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Parlement : des hauts… et débats

L’attention a été polarisée cette semaine par les débats parlementaires sur le budget 2022-2023, présenté le 7 juin par le ministre des Finances. Cet exercice est, avec les débats sur le discours-programme, une des rares occasions durant lesquelles tous les parlementaires ont l’occasion de s’exprimer librement sur l’état du pays, que ce soit sur le plan économique ou social.
C’est ce qu’a fait le leader de l’opposition, Xavier-Luc Duval, qui a ouvert les débats lundi. Il avait choisi d’articuler son intervention autour du thème « trop peu et trop tard ». Il a ainsi estimé que le cadeau de Rs 1 000 “across the board” est loin d’être suffisant pour compenser la perte du pouvoir d’achat des Mauriciens, dramatiquement érodé par l’inflation grandissante, qui est associée à la dépréciation de la roupie. Il a cité des chiffres qui ont été repris par les intervenants dans son ensemble dans l’opposition, à savoir que la dépréciation de la roupie a atteint 40% depuis 2014, alors que l’inflation, estimée actuellement à 8,6% par la Banque de Maurice, et à 11% par des analystes économiques, atteindra les 15% à la fin de l’année. Dès lors, il a estimé que les augmentations de Rs 1 000 seront très vite rattrapées par la flambée des prix. Ce qui devait amener le leader du MMM, Paul Bérenger, à affirmer que « si des efforts ont été faits, ils ne sont pas suffisants, car ces efforts seront vite rendus caducs par de nouvelles augmentations de prix ».
La majorité des parlementaires de l’opposition se sont appesantis sur l’effet créé par les mesures budgétaires, qui seront d’autant plus éphémères et de courte durée que le ministre des Finances a refusé de baisser les prix des produits pétroliers, qui, a-t-il observé, sont très importants pour financer les mesures sociales, qu’il a chiffrées à Rs 15 milliards. D’autres ont exprimé l’avis que le grand gagnant est le gouvernement qui, grâce à la hausse des prix, verra ses revenus fiscaux augmenter sensiblement.
Dans les rangs de la majorité parlementaire, les intervenants ont presque à l’unanimité soutenu les mesures budgétaires présentées dans un contexte local et international difficile, tout en rendant hommage au Premier ministre. Il est dommage toutefois qu’aucun backbencher n’ait eu le courage de prendre ne serait-ce qu’un peu de recul pour faire une analyse critique du budget en se contentant de reprocher à l’opposition de pratiquer une approche « nanye pa bon », ignorant qu’ils ont eux-mêmes mené la politique du « tout va bien Madame la Marquise ».
En dehors du Parlement, alors que les principaux partis extraparlementaires critiquent sévèrement « le budget de Rs 1 000 », les syndicats ont adopté une position mitigée ou préfèrent attendre avant de faire une analyse en profondeur. Le secteur privé qui, d’habitude, accueille favorablement le budget en exprimant quelques réserves, a cette fois réservé un accueil enthousiaste et sans réserve aux mesures budgétaires. Business Mauritius s’est ainsi réjoui que le gouvernement ait présenté un budget social, et se dit impatient de travailler avec le gouvernement pour mettre les mesures préconisées en œuvre.
Pour revenir au Parlement, personne ne comprend les raisons pour lesquelles trois femmes parlementaires ont été expulsées et “named” par le Speaker. La lecture « intégriste » des Standing Orders par le Speaker est en train de tuer à petit feu la démocratie parlementaire. Est-ce que les Standing Orders permettent au Speaker d’avoir un contrôle absolu sur la parole des parlementaires, surtout ceux de l’opposition ? Ne devraient-ils pas être lus avec sagesse et discernement ? On dit qu’il y a la loi et l’esprit de la loi. Est-ce que cette approche ne devrait-elle pas être appliquée pour les Standing Orders ?
Un ancien Speaker qui a fait ses preuves, à savoir Kailash Purryag, se demande si la façon dont les trois parlementaires ont été “named” et suspendues pour deux séances ne devrait pas faire l’objet d’une contestation devant la Cour suprême. La crainte que le Parlement devienne le temple de la pensée unique est grande. Et si rien n’est fait, c’est la démocratie parlementaire qui est menacée.

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