AVINASH RAMESSUR

Préambule

Il parait que certains de nos dirigeants sont auréolés d’une lumière divine qui fait d’eux des surhommes/surfemmes capables de surmonter toutes les épreuves et de répandre leur bienveillance sur le peuple, ces ‘mécréants’, qu’ils surplombent. Cependant, la lumière, cours de physique oblige, a des propriétés propres à elle, notamment celle de la réflexion, ce qui fait qu’elle finit par aveugler son émetteur en se réfléchissant sur ceux qui l’entourent d’un peu trop près et donnant ainsi un certain manque de perspective dans la prise de décision. Un manque de lumière est synonyme de manque de vie car imaginons un instant ce qui se passerait si le soleil, cet astre irradiant et donneur de vie sur terre, se vautrait dans son propre vomi. Mais on le constate, les enfants miracles qui nous gouvernent de nos jours finissent par se prélasser dans leurs propres lumières avec des conséquences nuisibles pour le reste des sujets restés dans la noirceur de la nuit.

Rappel : le 1er article écrit le 27 mars 2020 (https://www.lemauricien.com/le-mauricien/covid-19-penser-le-temps-long-pour-maurice/339884/) a bien vécu et certaines des mesures préconisées ont heureusement vu le jour après le déni initial des autorités.

Les vaccins et l’ouverture des frontières

Phrase entendue du comique désinvolte qui ergote : les frontières seront ouvertes au mois d’août. Il faudra nous expliquer comment.

1. L’approvisionnement adéquat en vaccins n’est pas garanti.

2. Les vaccins actuels ont tous un taux d’efficacité réduit face aux variants et nous avons un facteur de risque élevé face au variant sud-africain par notre proximité.

3. Selon huffingtonpost.fr, les taux d’efficacité réelle des vaccins utilisés (ou qui seront utilisés) restent à établir. Au Chili, sur la base d’une étude qui serait indépendante, le vaccin Sinovac (même technique que le Covaxin) a une efficacité de seulement 27.7% après la 1re dose et de 54.4% après la deuxième dose… Ceci impliquerait dans ce contexte que >45% des gens vaccinés ne seront pas immunisés.

4. Aucun vaccin n’est disponible pour les moins de 18 ans, impliquant que le virus continuera à circuler dans les populations plus jeunes tout en se donnant la possibilité de muter pour ensuite attaquer de nouveau les plus âgés. Cela se démontre actuellement dans les pays en avance sur les programmes de vaccination où les enfants et les milieux scolaires deviennent des viviers de contamination.

5. La réouverture des activités commerciales aux Emirats-Arabes-Unis après une campagne de vaccination massive a conduit à une résurgence de contaminés (>2000 cas journaliers, 88.6% de vaccinés). A contrario, Israël, autre pays qui a vacciné massivement, profite des bienfaits associés grâce à des frontières maintenues fermées.

Il faudrait donc qu’on nous explique comment ouvrir les frontières dans ce contexte à Maurice. Cela ressemble fort à une énième hérésie d’une personne qui navigue à vue depuis le début en 2020. Un test psychiatrique ne s’impose-t-il pas ?

La boucherie sanitaire

Sauf erreur, le risque qu’une personne positive à la COVID-19 et encore asymptomatique contamine d’autres personnes est très fortement réduit si celle-ci porte correctement un masque de bonne qualité et a les mains propres. Le risque est réduit encore si les personnes saines portent aussi le masque correctement. Il faudra alors expliquer à la population comment le personnel hospitalier a pu se contaminer dans de telles proportions et aussi contaminer les malades des hôpitaux avec des décès qui n’auraient pas dû avoir lieu.

Il ne faut pas chercher midi à quatorze heures. Il s’agit d’une énième conséquence de laxisme vis-à-vis des règles, engendré lui-même par le mal le plus profond de ce pays : une médiocrité systémique du plus haut jusqu’au plus bas et dans laquelle se complait une grande proportion de la population.

• Comment se fait-il, comble de l’ironie, que le personnel médical ne soit pas à cheval sur les gestes barrières et les mesures de protection sanitaire ?

• Comment se fait-il que depuis plus d’un an que la pandémie dure, le personnel médical ne soit pas entrainé dans une discipline quasi-militaire dans l’application et le respect des gestes barrières alors qu’il était évident qu’il représente un facteur de risque élevé du fait de sa position de pont entre d’éventuels contaminés et le reste de la population ?

Le problème qui se pose pour moi est de trouver des mots nuancés pour qualifier ces comportements qui mettent à mal tout un pays. J’avoue que j’ai beau chercher mais en vain. Il s’agit en tout et pour tout du sommet de la crétinerie de s’être gargarisé de COVID-SAFE tout en se prélassant dans un laxisme aussi mortel que le virus lui-même et ce n’est que la conséquence d’abrutis au sommet.

Dans un tel contexte, comment redonner confiance à sa population qu’on ne va pas dans un hôpital pour mieux en mourir ?

La communication de gallinacés déplumés

Le syndrome du parieur débutant est connu, celui-ci a toujours la chance de gagner au départ. L’erreur est de trop croire en ses capacités et de se comporter en matamore avec pour conséquence de se retrouver déplumé plus loin. Cela nous rappelle-t-il quelque chose ? Toutes les approximations, les inconsistances et les affolements de cancres, le manque d’anticipation et de préparation ont été oubliés, et le « touni » d’hier s’est replumé tout seul pour faire le fier pendant une année. COVID-SAFE nous a matraqués !

Et voilà que cela recommence. Maintenant qu’ils sont redéplumés, les mêmes approximations ressortent de façon flagrante avec une communication hasardeuse et sans constance. Mais qu’avons-nous appris depuis un an ? Qu’est-ce qui a été mis en place en dehors des fanfaronnades pour s’assurer qu’une telle calamité ne se reproduise plus ?

On ne s’attend pas quand on achète une Mini que celle-ci aura une performance de Ferrari. De même, il ne faut pas s’attendre à ce que des cancres scolaires aient des performances de petits génies quand on leur confie des postes de responsabilité. Ce serait trop leur demander.

De même, on ne s’attend pas à ce que le poste de responsabilité suprême soit occupé par le plus brillant d’entre nous. Ce n’est pas son rôle même si un minimum de vision stratégique serait bien. Mais on s’attend à ce qu’il s’entoure de gens empreints de valeurs autres que leurs intérêts propres, capables de réfléchir plus loin que le bout de leur nez, même si celui-ci serait aussi long que celui de Pinocchio.

La crise économique qui se profile

Une économie saine dépend d’une population saine. Avant même d’évoquer la partie économique, il faut déjà mettre de l’ordre dans la pagaille de 2021 qui semble de plus en plus être orchestrée car il est invraisemblable qu’une telle légèreté de comportements ait été autorisée depuis le 5 mars 2021. En jouant avec le feu, le virus se propage toujours et on n’entr’aperçoit pas la fin. Que se passera-t-il à la reprise scolaire et jusqu’à quand ce nouveau confinement ?

Il faut apprendre à vivre avec le virus, nous dit-on ! Nous en sommes-nous donné les moyens ? Les hôpitaux sont-ils prêts à un afflux massif de patients contaminés ? Avons-nous les moyens technologiques et humains d’y faire face ? Avons-nous développé des compétences en réanimation et en traitement médical de pointe au vu de la boucherie sanitaire déjà évoquée (on se souviendra que le pas-franc-du-tout avait parlé d’hydroxychloroquine comme traitement en 2020 et que ce traitement a été désavoué par le monde entier) ? Autant de questions auxquelles il faut répondre par un triste non et il ne s’agit que d’un slogan creux dans la bouche de cancres.

Il est fort probable donc que les frontières devront rester fermées pendant encore longtemps et dans ce contexte, une crise économique n’est pas à écarter. Il convient de s’y préparer en avance en commençant d’abord (comme pour toute tempête à venir) par faire un inventaire de nos ressources disponibles et de nos moyens de recours en cas de pire scénario.

Il nous faut donc savoir, en toute transparence et rapidement :

1. les différents scénarios d’équilibres financiers du pays et leurs impacts potentiels sur le court et moyen termes (et ceux-ci validés par des organisations indépendantes dignes de ce nom) ;

2. pendant combien de temps des secteurs économiques pourraient-ils être maintenus sous perfusion ?

3. de quelles capacités disposent les institutions pour continuer à distribuer des capitaux afin d’éviter des faillites et l’écroulement du secteur privé comme un château de cartes ?

4. comment compte-t-on atténuer sur la durée les impacts causés par l’appauvrissement involontaire de bon nombre de nos concitoyens ?

5. comment maintenir un niveau acceptable des services publics ?

6. les stratégies de relance mises en place (ou à être mises en œuvre), avec quels moyens et ressources, sur quels secteurs et surtout avec quelles stratégies d’exécution pour éviter les énièmes discours creux (notons que cela aurait dû se faire depuis l’année dernière) ;

7. le plan d’atténuation des impacts en cas de scénario possible où le secteur touristique sera morose pendant plusieurs années encore pour des raisons internes et externes au pays ;

Et tout ceci doit être débattu en toute civilité et au plus haut niveau au sein d’une assemblée digne de ce nom au lieu de la transformation hebdomadaire de celle-ci en porcherie par un être en service commandé qui fait reculer notre démocratie de plusieurs crans à lui tout seul. Notons finalement que les théories intellectuelles pompeuses ont certes leurs places dans un amphithéâtre d’université, mais certainement pas au milieu d’une tempête auquel cas cela s’appelle de la niaiserie.