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Quelle ville pour demain ?

GÉRALDINE HENNEQUIN

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Jusqu’au 12 novembre, à Glasgow, les dirigeants des gouvernements à travers le monde se réunissent pour parler de l’urgence climatique. Le Premier ministre mauricien fait aussi partie de cette cohorte sans que nous sachions, nous humbles citoyens, ce qu’il y consentira en termes de développement durable. Idéal Démocrate demande que nos dirigeants s’engagent à repenser nos villes. C’est une urgence absolue pour un si petit pays comme le nôtre.

Pour chaque citadin, c’est aussi amorcer un nouveau choix de société !

Il est toujours utile de commencer toute réflexion par un constat. Un principe de base auquel s’attache tout naturellement chaque citadin que nous rencontrons pour leur parler de notre projet politique pour Curepipe. Ce qui est valable pour Curepipe l’est tout aussi malheureusement pour nos autres villes, Vacoas-Phoenix, Beau-Bassin/Rose-Hill, Quatre-Bornes et Port-Louis. Prenons l’exemple de Curepipe : elle est sclérosée par la circulation avec des routes qui ne correspondent plus à la densité des véhicules qui s’y déversent matin et soir ; elle porte comme des cicatrices béantes d’une administration incompétente les routes non entretenues, cauchemar des automobilistes et des motocyclistes ;  elle est défigurée par les immeubles en tous genres qui y ont poussé ces dernières années et trop souvent pas entretenus, polluant l’espace visuel ; elle est rendue laide par les gares insalubres, refuges des bus crachant leurs fumées nocives sans complexe mais aussi espaces ou règne l’insécurité à la nuit tombée ; elle a un marché couvert vétuste où les normes sanitaires sont à revoir et un espace « foire » au ‘forum’ de Curepipe indigne d’une ville du 21e siècle ; elle abrite sur le seul bassin de rétention d’eau de la ville un bâtiment difforme défiant toutes les règles de l’esthétique et complètement inutile, à ce jour, à la ville ; elle souffre affreusement d’un manque d’espace parking ; elle a un stade mythique dont les portes restent closes pour des raisons que seules les autorités ayant perdu tout bon sens s’arrogent ; elle a d’autres infrastructures sportives dont l’accessibilité aux Curepipiens est des plus compliquée ou est non-fonctionnelle ; elle a de multiples cours d’eau et rivières dont l’entretien et l’aménagement des berges sont un concept lointain pour ceux siégeant à la mairie ; ses centres sociaux dans les quartiers qui ont le look d’une boite d’allumettes n’ont que peu évolué depuis les années 80 ; enfin, ma question est de savoir quels services la municipalité met à disposition des citoyens pour qu’ils se réapproprient leur ville, la trouve agréable, fonctionnelle, économiquement viable !

Nous connaissons tous la réponse. Tous ces élus, une fois au service de la majorité, l’autre fois sur les bancs de l’opposition n’en ont cure. Ils sont incapables de voir la ville dans sa globalité. Sont-ils des béni-oui-oui d’un pouvoir central qui tient les cordes de la bourse et qui n’a plus d’idées pour nos villes ? Nos villes subiraient-elles une forme de discrimination ou s’agit-il seulement d’un désintérêt qui n’a d’égal que la médiocrité de certains décideurs du jour ! Comment donc leur demander de repenser la Ville ?

Ils seraient bien inspirés sans doute de lire « Droit de cité » de Carlos Moreno publié aux éditions l’Observatoire en novembre 2020. Ce spécialiste de l’innovation urbaine et professeur à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne rappelle les six fonctions sociales essentielles de l’espace urbain pour assurer à chacun le bonheur d’y vivre. Les villes doivent assurer une haute qualité de service permettant au citadin de cohabiter, de travailler, de s’approvisionner, de se soigner, de s’éduquer et de s’épanouir. Que les élus de la mairie fassent un bilan de leurs actions sur chacun de ses points et le présentent aux citadins. Donnez-nous votre plan de développement pour la ville ? Attention, développement aujourd’hui veut dire développement durable. Il n’est pas nécessaire de reconfigurer la ville uniquement par les infrastructures, il faut surtout revoir la manière dont on utilise la ville. Pourquoi n’a-t-on pas à Curepipe un espace piéton en centre-ville qui permettrait aux gens de s’approprier sans danger et sans pollution certains lieux ; pourquoi est-on incapables de penser un système d’évacuation d’eau pour les routes dans cette ville où nous avons la chance d’avoir beaucoup de pluie (ce qui permet à la ville de garder une ceinture verte) ? En quoi est-ce que la ville est accessible et bienveillante vis-à-vis des handicapés ? Pourquoi les jeunes doivent s’approprier les trottoirs pour pratiquer le skate-board ? Les espaces de loisirs sont essentiels à toute ville !  Les jeunes ont droit à une considération de la part de la municipalité comme tout autre citoyen.

Nous serons comme toutes les villes du monde dans un futur pas trop loin confrontés aux menaces du changement climatique. Il est temps de s’inscrire dans un autre niveau de débats pour que nos villes soient respectées, évoluent de manière « smart » sans piétiner la nature et sans injurier nos regards. Nous voulons d’une ville agréable, conviviale, où les commerces de proximité sont prospères, où les grandes entreprises trouvent leurs comptes et une main-d’œuvre compétente, où règne la sécurité, une ville qui mesure son bilan carbon et applique une politique de réduction en la matière ; une ville qui assume de manière transparente ses fonctions, qui rend des comptes aux citadins ; une ville où les citadins perdent moins de temps dans les embouteillages, donc une ville capable de créer ce que les spécialistes appellent du « temps utile » qu’on consacre à la famille, aux amis, aux loisirs ; une ville où les citadins peuvent avoir une pratique sportive, une ville où les citadins ne sont pas obligés de prendre le bus ou la voiture pour aller chercher du loisir ailleurs ; où les citadins peuvent faire leur marché dans un espace pensé pour cela, une ville où les jardins communautaires  fleurissent par l’initiative de la municipalité, une ville connectée pour ne plus ressembler à une ville du tiers-monde ! Curepipe mérite mieux ! Nos villes méritent des gens qui pensent, des gestionnaires intègres et des citoyens qui veulent se retrousser les manches pour mettre un stop au système dévoyé, qui nous tire tous vers le bas !

Alors, pensons nos villes sans ceux qui pensent à leurs carrières, leurs réseaux d’amis à caser et leurs poches. C’est un sujet trop sérieux pour laisser les politiciens des partis traditionnels en faire une nouvelle opportunité pour nous berner !

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