Lalit a soumis ses propositions au comité spécial sur l’introduction du kreol morisien (KM) à l’Assemblée nationale. Le parti fait ressortir qu’il milite en faveur de cette démarche depuis longtemps et qu’il a contribué à faire avancer le débat. Lalit est également favorable à l’utilisation du bhojpuri, deuxième langue maternelle du pays, au Parlement. Il invite toutefois à un débat « respectueux et rationnel ».
Lalit milite pour l’utilisation du KM au Parlement depuis de nombreuses années. Le parti de gauche estime qu’il s’agit d’un enjeu incontournable dans le processus de décolonisation. Toutefois, déplore-t-il, alors qu’il y a un quasi-consensus national sur la question, une compétition sur le front linguistique s’est installée. « Cette concurrence risque de revêtir une forme à la fois communautaire et éminemment décolonisatrice. Cela se produit chaque fois qu’un changement se profile à l’horizon, un changement susceptible de modifier l’équilibre des pouvoirs », note Lalit.
Le parti fait ressortir que l’inégalité du pouvoir au sein du pays reflète également la réalité selon laquelle la république reste lourdement colonisée, en dépit de 58 ans d’indépendance. « Cela se traduit non seulement par l’interdiction de la langue maternelle et vernaculaire, mais aussi par les inégalités et les injustices léguées par le fait que nous sommes presque tous les descendants socio-politiques d’esclaves et de travailleurs engagés, luttant encore face aux oligarques et aux empires coloniaux. » Même sur la question linguistique, poursuit Lalit, il s’agit d’une lutte pour l’égalité au sein de la république, ainsi que « d’un combat contre une agression coloniale persistante et d’arrière-garde venue de l’extérieur . »
Lalit maintient qu’après le KM, le bhojpuri demeure la langue maternelle la plus parlée, même s’il s’agit d’une langue vernaculaire dans certaines régions rurales. « Le bhojpuri a subi une oppression encore plus forte que le KM de la part des préjugés coloniaux », concède Lalit. Tout en reconnaissant le droit et la pertinence de Sarita Bodhoo de porter plainte à la National Human Rights Commission, de même que la demande des associations socioculturelles d’élargir le débat à d’autres langues ancestrales, le parti soutient qu’il faut maintenir un débat à la fois « respectueux et rationnel ».
Lalit trouve également déroutant qu’en plein cœur de ce débat, un nouveau programme bilingue, porté par l’ambassade de France, a été lancé dans une dizaine d’écoles et collèges. « Cela ne manquera pas d’enflammer le débat sur la décolonisation, non seulement dans l’éducation, mais aussi pour l’usage du KM à l’Assemblée nationale », estime le parti de gauche.
Dans son Position Paper soumis à la Commission spéciale sur l’introduction du KM à l’Assemblée nationale, Lalit argumente sur l’importance de la langue en six points. D’abord, le parti fait ressortir que l’importance de la langue maternelle va bien au-delà du cliché. Elle constitue le meilleur moyen de cognition et de communication. À ce titre, elle a sa place légitime à l’Assemblée nationale et permettra d’enrichir les débats.
Lalit précise également qu’il est un fait que le KM est la langue maternelle de 90% de la population. Citant les derniers recensements officiels, le parti montre qu’il y a une progression dans l’utilisation de langue au sein de la population, passant de 89,8% en 2011 à 90%. Le bhojpuri est passé de 5,5% à 5,1%; le français de 4,3% à 4,4%; et l’anglais de 0,5% à 0,6%. « L’interdiction persistante de la langue maternelle de 90% d’entre nous n’est pas seulement un affront à la démocratie, c’est aussi un crime contre notre humanité, une infraction aux proportions criminelles, l’une des reliques du crime de la colonisation », s’insurge Lalit.
En plus d’être la langue maternelle, le KM est aussi la langue vernaculaire mauricienne pour la quasi-totalité de la population, insiste Lalit, estimant que « le vernaculaire ne se confond pas avec la langue maternelle ; il désigne la langue parlée dans les espaces publics. »
Lalit met aussi en avant, deux « excellentes enquêtes scientifiques », réalisées par la société française SOFRES, en 1977 et 2009, sur l’utilisation du KM à l’Assemblée nationale. « Sur cette période de 30 ans, le résultat est resté stable : les deux tiers de la population y étaient déjà favorables à l’époque. Curieusement, en 1977, les habitants des zones rurales, en particulier les petits planteurs, étaient les plus favorables ! »
En 2009, avant même que le KM ne soit enseigné comme matière à l’école, 67% des personnes interrogées se sont déclarées favorables à son introduction « sur un pied d’égalité avec l’anglais » à l’Assemblée nationale, relève le parti. Dans cette étude, 7% ne se prononçaient pas, 9% y étaient plus ou moins opposées et seulement 18% fermement opposées. « L’institut SOFRES a constaté que l’élite y était davantage opposée, précisant que plus la catégorie socioprofessionnelle est modeste, plus la proportion de partisans est élevée. »
En ce qui concerne les questions techniques, souvent soulevées, Lalit estime que ce n’est plus d’actualité. « Comme nous le savons tous, pour utiliser des ordinateurs à des fins de transcription automatique, la solution réside dans l’expérience concrète de l’utilisation du système. Les ordinateurs apprennent par l’usage. » De même, Ledikasyon Pu Travayer a développé un Kreol Spellcheck, déjà utilisé pour la correction orthographique.
Au sujet du bhojpuri, Lalit est d’avis que la langue puisse également être autorisée pour s’adresser à la présidence. « Le bhojpuri est la deuxième langue la plus parlée à la maison. Autrefois, c’était également la langue vernaculaire des villages dans la moitié du pays, et elle l’est encore dans certaines régions. Elle mérite une place, aux côtés du français, en tant que langue pouvant être utilisée. Lalit soutient cette position depuis longtemps, en fait depuis 1983, sinon avant. »
Lalit se dit disposé à venir défendre ses points devant le comité.

