« Il est des voix qui ne se tairont jamais parce qu’elles sont subtiles mais fortes. Des voix que l’on écoutera toujours parce qu’elles expriment toute la délicatesse des cœurs fiers, toute la bonté des âmes fortes et le savoir des intelligences éclairées… »  Madeleine Mamet, Le Mauricien, 21 septembre 1976

Au cours d’une classe avec des élèves de la quatrième, nous évoquions les villages du pays Maurice. S’ensuivit un voyage à travers le fin fond de notre île. En écrivant les noms de ces villages sur le tableau dont l’existence d’une grande partie était ignorée par la classe, des élèves écarquillaient leurs yeux lorsque nous leur avons lu un morceau choisi du texte de Pierre Renaud intitulé « Les villages qui naissent, Les villages qui meurent ».

« Que c’est beau! » me disent les enfants. Preuve que Pierre Renaud n’appartient pas au passé mais à l’avenir. « Un jour, Maurice perdit sa voie ferrée. Pour le coup, personne ne disait plus Cluny, Midlands, Rivière-du-Poste, Union Vale. » Pierre Renaud aurait certainement été heureux de constater que grâce au « métro léger », les gens ont recommencé à dire Coromandel, Chebel, et Bell-Village pour ne mentionner que ces lieux-là…

En 2017, lorsque nous avions pris l’avion pour la première fois, nous avions apporté Pour une même bâtardise (1995), un recueil contenant une sélection de ses textes parus dans L’express de 1972 à 1976 publié par Barlen Pyamootoo aux Éditions AlmA. « Tels soirs à Londres, à Paris, sur la Côte d’Azur, un Mauricien pense à son pays et vient à ses narines la senteur du pays. Et toute son île natale revit devant lui », écrivait Chazal dans Advance le 3 octobre 1963. Pourquoi les écrits de Pierre Renaud? Mais afin de sentir le pays : le parfum du fangourin, celui du masala écrasé sur ros-kari, du sel marin et de la terre mauricienne.

Il y a quelques jours à Souillac au détour d’une rue, nous rencontrons un monsieur d’un certain âge qui nous parle de sa chance d’avoir connu plusieurs régions du pays, dont le district de Flacq, grâce à son travail au Sugar Insurance Fund Board (« Biro Siklonn »).

« Rencontrer. Interroger. Tenter de toucher autrui, de comprendre autrui…

Pénétrer des vies humaines, voilà qui ajoute de l’exaltation au métier des journalistes. »

Grâce à sa plume, nous avons rencontré l’île Maurice profonde. Les textes de Pierre Renaud sont intemporels et méritent d’être lus par la jeune génération et celles à venir afin de comprendre le pays Maurice.

Notice Bio

Écrivain, poète et journaliste, Pierre Renaud est né à Beau-Bassin en 1921. Employé d’abord chez Blyth et ensuite comme trésorier à la Municipalité de Curepipe, il se retire tôt du fonctionnariat pour se consacrer au journalisme en tant que rédacteur littéraire à L’express et aussi comme correspondant mauricien de l’Agence France Presse.

Élève d’André Legallant et proche de Marcel Cabon, qui lui fait découvrir le plaisir des lettres, il signe en 1971 avec ce dernier, Beau-Bassin, petite ville. Un an après, il publie Histoire et légendes d’un théâtre, co-écrit avec Gaëtan Raynal. L’unique recueil de ses poèmes, Les Balises de la nuit (Prix des Mascareignes), paraît en 1974. Auteur d’un essai sur l’œuvre de Robert-Edward Hart qui lui valut le premier prix du concours organisé par le Cercle Littéraire de Port-Louis en 1947, ex-æquo avec son ami Pierre-Georges Télescourt, Pierre Renaud a également collaboré à des revues littéraires locales dont L’Essor et Sève de même qu’à diverses revues française et belge. Le Prix Raoul Rivet lui fut décerné pour l’ensemble de ses écrits. Après sa mort survenue à Rose-Hill le 21 septembre 1976, deux recueils de ses écrits sont publiés à titre posthume notamment Pages choisies en 1979 suivi d’une sélection de ses textes parus dans L’express de 1972 à 1976 sous le titre Pour une même bâtardise en 1995.