MATHIEU T. DACRUZ

Voilà plus de deux ans que le mouvement Fridays for Future de Greta Thunberg est lancé, le double que les sachets en plastique sont bannis, ou presque, de notre île paradisiaque. Alors que notre ministre de l’Environnement annonce des mesures pouvant paraître utopiques mais certes nécessaires en 2021, faisons un bilan de la situation environnementale actuelle dans nos collèges. Avant de partager mes observations, je clarifie tout d’abord que je suis ni expert ni pédagogue et que cet article est fondé sur des estimations. Ceci dit, ma conscience d’étudiant ne me permet point de rester insensible au manque d’actions concrètes au sein de nos institutions secondaires.

Chapitre phare du cursus scolaire actuel : la pollution et le réchauffement climatique. Tandis que ceux, dont les cours de chimie passionnent, participent hâtivement et exhibent tous leurs plus beaux crayons, les moins enthousiastes tentent le tout pour le tout, comme avaler une bonne gorgée d’eau fraîche, dans l’espérance ultime de ne pas s’endormir. Le point commun entre les deux ? Ce crayon, emballé dans un sachet en plastique (pour des raisons me demeurant inconnues), et cette bouteille d’eau, achetée à la cantine du collège, disparaîtront bien après moi, idem pour vous, pour vos enfants, vos petits-enfants et arrière-petits-enfants. Ces élèves, écoutant ce professeur dispensant ses cours avec une telle ferveur, aspirent sûrement tous à devenir des petits écolos en herbe quand à la racine du problème, ils ne réalisent guère leur impact quotidien sur l’environnement. Cet exemple, aussi ironique soit-il, représente la société actuelle dans laquelle nous vivons, celle-ci parsemée de grands discours, mais où les actions concrètes se comptent sur le bout des doigts. Nous devons repenser nos moindres petites actions et essayer tant bien que mal d’améliorer notre train de vie.

Malgré ce désir ubiquiste de lutter contre le changement climatique et de militer pour l’environnement, la situation dans nos collèges a de quoi apeurer. Il est bon de souligner que les « Environment Clubs » existent dans une bonne majorité des collèges mauriciens mais que se passe-t-il vraiment ? Un petit sondage officieux aurait été mené dans un collège diocésain de garçons. La première étape était de déterminer les produits vendus ou utilisés au quotidien qui seraient recyclables. Les fameux petits sachets de friandises ne tombant pas dans cette catégorie, mais étant extrêmement néfastes à l’environnement, ils n’ont pas été pris en considération. D’après des estimations, il s’agirait d’environ 400 bouteilles d’eau, plus d’une centaine de « Ice Cream cups » et d’une quantité colossale de papier par semaine.

Le fait le plus traumatisant serait l’incapacité des collèges d’avoir des mesures de recyclage adéquates pour ce type de produits. Le constat est le même chez les filles, que ce soit dans les collèges d’état ou diocésain. Les institutions où le système de recyclage est efficace sont peu, inexistantes presque ; nous y voyons principalement les établissements privés et un collège pour filles à Curepipe affilié au SeDEC. Quant aux collèges d’État et nationaux, une lueur d’espoir est visible en leur volonté d’installer des poubelles de recyclage pour le plastique mais l’efficacité du processus est fort questionnable. Si questionnable qu’on en viendrait à se demander si ces poubelles ne sont pas devenues objets décoratifs pour amuser la galerie lors de la cérémonie du lever de drapeau. Pire encore, il n’y a absolument rien qui se fait dans quelques collèges ruraux.

Nous grandissons dans un monde effréné où consommation est devenue nécessité sans que nous ayons la clairvoyance de se poser ces questions qui doivent subsister : quel est notre impact et comment le réduire ? Moi, enfant de ce siècle, j’ai peur. Une peur qui me hante continuellement face à ce constat. À ma génération, celle qui a tant de défis à relever, celle dont on attend beaucoup : ne tisse pas un voile entre toi et cette décourageante réalité. Je vois en toi l’avenir et je ne te ferai aucune morale ni leçon mais toi jeune, si absorbé par ce besoin de changer, ne te laisse pas capturer par ce besoin de montrer. Aussi désolant que cela puisse être de l’écrire sur papier, le digital et les réseaux sociaux sont à l’épicentre de nos vies et oui, continue de sensibiliser et de toucher mais agis !

Agis pour qu’enfin « Actions speak louder than words ».