DR DIPLAL MAROAM

Suite au cessez-le-feu survenu le 21 mai dernier au Proche-Orient après 11 jours d’intenses affrontements, la sempiternelle question qui demeure : Pourquoi Palestiniens et Israéliens n’arrivent-ils toujours pas à résoudre leurs différends en dépit de la volonté exprimée de la communauté internationale et l’ONU pour faire triompher la paix dans cette partie du monde ? En effet, pour le tireur des ficelles que sont les États-Unis, l’enjeu géostratégique de la situation au Proche-Orient est si considérable qu’ils y voient une opportunité réelle pour la consolidation de leur influence politico-économique dans la région en tant que premier fournisseur d’armes et de matériels militaires en échange de pétrole, de bases militaires et de gros contrats lucratifs valant des milliards de dollars.

  L’intérêt supérieur de la politique extérieure américaine repose donc sur sa suprématie au Proche-Orient qui, selon toute vraisemblance, passe d’abord et surtout par le maintien d’Israël en position dominante, doté des capacités nucléaires. Ainsi, durant ces 7 dernières décennies, Washington a démontré que rien ne pourrait l’arrêter dans la mise en pratique de cette politique, ce en vertu d’un « accord tacite » honoré par tous les présidents successifs depuis que le démocrate, Harry S. Truman avait acclamé la déclaration unilatérale de l’indépendance par Israël en 1948. 62 ans plus tard, en 2010, Barack Obama qui avait promis, dans son discours d’investiture, d’apporter la paix au Proche-Orient, avait, paradoxalement, convaincu le Congrès d’approuver une enveloppe de $ 205 millions à Tel-Aviv pour la construction d’un système de défense anti-missiles à courte portée pour le protéger des tirs de roquettes de la bande de Gaza et du Sud-Liban.

Pourtant, le premier président noir des États-Unis, voulant manifestement ménager la chèvre et le chou, ambitionnait, en théorie du moins, d’améliorer les relations de son pays avec le monde arabo-musulman – relations envenimées après les événements du 11 septembre 2001 – et de faire émerger un État palestinien sur la base des lignes d’armistice de 1967. Or, c’était sans compter avec le puissant lobby pro-israélien aux États-Unis, le AIPAC, qui joue un rôle de premier plan dans les campagnes électorales américaines. Ainsi, à pas moins d’une quarantaine de résolutions de l’ONU, condamnant l’État hébreu, la Maison-Blanche a résolument apposé son veto au Conseil de sécurité. Et il va sans dire qu’en restreignant l’assistance militaire, logistique, technique et financière massive envers Tel-Aviv, Washington aurait pu démontrer une volonté concrète vers un assainissement de la situation au Proche-Orient.

Ainsi, les Palestiniens se retrouvent aujourd’hui entre le marteau américain et l’enclume israélienne. Contraints de faire contre mauvaise fortune bon cœur, ils sont constamment menés en bateau lors des négociations bilatérales ou trilatérales sous l’égide de la Maison-Blanche et qui ne sont, semble-t-il, que de la poudre aux yeux pour maintenir le statu quo, situation qui ne profite qu’à l’État hébreu. Car les vrais problèmes qui divisent les deux peuples dont, entre autres, la délimitation des frontières de l’État palestinien, les colonies juives en Cisjordanie, le statut de Jérusalem-est n’ont jamais été vraiment abordés de manière décisive. En outre, en transférant l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem en 2018, Donald Trump n’a fait que donner un grand coup de pied dans la fourmilière. Et Joe Biden, pour sa part, après avoir soufflé sur la braise au début du conflit en affirmant que « Israël a le droit de se défendre », il était contraint finalement de se rallier à la communauté internationale pour un cessez-le-feu immédiat face à l’ampleur des dégâts et au nombre de victimes causés par les frappes israéliennes totalement disproportionnées.

Certes, le Hamas est responsable des tirs de roquettes sur Israël et des représailles de ce dernier. Mais ce parti extrémiste ne représente pas la totalité de la population palestinienne d’environ 2 millions d’habitants vivant dans l’enclave de Gaza. La grande majorité de cette population n’est guère concernée par la politique et ne souhaite que vivre en toute sérénité. Or, la seule voie possible vers la paix demeure la reconnaissance, par les parties concernées, de l’existence pacifique de deux États adjacents, l’un juif, l’autre palestinien. Et pour atteindre cet objectif, l’ONU doit essentiellement sortir des sentiers battus pour enfin assumer les responsabilités qui sont les siennes.