La dernière séance de l’Assemblée nationale de mardi, avant que l’Assemblée n’entre en vacances jusqu’au 26 octobre, soit pour près de trois mois, restera dans les annales comme un triste jour pour la démocratie parlementaire. Beaucoup de Mauriciens, dont un grand nombre de femmes, avaient accueilli la retransmission en direct des travaux parlementaires avec enthousiasme. Ils s’attendaient à suivre des débats de haut vol sur des sujets d’intérêt national, à obtenir des informations de première main sur l’administration du gouvernement et les institutions gouvernementales. Allez tâter le pouls des passants au marché central et d’autres Mauriciens lambda dans les rues sur ce qu’ils pensent des travaux parlementaires, vous découvrirez des sentiments mitigés, des frustrations et des déceptions devant la tournure des événements au Parlement.

Le temple de la démocratie, dont l’essence est la redevabilité du gouvernement, est devenu un champ de bataille politique, de confrontations, où seul compte l’opinion de la majorité et où le Speaker est tout, sauf indépendant. L’expulsion pour huit semaines d’Arvin Boolell est d’autant plus irrationnelle qu’elle décapite le groupe parlementaire du Parti travailliste de son chef de file, qui ne peut pas exercer son rôle d’élu. Cette sanction est tellement exagérée qu’elle mobilise actuellement un grand nombre d’anciens parlementaires, à l’initiative d’un ancien député, Alain Laridon. Dans une pétition qui a déjà recueilli la signature d’une majorité d’anciens députés, ces derniers réclament non seulement la réintégration du député de la circonscription No 18, Arvin Boolell, mais également le remplacement de l’actuel Speaker. Elle évoque « a series of incidents in the National Assembly since the assumption of Office of the present Speaker wherein his decisions, utterings and behaviour have raised serious doubts regarding his aptitude to preside over the proceedings of the August Assembly ».

Le summum a été atteint mardi. Cette séance a commencé dès le départ sur un mauvais pied. Alors que le leader de l’opposition, Xavier-Luc Duval, et le ministre des Administrations régionales, Anwar Husnoo, échangeaient quelques propos sur un dossier aussi important que le naufrage du MV Wakashio, une situation qui normalement donne lieu à un rappel à l’ordre courtois comme « speak to the chair », il y a eu, à la surprise générale, un “walk-out” du Speaker qui, sans crier gare, a délaissé pendant une bonne quinzaine de minutes son fauteuil. Du jamais-vu ! Ce contretemps devait avoir une incidence sur la suite des travaux, car le député Assirvaden n’a pas eu l’occasion de poser sa question adressée au Premier ministre. « Adding insult to injury », Pravind Jugnauth a pris presque une demi-heure pour répondre à la première question qui lui avait été adressée ce jour-là.

C’est dans une ambiance de frustration, alors que le député travailliste protestait énergiquement contre l’attitude du Premier ministre, que la tension est montée d’un cran et a pris la forme d’une confrontation verbale, cette fois entre Rajesh Bhagwan et le Speaker, Sooroojdev Phokeer, qui, perdant son sang-froid, a lancé honteusement à au moins dix reprises : « Look at your face ! » Cette remarque a eu des échos jusqu’aux Seychelles, où le président a fait remarquer : « Nou parlman pli sivilizse ki Moris. » Une honte !

Cette même séance a également été marquée par le fait que la conclusion des débats sur le Finance Bill était réservée à trois ministres du gouvernement seulement, faisant fi des protestations répétées des leaders des partis de l’opposition, qui réclament depuis des semaines qu’un des leurs puisse également intervenir. C’est donc en l’absence de l’opposition parlementaire, en signe de protestation, que le Premier ministre est intervenu pour faire des accusations directes contre le MMM et son leader concernant le financement de ce parti, alors qu’une législation sur le financement des partis politiques se fait toujours attendre. Les vacances s’annoncent chaudes, alors qu’on parle de début de campagne en vue des élections municipales.