CATHERINE BOUDET

Le prédateur n’a pas de sexe défini. Il peut être homme ou femme. Mais une chose est sûre, il/elle ne s’est jamais présenté.e à vous en vous disant : « Je suis ton prédateur et je vais te détruire. » Bien au contraire, le/la prédateur.trice s’est présenté.e sous son meilleur jour et vous avez cru qu’avec lui/elle la vie serait magnifique. Il faut dire qu’il/elle savait vous la faire voir en rose, la vie, et ne tarissait pas de compliments sur vous. Il/elle vous mettait sur un piédestal… À l’époque, vous ne saviez pas que c’était pour mieux vous en faire tomber après…

Il vous a fallu plus ou moins de temps pour découvrir son vrai visage. Ça a commencé par des petits détails. Tellement insignifiants qu’au début, vous avez eu du mal à y croire. Des critiques désobligeantes, un ton rabaissant… Vous avez commencé à vous sentir coupable de ne pas être à la hauteur… Ensuite, c’est l’escalade et c’est dur d’y croire… Vous ne savez même plus quand le piège s’est refermé sur vous exactement.

Car le/la prédateur.trice sait y faire. Il/elle manie le chaud et le froid… Les disputes provoquées et les réconciliations… Des réconciliations faites pour mieux assurer son emprise sur vous, car le/la prédateur.trice n’a jamais tort. Dans ce petit jeu, pendant que vous vous épuisez à comprendre ce que vous avez bien pu faire pour mériter ça, le/la prédateur.trice, lui/elle, n’a aucune règle, aucun scrupule. Pour lui/elle, tout est bon pour vous réduire à sa merci, faire de vous sa chose, son objet… Sa proie !

C’est peine perdue de chercher à l’amadouer, car le/la prédateur.trice n’a que faire de vos états d’âme. Avec la cruauté des animaux de proie, le/la prédateur.trice se satisfait de vos souffrances, car celles-ci sont la preuve de son emprise sur vous. Cela ne veut pas dire qu’il/elle ne vous aime pas… Bien sûr qu’il/elle vous aime (sinon il/elle ne resterait pas avec vous)… Comme le chat aime la souris, comme le guépard aime la gazelle !

Car, si votre prédateur vous aime (d’un amour carnivore), il/elle ne s’aime pas lui/elle-même. Votre prédateur.trice a besoin de vous comme d’un miroir qui lui renvoie une justification de ses propres faiblesses. Votre prédateur.trice vous maltraite ? Il/elle est persuadé.e que c’est vous qui le/la maltraitez. Il vous vole votre argent, mais il/elle persuadé.e que c’est vous qui le volez. Il/elle vous frappe, mais il/elle est prêt.e à s’infliger des coups pour faire croire que c’est vous qui l’avez frappé.e…

Le/La prédateur.trice se nourrit de tout ce que vous lui donnez : votre amour, votre patience, votre gentillesse, votre tolérance, votre peur (surtout votre peur), votre haine… Tout ce que vous lui donnerez contribuera à le/la rendre gros et gras, un.e prédateur.trice bien repu.e qui en veut toujours plus et qui, à force, quand tout cela ne lui suffira plus, se nourrira de votre chair… La seule chose dont le/la prédateur.trice ne se nourrit pas, c’est votre indifférence. L’indifférence, c’est le pire pour le/la prédateur.trice, car avec ça, il/elle ne peut plus alimenter la spirale infernale dans laquelle enfermer ses victimes.

Et vous, que donnez-vous à manger à votre prédateur ?