DR DIPLAL MAROAM

DIPLAL MAROAM

À l’instar des différentes crises économiques et financières, qui ont ébranlé le monde récemment et un peu plus loin dans le passé, la crise sanitaire est venue, encore une fois, mettre en exergue la fragilité du système actuel du développement global, sauvé, à chaque fois, de l’effondrement par l’intervention massive de l’État dans presque tous les pays. Sans État solide, il ne peut, en effet, y avoir d’économie saine et de société stable. Face à la pandémie de COVID-19, l’organisation sociale du capitalisme se révèle complètement dysfonctionnelle, pour ne pas dire gravement défaillante.

Il est ahurissant de constater comment des « pays avancés » souffrent d’un manque flagrant d’infrastructures de santé de base pour prendre en charge des personnes gravement malades – des pays tels l’Italie, l’Espagne, etc. ayant même été contraints d’avoir recours à un système de tri en fonction de l’âge des patients pour leur éventuelle admission dans les centres de soins –, sont insuffisamment équipés pour tester des populations à grande échelle et protéger les personnes les plus vulnérables. Et ce, alors que la concentration des richesses dans ces pays atteint des sommets. Ainsi, dans cette pandémie, ce qui suscite le plus d’inquiétude, ce n’est pas tant le virus lui-même que le système de santé – dont de grands pans dans de nombreux pays ont été privatisés –, incapable de répondre aux exigences d’une situation d’urgence. Car l’accès aux soins est réparti de manière hautement inégale, alors que la santé constitue la plus grande de toutes les richesses que possède chaque individu.

Choc brutal

Mais le signal d’alarme sur la situation économique était tiré avant même l’avènement de la COVID-19. La croissance mondiale subissait un ralentissement d’environ 50% entre 2017 et 2019; le pétrole, indicateur du développement et carburant de la machinerie globale, débordait le marché, suscitant alors la chute drastique du prix du baril; le transport des marchandises avait commencé à reculer. Un nouveau coronavirus, le SARS-CoV-2, est venu enfoncer le dernier clou dans un système économique qui battait déjà de l’aile. Dans cette pandémie qui s’est transformée en crise sanitaire, c’est donc la crise économique qui a fait déborder le vase. Entre effondrement quasi-généralisé de la demande des biens et services, désorganisation de la chaîne logistique, chute drastique de la production, licenciements des travailleurs et pertes de recettes des entreprises, le choc a été brutal.

Les secteurs les plus concernés étant le tourisme, l’aviation, la restauration mais également l’alimentation, l’habillement, l’emploi, bref, l’économie dans son ensemble, d’où le plongeon sans précédent des principaux marchés boursiers et la panique qui s’est emparée des marchés monétaires.

Et il va sans dire que l’incertitude induite par le recul de la consommation a eu des répercussions négatives certaines sur les prévisions d’investissements. En ce qu’il s’agit des travailleurs, les plus exposés sont ceux rendus vulnérables par la politique économique néo-libérale comme les CDD précaires, le secteur informel ou le self-employment. Or, l’angoisse et l’anxiété suscitées par une telle situation rabaissent le niveau du système immunitaire, favorisant ainsi la propagation de l’infection qui exhibe, par conséquent, un effet multiplicateur.

Et comme dans les cas de la crise financière, économique et celle de la dette, des économistes sont aujourd’hui désemparés. À court d’arguments, ils se retrouvent dans l’incapacité de réorienter le système afin de trouver des solutions pérennes pouvant redresser la barque chancelante. L’intervention de l’État à travers les différents plans de sauvetage destinés aux travailleurs mais également aux grandes entreprises – chez nous, de grands groupes hôteliers, mais pas seulement, bénéficient déjà de l’argent du MIC de la BoM, et qui, pourtant, au temps des vaches grasses, diversifiaient leurs investissements, engrangeant d’énormes profits – permet, à la limite, de maintenir la tête de l’économie et la société hors de l’eau. Or, la deuxième vague de la pandémie suivie du reconfinement en Europe et ailleurs risque de durer tout l’hiver avec des effets qui pourraient s’étendre sur des années voire des décennies.

L’urgence de santé publique et l’implication toujours plus considérable de l’État rappellent le besoin impératif de solidarité, de l’action collective et cohérente et des politiques publiques de soutien aux plus vulnérables face aux épreuves de l’effondrement économique dont le système du capital n’arrive plus à prévenir. Cette crise pose donc aujourd’hui la question de la réorganisation démocratique totale de l’économie et de la politique tant sur le plan national que global.