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Quand l’hydro… gêne !

La dernière COP, qui vient de se terminer à Glasgow, aura été très particulière, en ce sens où rarement les accords et les désaccords se seront succédé à un tel rythme, notamment en ce qui concerne l’épineuse question de l’élimination du charbon. Avec, au final, un constat d’échec qui fait frémir, tant la conférence concentrait d’enjeux cruciaux avant son ouverture pour finir par autant de promesses non tenues. Autant dire que nous sommes de plus en plus mal barrés et que les chances de pouvoir contenir le réchauffement climatique apparaissent extrêmement minimes. Ce qui n’empêche (encore heureux, dirons-nous) la recherche de progresser dans la course à la décarbonation de nos sociétés.

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Encore faut-il ne pas oublier qu’en matière de recherche, rien n’est statique, et qu’une solution mise en évidence hier n’est pas forcément tenable aujourd’hui. Sans compter qu’elle peut cacher des travers que l’on ne perçoit pas forcément d’un prime abord. Cela pourrait être par exemple le cas de l’hydrogène vert. Pourquoi ce gaz particulièrement ? Eh bien, d’abord, parce que l’hydrogène offre un capital énergétique extrêmement important, faisant de lui le Graal en la matière. Au point que nombre d’entreprises et de conglomérats lui ont dédié tout un pan de leurs investissements, que ce soit dans les domaines du transport, de l’industrie ou du stockage d’électricité, pour ne citer que ces items.

En outre, s’il est produit avec des énergies renouvelables, alors l’hydrogène vert se révèle totalement écolo. Raison pour laquelle, d’ailleurs, la Commission européenne a présenté un « plan hydrogène », qui vise la production de 40 GW d’hydrogène vert d’ici 2050, le tout avec un investissement de plusieurs dizaines de milliards d’euros déjà sur la table. Pour autant, l’hydrogène vert est-il réellement écolo ? En fait, oui et non. Et c’est là que notre exemple prend tout son sens. Il faut en effet savoir que l’hydrogène est lui aussi un gaz à effet de serre. Qui plus est, s’il a une courte durée de vie dans l’atmosphère « une fois libéré », il se révèle en revanche 200 fois plus puissant que le dioxyde de carbone.

Dans ce cas, direz-vous, il suffit de ne pas le libérer. Et c’est là une évidence ; l’hydrogène en tant que source énergétique se doit d’ailleurs d’être contenu. En réalité, le problème, ici, ce sont les fuites. Or, celles-ci existent. De fait, si nous nous lançons dans une production massive d’hydrogène vert pour alimenter notre machine industrielle, nous pourrions, au final, obtenir l’exact contraire de l’effet recherché. « Ces fuites pourraient considérablement réduire l’avantage climatique de l’abandon des combustibles fossiles si elles ne sont pas réduites au minimum », expliquait récemment à ce propos Steven Hamburg, scientifique en chef de l’Ong Environmental Defense Fund et un des principaux auteurs du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat.

Or, il faut savoir que, selon un rapport émanant de la Commission européenne, lors de la production, du transport et du stockage, pas moins de 10% d’hydrogène pourrait fuiter. Avec, pour résultat, de multiplier les émissions actuelles par… cinq. Certes, l’on se veut rassurant dans certains milieux, clamant haut et fort que ces pertes seront quasi totalement contenues, mais la question demeure : doit-on prendre le risque au regard des conséquences que des « accidents » pourraient avoir ?

Bien sûr, cela ne signifie aucunement qu’il faille abandonner cette voie, mais cet exemple met en exergue un dangereux paradoxe. D’un côté, nous devons explorer toutes les avenues possibles en vue de réduire nos émissions, tout en les mettant en chantier sans attendre, et, de l’autre, nous devons prendre le temps (que nous n’avons donc plus) de réfléchir aux implications de ces mêmes solutions. En d’autres termes, il s’agit de ne pas mettre tous nos œufs dans le même panier, tout en espérant qu’un maximum d’entre eux puissent être sauvés afin d’éviter de nous-même finir en omelette.

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