Développement économique, développement territorial, développement technologique, développement durable… Autant de déclinaisons d’un seul et unique mot, « développement », dont nous peinons souvent à comprendre le sens profond. Ce qui est préjudiciable, en l’état, tant il nous est servi à toutes les sauces tout au long de notre vie. Et pourtant, en comprendre les tenants et aboutissants est d’autant plus une question vitale que nous sommes à un carrefour de l’histoire humaine, celui qui décidera de la direction que nous emprunterons : celle du développement tous azimuts, avec son lot de conséquences, tout aussi dramatiques qu’incalculables, ou celle du développement écoresponsable.
Reste à savoir donc sur quel chemin nous nous engageons. Cette question est primordiale, car si la Covid a ralenti la croissance, l’on nous promet de faire repartir celle-ci au quart de tour dès que nous nous serons débarrassés de ce satané virus, ou tout au moins dès lors que nous aurons appris à vivre avec. Or, cette même croissance nous promet des jours obscurs. Non seulement en raison du réchauffement climatique, que l’on sait inévitable, mais aussi du fait de l’épuisement de nos ressources, celles-là même qui alimente le système qui nourrit la croissance. Autant dire que face à ces perspectives, peu réjouissantes s’il en est, il convient de repenser totalement notre vision du développement pour le recentrer sur l’humain, et ce, en retissant les liens qui nous unissent au reste du vivant. Et il va sans dire que ce n’est certainement pas en déboisant pour ériger une ligne de métro, par exemple, que l’on prend la bonne direction.
Il en est de même pour l’autosuffisance, mot dont se gargarisent nos élus à chaque fois que se profile une journée mondiale liée de près ou de loin à la question du bien-être humain, qu’elle soit environnementale, alimentaire ou agricole. Une question qui, on le voit, ne reste d’ailleurs pas longtemps sur la table, tant nos ambitions sont à la hauteur des esprits qui les animent, autrement dit d’une pauvreté absolue. Pourtant, s’il est bien une question vitale au vu des projections les plus réalistes et factuelles en la matière, c’est bien celle de l’autosuffisance, alimentaire et énergétique principalement. La dernière fois que l’on en avait entendu parler chez nous, c’était lors du premier confinement, l’an dernier, pendant que nombre de nos compatriotes redécouvraient leur jardin. Et depuis… plus rien. Le néant total.
Les alertes pleuvent pourtant. Elles viennent d’experts, de scientifiques, d’écologistes, de travailleurs sociaux… Et même de l’instance internationale suprême : l’Onu. Au début du mois, les Nations unies avaient en effet lancé un appel mondial, et qu’il serait bon pour nos décideurs d’entendre. Leur objectif : prévenir, stopper et inverser la dégradation des écosystèmes dans le monde entier. Il faut en effet savoir que l’homme a dégradé pas moins de 100 milliards d’hectares terrestres, soit l’équivalent de la Chine. Or, comme le rappelle l’Onu : « L’humanité n’est pas en dehors de la nature, elle en fait partie. Nous devons recréer une relation équilibrée avec les écosystèmes qui nous permettent de vivre. »
La bonne nouvelle, c’est que nous pouvons encore inverser la vapeur. Non seulement des solutions existent, mais elles sont efficaces. Comme l’agriculture régénératrice, qui permet de régénérer les sols, dégradés par l’agriculture intensive et son épandage de produits agrochimiques. Mais encore faudrait-il pour cela disposer de terres en suffisance, et évidemment arrêter de transformer le peu qu’il nous en reste en amas de tôle, de verre et d’acier. Ce développement-là, nous n’en voulons plus ! Sinon, au rythme où vont les choses, que nous restera-t-il en termes d’espaces verts et de zones cultivables d’ici 15, 20, 30 ans ?
Au risque de nous répéter, il est temps de réagir. Le réchauffement climatique, la fin programmée du pétrole et les autres crises, entre autres sanitaires – autrement dit ce que certains ont regroupé sous le terme « effondrement » – sont au pas de la porte. À nous désormais de choisir si l’on laisse ou non entrer le loup dans la bergerie ! Même si, en réalité, il s’y trouve depuis longtemps déjà.