Certes, le monde vit parmi les heures les plus sombres de sa récente histoire. La flambée de la pandémie, qui a déjà consumé tant de vies, mais aussi généré un marasme économique sans précédent, aura plongé l’humanité dans une crise à laquelle elle ne s’attendait pas. Sans savoir par-dessus le marché quand tout cela prendra fin, seul un vaccin semblant pouvoir pour l’heure nous sortir de ce qui ressemblerait furieusement sinon à une impasse. Dans le même temps, le réchauffement climatique, bien que devenu moins prioritaire devant l’urgence sanitaire du moment, s’accélère, avec chaque semaine des nouvelles plus alarmantes les unes que les autres, à l’instar de l’intensification de la fonte des glaces de la banquise ou de la recrudescence des feux de forêt. Sans compter bien entendu notre biodiversité, chaque jour qui passe, un peu plus en péril.
Autant de fléaux qui auraient pourtant pu être évités, et qui d’ailleurs pourraient encore l’être. Encore faudrait-il que nous puissions prendre enfin conscience de leur dénominateur commun, du moins à l’échelle des États comme des entreprises. Ce dénominateur, nous l’avons déjà répété à maintes occasions, c’est la croissance. Cette même croissance qui, dans le sillage du virus, apparu il y a maintenant un peu plus d’un an, aura perdu de sa superbe, avec pour résultat de nous voir nous débattre comme jamais pour renouer au plus vite avec elle.
Le problème vient en effet de notre économie de marché. Et ce, pour une raison évidente : en pillant nos ressources de manière accrue, afin de répondre à une demande et une démographie grandissantes, nous privons Dame Nature de ce qu’elle nous prodigue pourtant tout aussi gracieusement que gratuitement. En contrepartie, que nous lui offrons-nous ? Des émissions de gaz asphyxiants, du béton à la place de ses forêts, une éradication du vivant, des trous dans la couche d’ozone et d’autres, plus béants, dans ses entrailles, d’où nous puisons notre énergie… Bref, l’hégémonie d’une race toute-puissante : l’homme ! Et notoirement de virus, que nous nous serons évidemment empressés de propager.
Conscients du problème, mais plus encore de sa médiatisation planétaire, les États, dans leur majeure partie, auront bien sûr fait en sorte de proposer des alternatives vertes, des mesures prétendument écolos, des « visions » environnementales sur le moyen terme… Histoire évidemment de se donner bonne conscience, mais surtout d’éviter d’être en déphasage avec ces « révélations » (car en réalité vieilles de plusieurs décennies) scientifiques. Il en est aussi de même pour les entreprises et conglomérats qui, dans leurs plans, se voient désormais « obligés » d’inclure des actions propices à lutter contre la pollution et le réchauffement. Sans hypothéquer le moins du monde le moteur de leur croissance, bien entendu. Faut pas déconner non plus !
Cette réalité est d’ailleurs aussi vérifiable à l’échelle de notre pays, où nombre de compagnies, depuis quelques années déjà, mettent régulièrement la main à la poche en mettant en place des mesures écologiques (nettoyages de plages, dons à des ONG, injections de capitaux dans des mesures ciblées, etc.). Récemment encore, les près de 60 intervenants de la 4e rencontre du Club des entrepreneurs et de la transition énergétique ont d’ailleurs affiché leur intention de rejoindre le pacte environnemental et social de Business Mauritius, baptisé “SigneNatir”. Objectif affiché : s’engager dans la transition énergétique afin de passer d’un modèle carboné à un modèle bas carbone et ce, tout en renforçant la résilience socio-économique du pays.
Si l’on ne peut évidemment que saluer toutes initiatives environnementales, quelles qu’elles soient – et qui plus est lorsqu’elles émanent d’une entité d’affaires –, l’on se doit dans le même temps de noter cette contradiction idéologique qui les soutient. Dans nos sociétés libérales, le monde entrepreneurial n’est en effet motivé que par le seul profit, lequel n’est possible que si la machine industrielle tourne à plein régime. Ce qui va de facto à l’encontre de toute proposition verte, aussi louable soit-elle. En langage judiciaire, l’on dirait qu’il y a là conflit d’intérêts ! Plus qu’à l’échelle des États encore, les entreprises se doivent de redorer leur image, de la rendre plus sociale, plus « eco-friendly ». Ce qui, ne nous leurrons pas, ne fait pas d’elles des modèles. Loin de là !

Michel Jourdan