Paul Bérenger, le dernier orateur de l’opposition, estime que le budget ne relève pas le double défi consistant à soulager au maximum les victimes de l’inflation sans hypothéquer l’avenir économique du pays et des jeunes. Il a de plus noté que bien que Rs 600 millions soient prévues à l’item des élections générales en 2024-2025, le gouvernement s’est donné les moyens pour organiser les élections dès cette année car il peut augmenter les pensions sans passer par le Parlement.
« L’inflation est la taxe la plus anti-ti-dimounn qui soit et la plus injuste », fait-il comprendre en soulignant que le MSM avait annoncé qu’il comptait accorder une pension de vieillesse de Rs 13 500 par mois lors de la campagne de Rs 2019. Le budget de 2022/2023 en a fait provision pour le paiement dès 1er juillet 2023. Il n’en a rien été. Pour ce qui est des prix du diesel et de l’essence, il estime que ce qui est proposé est ridicule.
« Le gouvernement avait les moyens de faire plus pour les pensionnés et consommateurs d’essence et salariés en général et aurait dû baisser les prix du diesel », dit-il en faisant ressortir que la réforme fiscale proposée favorise « les gros et les très gros contribuables ».
Au titre de la dépréciation de la roupie et de l’inflation, le leader du MMM trouve que le ministre des Finances, Renganaden Padayachy, a pris la précaution d’éviter de dire quel sera le taux d’inflation cette année, préférant utiliser un GDP Deflator de 9% pour 2023 et 2024, équivalent à un taux d’inflation de 9%.
« En même temps, le budget pour l’année financière de 2023-2024 prévoit que le gouvernement récoltera Rs 12 milliards de plus que l’année dernière à travers la seule TVA », rajoute-t-il.
En ce qui concerne l’avenir économique du pays et de la jeunesse, Paul Bérenger estime que le gouvernement aurait dû s’attaquer aux problèmes fondamentaux, soit l’inflation, le déficit de la balance commerciale et le déficit budgétaire sans compter celui de la balance des paiements. « Le gouvernement ne dit pas la vérité à la population et se cache derrière ce qui a été décrit avec raison comme une illusion monétaire, la dépréciation et l’inflation », dénonce-t-il.
« Dans le cas du déficit commercial et du compte courant de la balance des paiements, la vérité est cachée par la dépréciation de la roupie depuis 2019 et la vérité est que nous continuons à évoluer vers une grave crise financière alors que la pénurie de devise est déjà là . La dépréciation de la roupie cache le fait que notre dette publique reste beaucoup trop élevée », a-t-il poursuivi
Au titre du déficit budgétaire, le chiffre présenté par le gouvernement ne veut rien dire, vu que ni les Special Funds, ni les prêts du gouvernement à la CWA et WWA, ni les investissements dans le métro ou encore rôle de la Banque de Maurice et de la Mauritius Investment Corporation n’en font partie.  Il prévoit que la Contribution Sociale Généralisée (CSG) cessera dès 2023-24 de générer de surplus après le paiement de l’Income Allowance et de la Child Allowance. «
Abordant le dossier de production de l’électricité, Paul Bérenger appréhende le risque du pays de finir comme l’Afrique du Sud. « Ce qui nous guette ce n’est pas un Black-Out généralisé mais des Rolling Black-Outs, des coupures d’électricité région par région avec un impact catastrophique sur l’économie en général », avance-t-il en évoquant l’épisode de Terragen et le projet du chaland équipé du LNG de 80 à 100 mégawatts. Cet appel d’offres a été annulé en catimini et en catastrophe.
Paul Bérenger a mis en garde contre la menace, pesant sur l’industrie de la transformation du thon, avec pour enjeu quelque 5 000 à 6 000 emplois et des exportations représentant 20% sur le plan national. Dénonçant la surpêche dans l’océan Indien, il s’inquiète du « risque de voir le thon en quantité industrielle disparaître dans l’océan Indien ». Il déplore que desbateaux européens en particulier utilisent des méthodes de pêche désastreuses pour le thon avec des effets néfastes sur l’environnement.
Il recommande que Maurice agisse de concert avec les Seychelles et les Maldives avant tout, mais aussi avec l’Inde, l’Indonésie, l’Afrique du Sud et l’Australie ainsi que l’Union européenne pour empêcher la catastrophe.
Le ministre des Finances dit avoir présenté l’avant dernier budget avant les élections, mais prévoit Rs 600 millions à l’item des dépenses électorales en 2024-2025 et non pas en 2023-2024. « Mais une annexe du budget annonce un amendement dans la loi, permettant au gouvernement de porter la pension à Rs 13 500 ou plus sans avoir à revenir devant le Parlement. Il est possible que les élections aient lieu cette année », avance-t-il.
Tout au long de son intervention, le leader du MMM a tenu à éviter de prononcer la traditionnelle allocution parlementaire Mr Speaker, Sir pour l’expression Honourable Members. Cette démarche visait à ignorer le Speaker et cela n’a pas échappé à Ivan Collendavelloo, qui s’en est rit vertement à l’encontre de Paul Bérenger pour cette absence de respect envers la Chair.

