GÉRALDINE HENNEQUIN-JOULIA

Mardi 6 avril a vu plus de 15 mille enfants mauriciens prendre part aux examens du Primary School Achievement Certificate (PSAC) qui sanctionnent la fin du cycle primaire dans le système éducatif local. Covid ou pas, appelé PSAC ou CPE (changer un nom n’a pas changé le fond du problème), ces examens ont toujours été cause de stress pour nos jeunes enfants.

Maurice est aujourd’hui plongée, comme de nombreux pays, dans une crise sanitaire qui nous assomme. Cette situation et les informations qui nous arrivent au compte-goutte, de manière trouble, parfois contradictoires, angoissent de nombreux concitoyens. C’est dans ce contexte, qu’ont démarré ces fameux examens du PSAC. Une décision, évidemment vendue par les autorités comme étant dans l’intérêt des enfants. Après un mois de coupure nette avec l’Ecole, ces élèves, contraints, par cette décision invraisemblable de maintien d’examens, doivent se remettre en selle pour ni plus, ni moins, un concours qui décide de leurs orientations futures !

Outre les conséquences désastreuses d’un autre vecteur de propagation de la Covid-19, que vient mettre en lumière cette décision ?

L’Ecole publique mauricienne, censée être le sanctuaire de l’égalité des chances, a depuis longtemps pris une route s’éloignant de cette mission. Du moins, de réforme en réforme, souvent adoptée sur des considérations politiques, l’Ecole est devenue le buvard des inégalités sociales et des disparités en tous genres. Ces examens posent une lumière crue sur les auréoles de ce buvard. 

À Maurice 32 écoles de « Zones d’éducation prioritaire » (ZEP) accueillent quelques centaines de nos enfants. Ils sont mis à la marge du système éducatif qui privilégie la montée d’une élite. Ces enfants on le sait, sont issus majoritairement de familles défavorisées, à problèmes (qu’on sait tous nommer). Pendant un mois sans école, la plupart n’ont été ni connectés au web, ni à leurs manuels scolaires. Un décrochage, quasi inévitable, attend ces enfants. Quand des écoles en 2019 ont un taux de réussite de seulement 5%, de 16% ou de 18% (sans covid) et que notre République s’en accommode, on comprend que notre système éducatif vit sans rougir de ses propres contradictions. Ce sont ces élèves qui constituent le nombre dans les Extended classes des collèges, ces classes qui stigmatisent sans le dire ceux en situation d’échec académique. Ils sont aujourd’hui encore, ceux que le système envoie à l’abattoir !

Il y a aussi ces centaines d’enfants des écoles non-ZEP qui ont besoin d’un accompagnement quotidien du professeur pour garder leur niveau au-dessus de la ligne de flottaison. Coupés des apprentissages depuis des semaines, que pourront-ils devant les ‘Test Papers’ qui les attendent ? Ils pourraient aller grossir les rangs au sein des fameuses Extended Classes. Ils pourraient, comme leurs camarades venant de ZEP, se voir coller l’étiquette de l’échec ! À 11 ans, voilà le miroir qu’offre notre République aux enfants des 272 écoles de ce pays. Pour flatter l’ego d’une « élite », l’Ecole force le trait des inégalités !

Pourtant, de nombreuses voix du corps enseignant ont fait entendre leur désapprobation ! De nombreuses voix ont dénoncé la mauvaise gestion de cette organisation allant même jusqu’à souligner qu’à 17h, à la veille de ces examens, certains clerks, n’avaient toujours pas reçu leurs Work Access Permits (WAP) leur permettant de circuler. Ils n’avaient toujours pas été sollicités pour le briefing usuel avant le coup d’envoi de ces épreuves. D’autres s’inquiètent de qui gérera la foule des parents devant les centres d’examens…

Notre Ecole publique des inégalités se porte bien ! Le fossé qu’elle creuse entre ceux qui réussissent et ceux qui n’arrivent pas à suivre, a un nouvel allié : la crise sanitaire !