Le 25 décembre prochain, le pays célébrera la Noël qui, au fil du temps, est devenue une fête nationale. Réjouissons-nous qu’à la différence de plusieurs grandes fêtes majeures durant cette année dominée par la pandémie de Covid-19, le réveillon de Noël se déroulera normalement pour le plus grand bonheur des familles mauriciennes, et plus particulièrement des enfants. Ayons toutefois une pensée spéciale pour tous les pays où l’épidémie continue de faire des victimes et où les populations sont encore confinées. C’est le cas plusieurs pays d’Europe, mais aussi au Canada, aux Etats-Unis ou en Afrique et ailleurs. En France, le président Macron a été forcé à l’auto-isolement pour avoir contracté le virus.
Tout cela permet de prendre conscience de la chance que nous avons de pouvoir jouir d’un statut “Covid Safe”. Le pays est d’ailleurs reconnaissant à tous ceux qui ont contribué à nous protéger de la pandémie, qui aura fait chez nous un total de dix victimes sur 524 cas enregistrés. La vingtaine de cas actifs actuellement concerne pour le moment des cas importés. Ils se reconnaîtront. Il ne faut pas oublier toutefois que la prudence et les mesures barrières doivent rester de mise, et qu’il faut éviter de prendre des risques inutiles.
Tout laisse croire que la fête de Noël sera célébrée dans la sobriété et sans superflus, comme l’indiquent les mouvements dans les grands espaces commerciaux, comme les hypermarchés, et dans les différentes villes, dont la capitale, Port-Louis. En cette période pleine d’incertitudes pour l’avenir et les mois à venir, tout laisse croire que c’est la dimension religieuse qui sera favorisée par les familles. À ce propos, Dai Sijie, l’écrivain chinois, connu de beaucoup de Mauriciens qui l’ont rencontré lors d’une visite qu’il a effectuée chez nous, propose dans son dernier livre, L’Évangile selon Yong Sheng, publié chez Gallimard, et disponible à l’IFM, une vision saisissante et riche de Noël que nous avons souhaité partager. « Le jour n’était pas encore levé. L’horizon était gris. Et devant l’horizon, tout était pareillement gris. Dans la lumière incertaine du crépuscule se détachèrent les silhouettes de trois chameaux… Assis sur le dos des chameaux, c’étaient trois mages, venus d’Orient pour rendre hommage au futur roi des Juifs. Ils levèrent la tête et observèrent une étoile émeraude dans le ciel. Contrairement aux autres, elle n’était pas immobile, mais bougeait dans le firmament. Ils la suivirent. Au même instant, de la fenêtre rectangulaire d’une étable délabrée, une autre personne vit aussi apparaître l’étoile. C’était Marie. L’astre était tout petit, mais sa lumière rayonnait dans toute l’étable, et plus particulièrement en direction de la crèche où la jeune mère venait d’enfanter. »
L’étable et la crèche nous rappellent que Jésus a choisi de naître comme un pauvre. « À Noël, Jésus lui-même vient chez nous comme un pauvre, et cette pauvreté nous enrichit car elle nous conduit doucement vers l’essentiel. Il est né dans le dénuement d’une étable, où ses parents et lui s’étaient réfugiés, comme des sans domicile fixe », souligne le cardinal Maurice Piat dans sa dernière lettre adressée aux Mauriciens. Nous pouvons imaginer la naissance de Jésus aujourd’hui chez les squatteurs, qui vivent sous des tentes, et chez tous ceux qui ont perdu leur emploi durant cette période de crise économique, chez tous ceux qui vivent dans l’angoisse et qui dépriment devant le risque de se retrouver en chômage technique en début d’année, comme on le laisse entendre dans certains quartiers du secteur privé, dans le but de sauver les entreprises. Mais encore chez ceux qui se sont retrouvés subitement dans la pauvreté, faute d’activités dans leur secteur économique. Jésus est présent dans le coeur de tout ce monde et les invite à ne pas désespérer. Joignons-nous donc au cardinal Piat pour inviter à la célébration d’un Noël solidaire. « Osons la solidarité ! » lance-t-il, en invitant tout un chacun à vivre un Noël sobre et fraternel.
Souhaitons finalement qu’avec l’arrivée des premiers vaccins contre la COVID-19, la situation dans le monde et à Maurice reviendra graduellement à la normale.

Jean Marc Poché