qui attendent l’occasion pour s’y rendre ? Autant que l’on sache, Agalega fait partie intégrante de la République de Maurice au même titre que Rodrigues. Personne n’est contre une assurance voyage minimum comme c’est le cas pour tout déplacement en avion, mais une garantie bancaire de Rs 403 000 n’est pas donnée et peut des fois engager des garanties sur des biens immobiliers.

On ne peut empêcher les uns et les autres de croire qu’il y a anguille sous roche et cela suscite toutes sortes de questions. Jeudi, Xavier-Luc Duval affirmait que l’opposition, dans son ensemble, réclame des explications précises au sujet des travaux en cours à Agalega et sur l’utilisation de l’archipel. « Nous savons qu’il y a une piste de trois kilomètres et qu’une jetée est en construction. Mais nous avons aussi besoin de savoir quelles autres infrastructures sont en construction afin que les Mauriciens, en général, sachent ce qui est planifié sur une partie de notre territoire. » Sa demande a été soutenue par les deux autres leaders, Navin Ramgoolam et Paul Bérenger, alors qu’Arvin Boolell soupçonne le gouvernement de vouloir à terme déplacer les Agaléens de leurs îles. C’est pourquoi il est impérieux de connaître le contenu de l’accord qui a été conclu entre l’Inde et Maurice au sujet de la construction de la piste d’atterrissage dans l’île. On sait que les Seychelles avaient publié l’accord conclu avec l’Inde concernant l’installation d’infrastructures militaires sur l’île Assomption, projet qui par la suite a été abandonné.

Tout cela se passe alors que le pays continue à être secoué par des nouvelles bouleversantes. L’enquête judiciaire sur le décès de Soopramanien Kistnen en est une. Personne ne comprend comment des caméras valant quelque Rs 19 milliards ne fonctionnent pas là où il le faut et au moment où il le faut. Mystère.