DR GEETANEE NAPAL

Associate Professor

Faculté de Droit et de Gestion

Université de Maurice

Le monde des affaires est confronté à une crise économique encore plus pénible que celle émanant de la crise financière de 2008. Les conditions actuelles demandent à tout revoir, entre autres renforcer le rôle des institutions, se débarrasser des fléaux nuisibles et dangereux car il est maintenant une question de survie.

Les facteurs économiques courants indiquent l’importance d’avoir des gens intègres et compétents à la tête des institutions de l’État. Les dirigeants de tels établissements doivent être détachés de la politique, mais qu’en est-il dans la pratique? Un fait est certain—la classe politique ne peut se permettre d’ignorer le danger auquel font face les pays vulnérables à la corruption. Les campagnes anti-corruption n’ont pas toujours été des modèles de réussite. Diverses initiatives visant à éradiquer/combattre la corruption se sont révélées inadéquates au fil du temps. Même les stratégies médiatisées comme les mieux formulées ont échoué à de différents moments. Il suffit qu’une personne fasse un écart en termes de mauvais usage de pouvoir, de tentative de négociation invitant ou encourageant des pots-de-vin et/ou des dessous-de-table et le scandale éclate, les administrations perdent leur crédibilité. Le temps a malheureusement prouvé qu’il y aura toujours quelqu’un qui choisirait de transgresser les règles, se considérant au-dessus des lois. Le contrevenant s’efforce à se convaincre que personne ne découvrira son forfait ou encore personne ne l’exposera. Cela n’excuse pas la malhonnêteté, le manque d’éthique, le mensonge par omission ou le mensonge tout court. Un porteur de virus contamine un éminent pneumologue qui a consacré sa vie à servir la communauté de manière honnête et professionnelle – est-ce là un comportement d’adulte responsable? Indépendamment des choix que nous faisons, nous avons tôt ou tard à faire face à notre conscience.

Manipulation

Les activistes militent pour un monde meilleur allant jusqu’à questionner la constitutionnalité des lois alors que le citoyen passif accepte la corruption comme un mode de vie, accordant un privilège de pouvoir à la classe politique. La corruption est souvent le résultat d’un abus de pouvoir que ce soit un pouvoir légitime, de nature monopole ou autoproclamé et mal acquis. Il y a toujours le risque que l’officier en charge s’implique dans des actes douteux, agissant de connivence avec les malfaiteurs, leur soutirant de l’argent. C’est un fait que les projets tels que les contrats d’infrastructure constituent une poche de corruption comportant d’énormes commissions. Il en va de même pour les travaux publics qui entraînent souvent une surfacturation suite à des échanges frauduleux entre les parties concernées. Les éventualités potentielles dans ces transactions—les soumissionnaires se consultent et d’un commun accord s’engagent à manipuler la concurrence et les prix en leur faveur. Tout acte de ce genre offre la possibilité de limiter des informations privilégiées à certains candidats leur offrant ainsi un avantage, privant d’autres de leur droit légitime d’accéder à ces mêmes informations. Il arrive que certains choisissent délibérément de truquer les offres pour s’assurer à ce qu’un des leurs obtienne le contrat. Ce genre de pratique donne recours à des scandales entraînant la consternation du public. Les dirigeants se disent outrés, car les procédures ont été suivies à la lettre, les appels d’offres ont été lancés et les transactions ont été effectuées dans la transparence. Les hommes politiques exigent des commissions d’enquête et les enquêtes suivent leur cours, prenant le temps qu’il faut.

Maurice se retrouve face à une crise économique sans précédent. Contrairement à certains de ses partenaires dans la région, le pays ne possède pas de ressources naturelles. Ses ressources humaines représentent son atout principal. Les théoriciens recommandent une approche démocratique : faire confiance aux gens et en retour gagner leur confiance; investir dans le développement continu du personnel afin de créer un sentiment de loyauté, que ces derniers fassent carrière dans l’entreprise. Mais que se passe-t-il quand face à une réalité qui démantèle cet ensemble de doctrines et de concepts, on doit assurer une continuité d’une manière ou d’une autre afin de garantir une survie? Comment gérer tous ces défis, compte tenu des difficultés liées au système actuel? Les éléments majeurs qui posent problème incluent les attitudes, les attentes d’un personnel intransigeant pas du tout prêt à faire des concessions face à une situation de crise irréversible. Nous avons aussi l’aspect culturel à prendre en considération, c’est-à-dire les failles du système quasi-impossible à surmonter, dont l’usage démesuré du pouvoir dans certains cas—le citoyen qui se laisse tenter par les opportunités comme donner priorité à sa sécurité financière, compromettant son sens du devoir et l’éthique ce faisant. Il y a malheureusement un facteur tentation à tous les niveaux et le corrompu trouvera toujours le moyen de recourir à des actes illicites qui lui procureraient de l’argent facile. Ceci dit, il y a des officiers responsables qui refuseraient de risquer leur intégrité et compromettre leur carrière pour si peu. Mais que faudrait-il pour convaincre l’individu en quête d’un mode de vie facile à remettre en question sa manière de voir les choses, son sens des valeurs?

Crédibilité

La crise actuelle offre deux possibilités—poursuivre la culture individualiste où chacun met ses intérêts personnels au premier plan écartant le sens du devoir et l’éthique, essayant de tirer profit de chaque situation, ou investir dans l’effort collectif pour rétablir cette notion d’intégrité qui devrait être la priorité de tous. Notre économie court le risque de se retrouver davantage marginalisée sur le marché international—nul n’en est épargné à long terme et encore moins en ces temps difficiles. Tout système démocratique exige un comportement exemplaire de la part de ceux qui dirigent car leur crédibilité en dépend. Ceux qui occupent des postes de responsabilité doivent faire preuve de discipline, de compétence et d’efficacité car ils ont tous des comptes à rendre à leur public respectif. Il est important que les détenteurs de ces postes privilégiés commanditent le respect et la confiance, qu’ils donnent le bon exemple et inspirent leur personnel. Ceci s’avère encore plus important en cette période de crise à long terme où le respect des lois et de l’éthique est une condition cruciale pour la sécurité et la survie de tout un chacun. Les tristes réalités associées à la pandémie COVID-19 nous démontrent la fragilité de la vie. Comment se protéger et améliorer notre environnement? Nous n’avons pas de pouvoir absolu mais nous avons le choix d’agir de bonne foi par respect pour la communauté dans laquelle nous évoluons.