Ses nouvelles configurations routières, un renouvellement infrastructurel (réseau ferroviaire, terminaux urbains “multimodals” intégrant le transport ferroviaire avec les autres modes de transport, etc.) la hisse davantage sur l’échelle de la modernité.

Le Mauricien parcourt les annales pour faire découvrir à ses lecteurs ce que le port et l’arrière-port furent jadis, avant que et depuis que les hommes y mirent les pieds dans leur pérégrination sur la route des Indes. Dans les premières parties de cette reconstitution historique, nous avons puisé largement de Port-Louis, Histoire d’une capitale, Volume I, des origines à 189» de Jean-Marie Chelin, disponible en librairie. Remontons le temps pour nous immerger dans la préhistoire du lieu, avant que l’homme n’y mît pied au 16e siècle.

Le lieu ne portait pas encore de nom et c’est la Nature qui régnait en maître : « Dès le battant de la lame, il existait des plages composées de coraux et de sable ainsi que des marais boueux… Des arbrisseaux côtiers ont dû coloniser les bords de plage. On devait y rencontrer le veloutier vert, Scaevola taccada, aux fleurs à corolles blanche et mauve, ainsi que le veloutier blanc, Tournefortia argentea, aux feuilles couvertes d’un velours satiné et aux inflorescences de petites fleurs blanches et le Bois Matelot Suruana maritime. Au vu des ruisseaux descendant de la montagne du Pouce et se jetant dans la mer au Port-Louis, en y apportant en été des volumes d’eau douce non négligeables, il devait y avoir de petites mangroves composées de mangliers, Rhizophora mucronata et Brugeria gymnorhiza.

Les fruits de ces espèces tombant à l’eau, il flotte verticalement et s’enracine dans les zones boueuses recouvertes par les marées. La région à l’arrière des plages du port devait à l’origine être couverte d’une savane à palmiers… et d’autres essences pouvant survivre aux périodes d’extrême sécheresse tels le Bois Benjoin… le Bois d’Ébène… le Bois de Ronde… le Bois de Buis… le Bois Quivi… le Bois de Rat… le Bois de Boeuf… le Bois Cabri et d’autres. Ces arbres couvraient également les vallées de la chaîne des montagnes entourant la future ville de Port-Louis. » (1)

Le bois de ces arbres fut d’une utilité certaine, que ce fût celui de l’ébénier ou du palmier, à tous les navigateurs qui allaient mettre à profit des escales et séjours bienvenus dans ce port du nord-ouest qui avait un avantage certain sur sa contrepartie du sud-est. «… en raison de sa situation sous le vent, les mêmes facteurs météorologiques qui contrariaient la sortie des vaisseaux au port du sud-est favorisaient ici cette manœuvre. Cet avantage, très apprécié au temps des voiliers, devait à la longue faire préférer ce second havre au premier. » (2)

Les Hollandais firent bon usage des bois qui abondaient dans les parages du port : « À part l’ébénier que les Hollandais exploitèrent, ils s’intéressèrent aux palmiers, notamment le latanier Latania loddigesii dont ils extrayaient la sève qu’ils consommaient après fermentation. Ils consommaient aussi les choux des palmiers – le Palmiste blanc Dictyosperma album et le Palmiste épineux Acantophoenix rubra. Les troncs de ces palmistes étaient utilisés comme des conduits d’eau et des poutres, alors que les feuilles servaient à fabriquer les toitures. Les arbres et la végétation des terrains en plaine furent rapidement exploités et ceux-ci transformés en terrains vagues, notamment les espaces dits le Camp et le Champ de Mars. » (1)

Outre le bois utile à la réparation de leurs vaisseaux et à la construction de logements tant soit peu rudimentaires, les visiteurs de passage trouvaient dans les parages de l’eau potable et un lagon poissonneux – « toutes sortes de poissons, des lamantins,… des huîtres, des anguilles et d’excellentes écrevisses de mer. » À propos des lamantins ou vaches de mer (sea-cows), ils sont décrits comme « étant de 15 à 16 pieds de long et pesant de 800 à 1 000 livres et fournissant une excellente viande pouvant être fumée ou salée » alors que « la tête et la queue du mammifère contenaient une graisse claire et fine. » (3)

Le Port Nord-Ouest baptisé La Rade des Moluques
De ce fait, le Port Nord-Ouest (Noordtd Wester Haven) avait les atouts d’un port d’accueil idéal tant sur le plan maritime que matériel. Il n’étonne guère que les Hollandais, tout en gardant les pieds fermement à terre au port sud-est où était leur siège administratif fortifié, ont songé à marquer leur présence de manière concrète au Port Nord-Ouest qu’ils nommèrent la Rade des Moluques.

« Le Port Nord-Ouest ou Noordtd Wester Haven, futur Port-Louis entre dans l’Histoire lorsqu’il fut nommé, le 1er janvier 1606, Rade des Moluques par l’amiral hollandais Cornelius Matelief de Jonge, commandant une flotte de sept navires. » (Idem) L’origine de ce nom mérite élaboration :

« Pitot assure que ce sont les amiraux Matelief et van der Hagen qui donnèrent à la rade de la côte nord-ouest le nom de Melukesereede ou Rade des Moluques sous lequel elle fut désignée pendant toute la période de l’occupation de l’île par les Hollandais. Quoi qu’il en soit, nous trouvons cette désignation employée pour la première fois dans le récit du deuxième voyage d’Etienne van der Hagen aux Indes Orientales qui nous en donne en même temps l’origine probable. » (2) Cette origine serait liée à « la multitude de tortues de terre et de mer… dont le rivage était littéralement couvert. » (Idem). Ces « tortues énormes» étaient «aussi grosses que des pourceaux » (3) et couvraient le rivage.

« Si nous faisons dériver, avec Pitot, le mot “Moluques” de Moluce, tortue, la présence de ces animaux dans les parages de la baie du nord-ouest nous fournit tout de suite l’origine de cette appellation quelque peu bizarre de Rade des Moluques. Le fait que la baie de la Grande Rivière Nord-Ouest est également désignée sur la carte de l’île Mauritius, qui accompagne l’ouvrage de François Valentyn sous le nom de d’Molukse Reede, rapproché du passage en question, rend cette explication parfaitement acceptable. » (2)
B. Burrun

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Sondage du Port Nord-Ouest

Vers 1689, une flotte anglaise comprenant cinq navires – Rainbow, Coast, Caroline, Massingberd et Laurrel – fit escale au Port Nord-Ouest. Durant cette escale, le capitaine John Kempthorne, probablement un employé de la British East India Company, effectua un sondage du port indiquant « les profondeurs et les points d’orientation à chaque endroit, au moment où nous jetions l’ancre. » (4)
Le plan de Kempthorne (British Library Collection) montre les cinq vaisseaux battant pavillon anglais suivi d’une petite embarcation qui pourrait appartenir à un des vaisseaux. Plus près de la côte un voilier hollandais à l’ancre et le drapeau du VOC (rouge, bleu, blanc) flottant sur terre, près de l’actuel Caudan. Sur l’île aux Tonneliers (Cooper’s island), on peut voit les tentes dressées par les marins anglais.
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Bibliographie
1. Guého, Joseph, La Végétation de l’île Maurice, Éditions de l’océan Indien, 1988.
2. Toussaint, Auguste, Port-Louis, deux siècles d’histoire, 1735-1935, La Typographie Moderne,1936.
3. Du Pavillon, Berthe, Petite histoire illustrée de l’île Maurice, Imprimerie Petite Ourse, Vacoas.
4. Burrun, Breejan & le Comte, Christian, Port-Louis, Ile Maurice, 2009.