Tout laisse croire que les vacances parlementaires d’hiver arrivent à grand pas et devraient normalement intervenir cette semaine. Le Social Contribution and Social Benefits Bill et le Finance Bill constituent les deux gros morceaux des travaux parlementaires avant que ne prenne fin la première partie de l’actuelle session, qui a commencé le 23 mars dernier. Le Social Contribution and Social Benefits Bill, nouvelle version de la contribution sociale volontaire, dont le ministre des Finances tient à cœur et qui est mise en œuvre depuis l’année dernière, donne lieu à beaucoup de résistance, aussi bien de la part de l’opposition parlementaire que de celle du secteur privé.

Le leader de l’opposition, Xavier-Luc Duval, parle même d’une « bombe à retardement » qui engage le pays sur tout un exercice sans avoir au préalable les fonds nécessaires pour payer la pension, avec le risque que les employés du secteur privé soient taxés de manière punitive. Il accuse d’ailleurs le gouvernement d’avoir « leurré les électeurs » avant les dernières élections générales en promettant aux personnes âgées une augmentation de leur pension de vieillesse, qui devrait atteindre Rs 13 500 avant la fin du mandat de l’actuel gouvernement. Aussi, ce que propose le ministre des Finances, selon lui, n’est « ni plus ni moins une nouvelle taxe qui va directement dans les caisses de l’État », laquelle taxe pourrait, dit-il, doubler dans les prochaines années.

Ce point de vue est partagé par le leader du Ptr, qui considère que la législation proposée est « injustifiée, insoutenable et discriminatoire ». Il prévoit même que ce fond soit déficitaire de Rs 5 milliards au moins en 2024. En outre, tous ceux qui critiquent cette législation d’insurgent contre l’abolition du National Pension Fund, qui disposait de fonds avoisinant les Rs 130 milliards. Quoi qu’il en soit, quel que soit le sort qui sera réservé à cette législation, le ministre des Finances joue sa réputation, aussi bien l’intérieur qu’à l’extérieur, sur cette réforme de la pension de vieillesse dans le pays.

Les débats sur le Finance Bill, qui prévoit d’apporter des amendements à quelque 95 législations, s’annoncent également intéressants. Ce texte de loi vise à donner force de loi aux mesures annoncées dans le budget 2021-2022, qui couvre une variété de domaines. L’attention sera entre autres retenue par l’OPA de la Gambling Regulatory Authority sur le Mauritius Turf Club, qui organise les courses hippiques à Maurice depuis le 25 juin 1812, et qui devait figurer sur la liste des patrimoines nationaux du pays. La grande question, dans la conjoncture, est de savoir à qui profite la privatisation des courses hippique ?

Les séances parlementaires, qui avaient atteint le nombre de 26 vendredi, n’ont en tout cas pas été de tout repos. La présente session a été marquée par l’arrivée de Xavier-Luc Duval comme leader de l’opposition, qui a déménagé de l’hôtel du gouvernement pour s’installer à la Newton Tower. La démocratie parlementaire a aussi été mise à rude épreuve, surtout durant l’exercice de Private Notice Question, lesquelles se sont souvent détériorées en finissant en confrontations entre l’opposition parlementaire et le Speaker, et se concluant par des sanctions exagérées contre des élus de l’opposition. Paul Bérenger, Arvin Boolell et Rajesh Bhagwan ont en effet été suspendus entre le 30 mars et le 19 mai. La sanction avait été levée à la suite d’une motion du Premier ministre avant la présentation du budget.

Toutefois, Arvin Boolell a de nouveau été éjecté du Parlement cette semaine pour… huit séances. Ce que beaucoup considèrent comme exagéré, car le député de Belle-Rose/Quatre-Bornes sera de fait privé de son travail parlementaire pour au moins deux mois. Les réactions inattendues du Speaker dans des moments de tensions parlementaires ont pour résultat de le faire percevoir dans certains quartiers comme étant autoritaire et protecteur du gouvernement. Ce qui ne facilite pas la sérénité et des débats équilibrés au sein du Parlement.

Tenant en compte que les frontières seront rouvertes le 1er octobre et que les autorités prévoient une immunité collective vers cette même date, on se demande s’il ne serait pas mieux que le Parlement soit prorogé au plus vite de manière à ce que le gouvernement arrive avec un nouveau discours-programme pour préparer l’après-Covid et permettre au pays de démarrer sur de nouvelles bases à la reprise des travaux parlementaires.