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Mise à l’épreuve des mesures budgétaires

Quatre jours après la présentation du budget, et en attendant le début des débats parlementaires, lundi, les mesures budgétaires continuent de susciter un débat passionné à tous les niveaux et dans tous les secteurs d’activité. Dans les rangs de la majorité gouvernementale, le moral a été indéniablement reboosté. L’ambiance enthousiaste, frisant la jubilation, qui prévalait dans l’hémicycle, où le record en matière de « tap latab » a été amélioré, en est la preuve.

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Pravind Jugnauth devait pousser un soupir de soulagement après la présentation du budget, tout en reconnaissant que cela aura été l’exercice le plus difficile qu’il ait réalisé depuis qu’il est au gouvernement, et qui a été présenté dans un contexte international extrêmement difficile, sans grande visibilité sur l’avenir. Il a reconnu que le gouvernement, dans les circonstances actuelles, a revu sa stratégie en matière d’investissements dans les infrastructures afin de soutenir la population en cette période difficile, tout en insistant sur le fait que les engagements pris en 2019 sont respectés.

À première vue, certains peuvent penser que le Budget a mis en veilleuse la dimension économique. Or, à l’évidence, le principal retour sur l’investissement pour le gouvernement cette année est l’apaisement de la colère populaire, qui montait devant la flambée des prix, et l’atténuation de la crise sociale, qui risquait d’exploser à tout moment, alors que les plus faibles et les plus démunis devaient tirer le diable par la queue pour joindre les deux bouts. La question est de savoir combien de temps durera ce sentiment de “feel good factor”. Surtout au vu de situation qui est loin de se stabiliser entre la Russie et l’Ukraine.
La Banque mondiale a prévu cette semaine que la croissance mondiale devrait chuter de 5,7% en 2021 à 2,9% en 2022, soit nettement moins que les 4,1% prévus en janvier. Elle devrait osciller autour de ce rythme en 2023-2024, car la guerre en Ukraine perturbe l’activité, l’investissement et le commerce à court terme. Tout cela augmente le risque de stagflation, avec des conséquences potentiellement néfastes pour les économies à revenus intermédiaires et à faibles revenus. Ce qui veut dire que l’inflation risque de s’aggraver alors que la croissance, elle, continuera de piétiner.

Le risque est que le soutien financier accordé par le gouvernement cette semaine risque de s’éroder rapidement. C’est pourquoi les partis de l’opposition, dans leur ensemble, considèrent que les mesures budgétaires sont insuffisantes et ne sont qu’une illusion, voire un mirage, prenant en compte le degré de dégradation de la qualité de la vie en raison de la flambée des prix. Il est vrai cependant que plusieurs mesures introduites ont été réclamées par l’opposition. C’est le cas, entre autres, pour la pension de vieillesse, qui est passée à Rs 10 000 pour les personnes âgées de 60 ans et à Rs 11 000 pour celles de 65 ans et plus. Toutefois, on s’attend à ce que le gouvernement maîtrise la dépréciation de la roupie, qui participe à l’inflation, surtout que l’industrie touristique a repris du poil de la bête. Vendredi, le leader du Ptr a en outre estimé que le gouvernement dispose de suffisamment d’argent dans ses fonds spéciaux pour se permettre de réduire les prix du carburant.

Dans le public en général, on se réjouit des mesures de protection sociale, qui touchent l’assurance maladie, le chômage, la prise en considération des handicaps et les pensions de vieillesse, alors que les prix du gaz ménager et du pain restent inchangés. Mais beaucoup restent aussi sceptiques, car ils savent qu’il n’y a pas de “free meal”. Ils savent que les mesures ont un prix et qu’ils auront un jour ou l’autre à en faire les frais. Leur regard est fixé sur les tarifs d’électricité, dont une augmentation apparaît imminente.
Comme le souligne la Banque mondiale, un élément clé dans la situation présente est la gouvernance. C’est pourquoi d’aucuns souhaitent que le gouvernement opère dans la transparence et avec toute la rigueur nécessaire dans la mise en œuvre des mesures annoncées. De même que tous les moyens soient déployés pour éviter tout gaspillage, dérapage et scandale.

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