MONDE LITTÉRAIRE : L’auteur à succès David Foenkinos en vacances à Maurice

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Né à Paris en 1974, David Foenkinos redécouvre Maurice après 40 ans. Le romancier multirécompensé, qui a, à son actif, vingt-et-un romans publiés, a fait le choix de revenir à Maurice. Il a séjourné une semaine à l’hôtel Heritage Telfair, dans le sud de l’île, où Le Mauricien l’a rencontré mercredi.

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Pourquoi avoir choisi Maurice?

L’année dernière, j’ai été invité pour des rencontres littéraires à l’île de la Réunion, et je me suis dit : « Tiens, je suis à la Réunion, juste à côté de l’île Maurice. » Il se trouve que quand j’étais enfant, je venais très, très souvent à Maurice. Mon père travaillait ici. Il s’occupait de la tour de contrôle pour la construction de l’aéroport dans les années 80. À l’époque, ce n’était pas aussi touristique, il n’y avait que quelques hôtels. Enfant, j’ai connu l’île Maurice et c’est toujours resté gravé dans ma tête comme un souvenir absolument merveilleux. C’était un peu mon rêve de revenir après toutes ces années.

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Nous étions issus d’un milieu très modeste. Mon père n’avait pas le bac, mais il a eu cette opportunité incroyable de travailler ici. Et comme ma mère travaillait chez Air France, on avait la chance de pouvoir venir très souvent le voir. Ce sont des souvenirs qui marquent un enfant, c’est absolument paradisiaque. Quand on vit en banlieue parisienne, dans une tour au bord de la Nationale, venir ici à Maurice, c’est inoubliable.

Pendant 40 ans, je n’étais pas revenu. L’année dernière, j’ai renoué avec l’île. On m’a proposé de venir séjourner à l’hôtel Heritage Le Telfair. Ça a été un double bonheur : revenir à Maurice, et dans un cadre aussi exceptionnel. J’ai repris goût à l’île Maurice.
L’été, tous mes amis vont en Grèce, en Espagne ou en Sicile. Ici, c’est l’hiver, il fait nuit à 17 h, mais j’aime particulièrement cette période. Même avec la pluie et le temps qui change, je trouve qu’il y a un charme incroyable.

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Vous étiez à quel événement littéraire à la Réunion ?

Ça s’appelait Culturissimo. C’est organisé avec les centres E.Leclerc. J’ai fait la tournée de ces centres et j’ai découvert qu’ils étaient tenus par beaucoup d’immigrés chinois. Je l’ignorais. Je me suis retrouvé entouré de la communauté chinoise et j’ai même fait un dîner chinois là-bas, c’était très sympa.

Mais, d’une manière générale, quand je sors un livre, je voyage beaucoup dans les pays francophones (Belgique, Suisse, Québec) et dans le monde entier, car j’ai la chance d’être traduit partout.

Est-ce que Maurice et l’hôtel sont une source d’inspiration pour un livre ?

Bien sûr que ça pourrait l’être. La beauté de la nature sauvage est une source d’inspiration. Ici, on est dans un lieu absolu de la beauté. Mais je dois avouer qu’après 21 romans, des films et des pièces de théâtre – mon cerveau ne s’arrête jamais – j’ai besoin de me régénérer un peu. Ici, je déconnecte vraiment.

Quels sont les grands thèmes que vous traitez dans vos livres ?

J’ai écrit des histoires d’amour, mais aussi des choses très différentes. J’ai écrit Charlotte, qui a eu le prix Renaudot et le Goncourt des lycéens, sur une peintre allemande durant la Seconde Guerre mondiale. Mon livre actuel s’appelle Je suis drôle. C’est sur toute cette nouvelle génération qui veut faire du stand-up. En France, ils ouvrent des comedy clubs partout. Il y a dix ans, ils voulaient tous être pâtissiers ; il y a vingt ans, ils voulaient être chanteurs ; maintenant, ils veulent tous être drôles. Ma fille passe son temps à regarder et envoyer des vidéos comiques. Mon prochain livre, en revanche, sera un drame sentimental. Tout peut m’inspirer.

Qu’est-ce qui vous guide dans le choix de vos thèmes ?

C’est la part de mystère. Mais il y a un élément fondateur dans ma vie : une très grave maladie à l’âge de 16 ans. J’ai été opéré du cœur, j’ai frôlé la mort et j’ai passé des mois à l’hôpital. Moi qui n’aimais pas lire — il n’y avait pas de livres chez moi, mes parents ne lisaient pas —, cette expérience a déverrouillé une forme de sensibilité.

Comme beaucoup de gens qui ont été gravement malades, j’ai eu un rapport différent à la vie. Je me suis mis à lire et à écrire. J’ai mis du temps à me rendre compte que mes livres racontent souvent des histoires de renaissance, de seconde chance, de résurrection, ou la manière de surmonter un deuil. Mon livre La vie heureuse parle d’ailleurs d’un rituel en Corée du Sud qui consiste à vivre physiquement sa propre mort.

Enfant, ici à Maurice, j’avais aussi été très marqué par les rituels. Mon père avait des collègues mauriciens, on allait chez eux. Je me souviens avoir traversé une route et vu des fumées, des cérémonies. Pour un enfant de 8 ou 10 ans, c’était très impressionnant.
Est-ce que vous touchez aussi au fantastique ?

Non, pas du tout. Je suis quelqu’un de totalement réaliste. Je n’aime pas le fantastique. En revanche, je suis assez mystique. J’ai écrit Tout le monde aime Clara, qui parle de voyance, d’astrologie, de perception extrasensorielle. Ce n’est pas du fantastique pour moi, j’y crois beaucoup.

Quelle discipline vous imposez-vous pour écrire ?

J’écris tous les jours, plutôt le matin. Ce serait plus stylé de dire : « Ouais, j’écris la nuit avec un verre de whisky », mais non, j’écris le matin ! Je vis avec ma fille. Elle se réveille plus tard, c’est un moment calme.

Et puis, quand on écrit un roman, le travail ne se limite pas à des horaires. Le livre est toujours dans mon esprit. J’écris même quand je n’écris pas. Par exemple, pour La Délicatesse (ndlr : sortie en 2009), qui a changé ma vie et été un succès mondial, j’ai eu l’impression qu’il était déjà entièrement écrit dans ma tête quand je m’y suis mis.
La Délicatesse a eu des prix aussi…

Oui, il a eu des prix, puis j’en ai fait un film avec Audrey Tautou. Il est sorti dans le monde entier. Ça raconte l’histoire d’un deuil : une femme qui perd son mari et qui reconstruit sa vie avec un autre homme. C’est encore la renaissance. En France, il est resté numéro un des ventes pendant un an et demi. C’était mon huitième livre, c’était complètement inattendu.

Vous en êtes à combien de livres publiés aujourd’hui ?

Vingt-un romans. Cette année, j’étais le 3eᵉ auteur le plus vendu en France, avec environ 800 000 exemplaires. J’ai la chance que mes anciens livres continuent de très bien se vendre. Et surtout, la nouvelle génération me lit beaucoup, ce qui est assez fou pour moi.
Qu’est-ce qui attire les jeunes dans vos livres ?

Je ne sais pas vraiment. J’ai écrit Vers la beauté, qui parle d’une agression sexuelle, et je reçois beaucoup de messages de jeunes filles touchées par le sujet. J’ai aussi écrit Numéro deux, sur le garçon qui est arrivé deuxième au casting d’Harry Potter et n’a pas été choisi.
Je n’ai jamais écrit spécifiquement pour les jeunes — avant, mon lectorat était plutôt composé de femmes de 40 à 60 ans —, mais ils se retrouvent dans mes histoires. Ça me bouleverse quand je les vois au Salon du Livre de Paris.

On dit souvent que les jeunes ne lisent plus…

Ils lisent moins qu’avant, c’est vrai, ils ont leur téléphone, des jeux, des vidéos. Mais il ne faut pas être trop pessimiste. Grâce aux réseaux sociaux comme TikTok, la lecture redevient « cool ». Les jeunes parlent de Dostoïevski, de Camus, de mes livres. Au dernier Salon du Livre de Paris, la fréquentation a augmenté de 25 %, portée par les jeunes. La littérature redevient très fort.

Vos livres font environ combien de pages ?

Autour de 300 pages.

Et au cinéma, quels sont les genres que vous abordez ?

Plutôt la comédie dramatique ou le drame teinté de légèreté. J’ai réalisé trois films, dont La Délicatesse et Les Fantasmes (avec Monica Bellucci). D’autres réalisateurs ont aussi adapté mes livres, comme Le Mystère Henri Pick avec Fabrice Luchini et Camille Cottin.
Aujourd’hui, je décline la plupart des propositions d’adaptation pour mes derniers livres. Je n’ai pas besoin d’argent et j’aime l’idée qu’un roman reste un roman, à moins d’un projet exceptionnel avec un très grand réalisateur.

Comment s’est fait votre passage à l’écriture ?

J’ai étudié les lettres à la Sorbonne et j’ai fait une école de jazz, j’étais musicien. Puis j’ai senti que c’était par les mots que j’arrivais à m’exprimer.

À l’hôpital, à 16 ans, il n’y avait ni internet ni téléphone. J’ai commencé à écrire des lettres. Puis des nouvelles, puis des romans, dans mon coin. À 25 ans, j’ai envoyé un manuscrit et j’ai été publié chez Gallimard. C’était la maison de mes rêves.

(S’ensuit une brève discussion informelle avec des intervenants locaux au sujet de l’autrice mauricienne Natacha Appanah, puis sur la littérature étrangère et la clientèle touristique à Maurice).

Avez-vous plusieurs histoires qui se bousculent dans la tête ?

En ce moment non, je viens tout juste de terminer mon prochain livre. J’ai envoyé le manuscrit à mon éditrice chez Gallimard hier ! Il devrait sortir en 2026/2027.

Avez-vous déjà connu le syndrome de la page blanche ?

Non. Moi, j’ai le syndrome de la « page médiocre » ! J’écris, et j’ai peur que ce soit nul. Ce n’est pas la page blanche qui m’effraie, c’est d’écrire quelque chose de mauvais.
Et que faites-vous dans ce cas-là ?

Je retravaille sans cesse. Je me change les idées, puis je reviens dessus. L’écriture est une obsession. Un jour on trouve ça bien, le lendemain on relit et on trouve ça très mauvais. Il faut naviguer en permanence entre le doute et la certitude.

Comment vivez-vous cet avènement de l’intelligence artificielle …

Ah, l’intelligence artificielle ! Alors moi je suis très inquiet pour plein de métiers, les métiers du cinéma, les métiers techniques. Il y a énormément de domaines où la mutation va être totale. Même ici dans l’hôtellerie, quand on voit maintenant, tout est robotisé. C’est fou ! En Chine, dans les Starbucks, il n’y a plus de serveurs. Je parlais à quelqu’un qui me disait que le domaine qui va être le plus préservé, c’est l’hôtellerie de luxe et les restaurants.
Parce que c’est là que les gens vont chercher de l’expérience réelle.

Pour la création, j’ai l’impression que la littérature a quand même encore un peu de temps devant elle. J’ai fait une émission à la télé il n’y a pas longtemps, ils m’ont montré un texte et ils m’ont dit que c’était du David Fonquineau, c’est écrit par l’intelligence artificielle. Je trouvais ça moins bien que ce que je fais. Donc on a encore un peu de marge.

 

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