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Mille et une pattes

Hormis le défi du changement climatique, il en est un autre tout aussi crucial, si ce n’est plus, et qui, bien que relativement éclipsé par le premier nommé, promet pourtant d’impacter durablement la vie sur Terre, à savoir le déclin de la biodiversité. Ainsi n’est-il un secret pour personne qu’en quelques décennies seulement, notre planète aura vu la disparition de milliers d’espèces, du fait principalement des activités humaines. En revanche, s’il est une chose moins connue, c’est que des espèces disparues ou en danger imminent, la classe d’animaux ayant payé paradoxalement le prix le plus lourd est aussi celle nous paraissant la plus insignifiante. De par leur taille, d’abord, mais aussi de par leur apport au conditionnement de la vie terrestre, puisqu’il s’agit des insectes.
Car c’est un fait, les insectes disparaissent progressivement de nos écosystèmes aux quatre coins du globe à un rythme accéléré. Ainsi est-il aujourd’hui admis, comme le vient d’ailleurs de le confirmer une équipe de chercheurs britanniques, que pas moins de 2% de la population d’insectes disparaîtraient de la surface de notre planète… chaque année. Sont pointés du doigt l’utilisation excessive d’insecticides, la perte d’habitat et de nourriture, et évidemment le changement climatique… Bref, que des facteurs anthropiques.
Nous concernant plus particulièrement, il faut savoir que les régions tropicales, autrefois connues pour l’énorme richesse de leur biodiversité, sont les plus touchées par cette disparition. En cause, cette fois, l’agriculture intensive, qui transforme des forêts entières en cultures. Sauf que les insectes ont besoin, pour survivre, de l’ombre apportée par les arbres et les plantes sauvages. Raison pour laquelle les populations de pollinisateurs y sont 70% moins présentes que dans les terres naturelles.
Mais pourquoi se soucier des insectes ?, demanderez-vous. Et bien pour plusieurs raisons, et que nous pourrions d’ailleurs résumer au constat suivant : « Parce que nous avons besoin d’eux. » En d’autres termes, ils sont le principal levier du bon fonctionnement du vivant sur Terre. À l’instar des pollinisateurs – abeilles, papillons et autres coléoptères – qui constituent un véhicule primordial pour la reproduction et la dispersion d’une multitude de plantes à fleurs, lesquelles jouent à leur tour un rôle important dans nos écosystèmes.
Mais le rôle des insectes ne s’arrête pas là. Ils sont ainsi d’une importance capitale dans le cycle de la vie via le processus de décomposition, que ce soit chez les herbivores ou les carnivores. De même, ils sont de parfaits agents en matière de contrôle des pestes. Tout le monde connaît ainsi par exemple le rôle joué par la coccinelle, engagée dans la « lutte biologique » en éliminant de manière naturelle les pucerons de nos plantes.
Qui plus est, les insectes font partie intégrante de l’alimentation d’une multitude d’espèces animales, des amphibiens aux reptiles, en passant par les oiseaux et les mammifères. Des espèces tellement dépendantes de cette source nourricière que la disparition des insectes signerait automatiquement un arrêt de mort. À ce titre, soulignons d’ailleurs que pas moins de 2 milliards de personnes, soit une personne sur quatre, ont quasi quotidiennement des insectes au menu, du fait notamment de leur apport en protéines, en fer, en calcium, en vitamine B12 et en fibres !
À cela, nous pourrions ajouter que les insectes sont aussi à l’origine de nombre de produits dérivés, et dont l’homme est grand consommateur. À l’instar du miel, bien sûr, dont l’exploitation, à titre d’exemple, rapporte à elle seule, et rien qu’aux États-Unis, pas moins de USD 15 milliards par an. Ou encore de la soie, produit textile fourni par la chenille du papillon Bombyx mori. Que dire encore des « techniques » que les insectes nous auront inspirées ? Ainsi, saviez-vous que certains de nos médicaments intègrent des sécrétions d’insectes ? Ou encore que la larve de la mouche verte permet de nettoyer les plaies ? Sans compter la robotique, dont certaines avancées n’auront été rendues possibles que grâce au mimétisme animal, notamment d’insectes.
On le voit, si certains insectes sont considérés comme nuisibles – sous-entendu ayant un impact négatif sur nos productions humaines –, la majeure partie d’entre eux sont non seulement bénéfiques, mais revêtent surtout une importance capitale dans le maintien de la vie sur Terre. Preuve que jamais l’adage « On n’a toujours besoin des plus petits que soi » n’aura été aussi pertinent qu’aujourd’hui.

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