Sheila Bunwaree, Neena Ramdenee, Saffiyah Edoo, Ishan Rye Ramdenee, Gabriella Batour, Anand Gopal, Sunil Dowarkasing, Shy Askoorum, Emilie Chloé Rannoojee, Jean Francois Laurette, Rajen Narsinghen, Vinaye Ancharaz, Faizal Jeeroburkhan, Hyleen Mariaye

Dans leur ouvrage ‘Why Nations Fail’, souvent cité sur le plan international, Acemoglu et Robinson, deux experts reconnus sur le développement, nous indiquent clairement que ce n’est ni la géographie, ni la culture ni la maladie qui déterminent le devenir d’une société. Ce sont, par contre, les institutions et la politique qui demeurent les déterminants clés. Il ne fait aucun doute que l’argumentaire de ces deux grands penseurs a du sens et fait l’objet d’une large acceptation. Cependant, il est important de se rappeler que la politique et les institutions sont faites de femmes et d’hommes. Si ces mêmes citoyens n’ont pas les aptitudes, compétences, l’éthique, voire les valeurs requises pour faire avancer les choses, les risques de se retrouver dans un gouffre sont énormes. Vu la multiplicité de crises qui nous guette et les incertitudes qui empreignent nos vies, il faut peut-être repenser l’argument de Robinson et Acemoglu et se demander : quel sera l’apport du citoyen lambda ? Comment faire pour que la démocratie participative devienne l’essence même de nos institutions et de notre système politique ? Ainsi empêcher l’échec d’une nation !
Le génie mauricien a été souvent à l’œuvre dans le passé et nous a sortis de plusieurs crises. Depuis quelque temps cependant avec tous les défis que posent la crise économique, la pandémie de COVID-19, le désastre écologique découlant du MV Wakashio et le drame humain qui s’ensuit, on note une grande frustration accentuée par l’opacité institutionnelle. Les interrogations des citoyens restent souvent sans réponse. Cette frustration accumulée peut souvent se transformer en différents types de violence qui seraient difficiles à stopper.

Il est incontestable que le monde n’est plus pareil. Les relations géopolitiques et la tendance vers des politiques isolationnistes ainsi que la montée du populisme nous rendent plus vulnérables. Il y a nécessité de nous réinventer et de repenser notre démocratie. Les différentes marches de protestation, les partis politiques avec leurs perspectives différentes et les différents groupes de réflexion émergents ont tous leur besoin d’être. Mais ce qui nous semble encore plus important, c’est de réfléchir à la nécessité d’un changement systémique où chaque Mauricienne/Mauricien, dont ceux de la diaspora, pourra apporter sa contribution. Nous ne voulons plus d’un dialogue de sourds parce que nous sommes convaincus que nos voix doivent être entendues et écoutées. On a suffisamment de ressources humaines, financières et techniques dans notre petite île, pour pouvoir faire face à de nouveaux défis mais il faut que nos institutions fonctionnent de manière transparente, éthique et que le système politique se remette en question, pour travailler de concert avec les citoyens, pour une île Maurice pour inclusive.

Une démocratie participative

La démocratie participative nous semble porter un élément de réponse. C’est une des raisons pour lesquelles nous nous sommes constitués dans un espace élargi en utilisant l’intelligence collective dans le façonnement de cette nouvelle île Maurice. People’s Voices Network (PVN), espace de réflexion et d’action nouvellement créé, n’a pas la prétention d’avoir des solutions à tous les problèmes. Néanmoins, nous sommes convaincus que c’est en écoutant, en partageant des idées novatrices et en trouvant des solutions pragmatiques dans le cadre d’une philosophie inclusive et humaniste que nous pourrons avancer. Les nouvelles voix qui s’expriment par l’entremise de la presse, dans les quartiers, dans la rue, mettant en exergue les multiples souffrances du peuple, ne peuvent être ignorées.
PVN est constitué de personnes de toutes générations et de tous bords ayant la conviction que chaque voix compte et qu’un avenir meilleur ne se fera que dans l’unité et avec des valeurs communes, telles que l’éthique, le respect de l’environnement, la protection des droits de l’enfant, la méritocratie, l’unité nationale, entre autres. PVN fonctionne dans une démarche ‘bottom up/grassroots’, pour sensibiliser, promouvoir la réflexion, le partage et orienter chaque piste de réflexion vers une action citoyenne collective. Dans le temps, nous souhaitons collaborer avec des citoyens, différentes ONG, groupes de réflexion, vers une vision collective pour un héritage durable.

Les Objectifs

Pour avancer de manière pragmatique, PVN a choisi de s’aligner sur les Objectifs de développement durable des Nations unies (Sustainable Development Goals – SDGs). Dans ce cadre PVN a identifié des pistes de travail prioritaires. Nous sommes convaincus que sans transparence et accès à l’information, la démocratie ne pourra progresser. D’ailleurs, l’objectif 16 des SDGs nous en parle ; il est clairement énoncé que l’accès à l’information est un pilier central et coupe au travers des autres SDGs. Si nous voulons donc être en présence d’un changement systémique et de transparence, l’accès à l’information est de mise.
Les autres thématiques prioritaires sont l’environnement et l’écologie, le changement climatique, la protection des enfants, les inégalités et la pauvreté, l’économie, l’éducation et la diversité. Nous ne le dirons pas assez, ce grand élan de solidarité des Mauriciens nous a démontré l’esprit d’entraide et à quel point nous sommes attachés à la nature et surtout à notre mer nourricière, d’où le besoin d’inscrire le droit de la nature dans notre Constitution.
Une Île Maurice qui se dit juste ne peut se permettre de briser l’avenir de ses enfants. Le décès du petit Mateo est devenu symbole d’une grande inégalité. Tous ces enfants de rue et ces milliers d’autres qu’un système élitiste continue à exclure nous obligent à repenser la notion de chances égales.

Le premier débat

Le coup d’envoi de nos activités se fera avec un débat public interactif, multilangues intitulé « The Urgency of a Freedom of Information Act » en collaboration avec la Faculty of Law and Management (Lecture Theatre – New Academic Complex) de l’Université de Maurice, le vendredi 9 octobre à 16h45. Nous souhaitons voir un grand nombre de Mauriciens (munis de leurs masques de protection) prendre part à cet évènement, pour lequel nous avons également prévu un interprète de la langue des signes.