Pandémie de Coronavirus – Opération de rapatriement — Signal de détresse lancé par des Mauriciens coincés à l’île-sœur

Pourquoi nous ? C’est la question que se posent la quarantaine de Mauriciens, ou résidents détenant de permis, actuellement coincés à La Réunion. Ne sachant plus à quel saint se vouer, ces fils et filles du sol qui vivent pour la plupart dans des conditions précaires à La-Réunion lancent un SOS aux autorités pour leur permettre de rentrer voir leurs proches qu’ils n’ont pas vus depuis des mois. À moins d’une demi-heure de vol, ils demandent d’être entendus et inclus sur la liste des passagers du prochain vol prévu le 7 juin.

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« Il y a une maman qui est venue à La-Réunion pour s’occuper de sa fille qui venait d’accoucher, et depuis elle y est restée coincée et sa deuxième fille qui est à Maurice a, elle, eu le temps d’accoucher toute seule», raconte Nathalie Baissac-Daruty de Grandpré. Des récits comme cela, il y en a beaucoup. Voire beaucoup trop. « Il y a aussi des étudiants mauriciens qui complètent leurs examens et qui souhaitent rentrer rejoindre leurs familles, ou encore des résidents français, notamment qui ont tout laissé pour venir habiter à Maurice et qui se retrouvent aujourd’hui sans rien. C’est terrible», dit-elle.

Et leur frustration est d’autant plus grande, car moins de 30 minutes en avion  les séparent de leurs proches, il y a aussi ces nouvelles qui parlent de vols en provenance d’Inde ou encore de « familles qui sont rapatriées de La-Réunion en catimini », comme le confient certaines sources… « Oui, l’on peut comprendre l’inquiétude des autorités par rapport aux variants qui pourraient exister à La-Réunion, mais quid du variant indien ? Pourquoi eux et pas nous ? » se demandent-ils. « Et pourquoi tant de mystères ? Pourquoi ce silence face à notre souffrance ? »

Plus d’assurance médicale

Nathalie Baissac-Daruty de Grandpré est aussi bloquée à l’île-sœur depuis février de cette année et c’est un peu elle qui essaie de rassembler, selon ses moyens, ces Mauriciens éparpillés sur l’île et les autres. Quelques bons samaritains  essaient d’aider du mieux qu’ils peuvent toutes ces personnes financièrement, et surtout émotionnellement fragilisées.

« Il y a parmi Didier Sooben, qui se décarcasse bénévolement pour aider ces Mauriciens en difficulté, notamment en mettant des médecins à leur disposition, car il faut bien se rendre compte que nous n’avons plus d’assurance médicale et que nos papiers ne sont pas en règle », explique Nathalie Baissac-Daruty de Grandpré.

« Ces Mauriciens vivent des moments très difficiles», répète-t-elle. Détenant une liste d’une quarantaine de personnes qui demandent de rentrer sur le prochain vol prévu pour début juin, elle a aussi créé un groupe WhatsApp pour faciliter la communication. « Nous avons aussi organisé une première rencontre durant la semaine, mais pas tous ont pu se déplacer à cause des problèmes de transport », dit-elle. Elle a, par ailleurs, envoyé plusieurs mails aux autorités, qui ne répondent pas ou plus. « Je compte envoyer un mail tous les jours jusqu’à ce que les autorités nous entendent et nous voient», dit-elle dépitée.

Par ailleurs, ces Stranded déplorent le manque de cohésion entre les différentes entités gouvernementales, dont Air Mauritius, le ministère des Affaires étrangères et la Mauritius Tourism Promotion Authority qui ne véhiculent pas les mêmes informations. Chose qui entraîne la confusion aggravant la situation.

Catherine Leclézio : « Les autorités peinent à donner les informations les plus basiques »

Catherine Leclézio, créatrice de la page Facebook Mauritius in Quarantine, n’en démord pas. Aux aguets depuis le début des exercices de rapatriement, elle confirme que plus d’une centaine des membres du groupe ont pu retourner au pays, mais que la liste continue de s’allonger.

«Nous travaillons dans l’ombre, essayant à chaque fois de deviner les opérations de rapatriement du gouvernement. Aujourd’hui, nous avons 672 citoyens mauriciens et détenteurs de permis coincés dans 56 pays.»  C’est en effet grâce à ce grand réseau mis en place «from scratch» que Catherine Leclézio parvient à obtenir les informations sur les vols prévus et passe ainsi le message aux membres qui essaient par tous les moyens de s’inscrire sur la liste des passagers quasiment tous les jours.

«C’est un processus traumatisant qui laisse ceux qui ont essayé en vain dans un triste état. Mais nous sommes néanmoins contents que tous les résidents, incluant citoyens mauriciens et détenteurs de permis, sont désormais inclus sur les listes de rapatriement», dit-elle.

Par ailleurs, Catherine Leclézio déplore le court laps de temps donné par les autorités pour le rapatriement, et dont les Stranded disposent pour faire leurs tests PCR. «Quand les passagers sélectionnés ne peuvent pas voyager, il n’y a pas assez de temps pour les remplacer par d’autres.»

Et pour ce qui est des vols prévus, elle soutient avoir entendu parler d’un vol de rapatriement de Paris en juillet, «mais nous ne savons pas s’il y a des vols prévus de Dubaï. Par ailleurs, nous pensons que ce n’est pas raisonnable d’organiser un vol toutes les six semaines, lorsque l’on parle de 1 000 personnes à accommoder ».

Elle soutient qu’il y a beaucoup de doutes autour des critères de sélection pour les frais de quarantaine. «Le Government Portal ne fonctionne pas», dit-elle. Et il n’y a aucune information qui est transmise aux Stranded, qui voient systématiquement leur demande de quarantaine gratuite refusée par des officiers des Affaires étrangères. «Une étudiante a été forcée d’utiliser l’argent de sa bourse d’études pour payer sa quarantaine. L’entreprise de sa mère bat de l’aile et elle ne sait pas comment elle va payer ses études l’an prochain.» 

Catherine Leclézio confie ainsi que les membres du groupe sont frustrés face à un tel manque de transparence et soutient que les plus affectés sont les «189 personnes coincées en Afrique du Sud depuis décembre 2020 et celles à La-Réunion».

Et ajoute que «nos demandes pour des vols spéciaux, bien contrôlés et une période de quarantaine prolongés pour ces passagers, restent sans réponses». Catherine Leclézio ne cache pas sa frustration face au silence des autorités « qui peinent à donner les informations les plus basiques.J’ai écrit quatre lettres au comité interministériel durant ces trois derniers mois et je n’ai obtenu qu’une réponse verbale du DPM Steeven Obeegadoo», regrette-t-elle.

Il aurait été plus simple d’organiser des vols commerciaux toutes les deux semaines, par exemple, ce qui permettrait aux autorités d’avoir un meilleur contrôle sur les passagers, évitant aussi d’encombrer les hôtels de quarantaine et de surcharger le système de santé. «S’ils avaient pu appliquer cette solution, nous ne serions pas dans une telle situation de détresse», conclut-elle.

Steven Obeegadoo : « We are painfully aware  »

Leurs griefs ont été transmis aux autorités et d’ailleurs plusieurs exercices de rapatriement ont eu lieu, notamment de Dubaï et Paris. En ce qu’il s’agit de La-Réunion, une question sur les solutions que propose le gouvernement mauricien aux citoyens actuellement coincés à l’île sœur a été posée par le député de l’opposition Shakeel Mohamed.

Ce dernier a organisé une session Zoom avec quelques-uns de ces Mauriciens durant la semaine. En réponse à l’interpellation, le Deputy Prime Minister, Steven Obeegadoo, a ainsi affirmé que les autorités sont « painfully aware » de la situation et avance que « the Ministry of Foreign Affairs, Regional Integration and International Trade keeps a constant watch over all stranded Mauritians across the world. »

Il soutient aussi que, selon la Special Notice to Airmen (NOTAM), « four countries or regions, namely Brazil, South Africa, Mayotte and Reunion, because in Mayotte and Reunion the majority of COVID cases are from the South African variant. So, for these four countries or regions, persons who are there and who want to travel to Mauritius have to quarantine for two weeks in another territory, in another country before coming to Mauritius ; that is the situation. »

Et précise que pour les Mauriciens bloqués  à La-Réunion, c’est le « medical repatriation », et ce, au cas pas car, qui sera privilégié dans un premier temps. Et conclut que « as soon as we can bring back those Mauritians to Mauritius without endangering our own population here, we will do so. »

 

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